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Thèse de Doctorat d'Histoire - 1993 Université de Paris VIII |
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| Fawwaz Traboulsi studied at the American University of Beirut and the School of Oriental Studies in London and received his doctorate in history from the Université de Paris (VIII). After a long career in journalism and political activism, he is presently an associate professor of Political Science and History at the Lebanese American University, Beirut-Lebanon. He has written on history, Arab politics, social movements, folklore and art. Among his writings Guernica-Beirut (a Picasso mural/an Arab city in war, 1987), an anthology of the writings of Ahmad Fâris al-Shidyâq (1995), Sûrat-ul-Fata bi-l-Ahmar (a memoir, 1997), Silât Bilâ Wasl (a critique of political thought in Lebanon, 1998), Wu´ûd´Adan (a diary of Yemen, 2000) an Arabic translation of Edward Said's Out of Place (2000). His recent publication is Dhofar, a testimony from the revolutionary period (2003). He is presently editing Issa Iskandar al-Ma´luf's 12-volume Genealogy of Oriental Families (Arabic) and translating an anthology of Frederic Jameson's writings. | |||||||||||||||||||||||||||
| III. Les engagements régionaux | |||||||||||||||||||||||||||
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1. Un certain Mr. Brown La mission dont fut chargé L. Dean Brown, envoyé spécial du président américain Ford, dépêché par le secrétaire d'Etat Henri Kissinger pour remplacer l'ambassadeur Godley, en congé de maladie, rappelle par beaucoup d'aspects celle de Murphy en 1958. Brown, qui avait servi comme ambassadeur à Amman en septembre 1970, ne fut pas accompagné d'un débarquement des 'marines', mais la sixième flotte américaine rôdait dans les parages. Par contre, tout comme en 1958, l'émissaire américain avait pour mission de chercher un successeur au président en crise. En fait, il organisa l'engagement des deux forces régionales, la Syrie et Israël, dans le conflit libanais, tout en écartant d'autres parties, notamment la France qui s'était déclarée prête à un rôle sécuritaire conjoint avec la Syrie. A l'intérieur du Front libanais, Franjiyyah et les phalangistes étaient déjà acquis à l'intervention syrienne. Cham´ûn avait ses doutes et insistait pour faire saisir le Conseil de sécurité de l'ONU de l'affaire. En fait, l'ancien président et son ancien ministre des Affaires étrangères, Charles Mâlik, espéraient une version mise à jour de leur expérience de 1958: assurer une couverture internationale pour une intervention militaire américaine. En cela, ils furent déçus dès la première déclaration publique de Brown dans laquelle il confirma qu'il n'y aurait ni partition ni internationalisation du conflit. [18] Lors de sa première rencontre avec les chefs chrétiens, Brown semble avoir convaincu Cham´ûn que les Etats-Unis n'étaient pas prêts à intervenir militairement dans la crise libanaise. Le lendemain, le premier contact eut lieu entre une délégation israélienne qui débarque à Jûniyah, conduite par Benjamin Ben-Eliezer, et une délégation des représentants de Cham´ûn conduite par son fils Dany. [19] Dans son journal de guerre, l'ancien président note sa satisfaction quant aux promesses de ce premier contact:
Cham´ûn révèlera plus tard que la réunion lui fut conseillée par son ami le roi Husayn de Jordanie. N'empêche qu'il nous est difficile de concevoir que la rencontre eût pu avoir lieu sans un feu vert américain, pour ne pas parler de préparation et d'encouragement. Quoi qu'il en soit, elle marque le rattachement de la crise libanaise à celle du Moyen-Orient ainsi que le début de ce qui sera le "dialogue de dissuasion" syro-israélien sur le Liban. [21] Dès son arrivée, Brown avait fait savoir qu'il ne comptait pas rencontrer l'OLP, toujours frappée par l'ostracisme américain. Raison de plus pour que les réactions palestiniennes soient violentes à sa mission, vue comme le début de l'internationalisation du conflit et un préalable à la partition du Liban. Georges Habach, craignant toujours la rencontre, menaça, au nom du Front du refus, que tout contact avec Brown serait considéré comme un contact avec Israël. Les positions syriennes n'étaient pas moins hostiles, en apparence du moins. Zuhayr Muhsin, leader de la Sâ´iqah et chef du bureau militaire de l'OLP, manipulait l'irrédentisme palestinien contre l'internationalisation et les attaques contre les adversaires de l'arabisation du conflit à gauche. Junblât qui avait affiché ses espoirs que la médiation américaine coupe la route à la solution syrienne, fut sévèrement attaqué par Muhsin l'accusant de vouloir "mettre en péril les vies des Libanais et l'unité du Liban, ainsi que le sort de la révolution palestinienne et même de la révolution arabe" et de préférer les Américains à la Syrie-soeur. La presse de Damas parla du même ton. D'autre part, le MNL avait annoncé un cessez-le-feu pour trouver une solution à la démission de Franjiyyah et faire échec à toute tentative d'internationalisation du conflit. Deux semaines après l'arrivée de Brown, des unités de la Sâ´iqah, firent leur entrée au Liban et commencèrent à lever le siège de Zahlah (siège que la Sâ´iqah avait d'ailleurs elle-même imposé) tandis que des blindés de l'armée régulière syrienne firent leur apparition à ´Anjar et à Bayâdir al-´Adas, plus au sud, à quelques kilomètres à l'intérieur du territoire libanais. Une unité de blindés arriva aussi loin que Murayjât à une trentaine de kilomètres sur la route Beyrouth-Damas. La réaction de Brown fut significative: il assura Junblât que les troupes syriennes avaient pour mission de débloquer les voies de communication dans la Biqâ´ et nia que leur intervention constituait une "occupation". Quand on lui fit remarquer que le déblocage des voies de communication ne nécessitait pas un tel déploiement militaire, Brown, prétextant le manque d'informations précises, promit d'enquêter sur le volume exact des effectifs militaires syriens sur le territoire libanais. Toutefois, les dépêches envoyées par Brown à Kissinger, du moins celles qui ont été ouvertes au public, ne laissent aucune doute sur le fait que l'effort principal déployé par l'émissaire américain était de 'vendre' l'intervention militaire syrienne aux parties libanaises. Brown qui affirmait dans ses déclarations publiques que seuls les Libanais étaient capables de résoudre leurs problèmes, est, dans ses dépêches secrètes, convaincu du contraire. Dans ses premières impressions, du premier avril, il ne semble pas perturbé par la précarité de la situation militaire des chrétiens: "Probablement pourront-ils résister indéfiniment contre l'alliance gauche-musulmans", dit-il, "sauf si les fidâ'iyyîn apportent à ces derniers un appui total". D'autre part, Brown n'a pas d'illusions sur l'état de l'armée. Divisée en quatre parties- entre les militaires qui ont rallié l'armée de Khatîb ou le Front libanais, les partisans de Ahdab et ceux qui sont simplement rentrés chez eux- l'armée libanaise avait tout simplement "disparu", tout comme les forces de sécurité intérieure. Il en conclut que le gouvernement libanais ne pourra pas disposer, dans les trois prochains mois, de force suffisante pour s'imposer aux belligérants. Pourquoi trois mois, pourrait-on se demander? "Trois mois, je me rappelle", répondrait Brown, "est une des échéances proposées pour l'intervention syrienne". Effectivement, l'intervention militaire syrienne massive se fit trois mois plus tard! Par ailleurs, le désir des chefs maronites est rapporté sans équivoque:
N'empêche que l'émissaire américain proposa une alternatives: une sécurité assurée par des commissions mixtes phalangistes-palestiniennes patronnées par la Syrie, choix qu'il qualifie de "dément" sauf si les Palestinens et les Syriens s'accordent pour réprimer leurs alliés de gauche. Ce qui ne laisse que l'autre possibilité, celle de l'intervention syrienne qui, pour être efficace, demanderait, selon Brown, trois à quatre brigades (ce seront les effectifs des forces syriennes quand elles feront leur entrée en mai-juin):
L'allusion concerne les réactions israéliennes. Dans sa dépêche suivante, Brown, qui semble avoir reçu des éclaircissements rassurants à ce sujet, n'a pas de doute que l'intervention syrienne se fera contre la gauche et les Palestiniens:
L'émissaire conseille au département d'Etat l'adoption de ce qu'il appelle "une phase d'un et demi" qui consisterait en un appui américain complet à l'initiative politique syrienne (notamment, la modification de la Constitution pour permettre l'élection d'un nouveau président avant la fin du mandat de Franjiyyah) et un appui conditionnel à l'initiative militaire. [24] Après une nouvelle visite à Jûniyah, Brown confirme l'absence de volonté de dialogue inter-Libanais chez les chefs chrétiens et confirme le changement de cap de la direction syrienne:
Tandis que Brown écrivait ces lignes, un nouveau développement perturbe la situation. Le 11 avril, un accord syro-palestinien est signé à Damas lors de la visite d'une délégation de l'OLP dirigée par Yâsir ´Arafât. L'accord, qui faisait participer les Palestiniens aux mesures de sécurité visant à mettre fin aux combats, soulève un tollé au sein du Front libanais, au nom de la souveraineté libanaise. Ceci se traduit vite par un échauffement des fronts. Dans sa longue dépêche du 21 avril, le souci majeur de Brown est de ramener les chefs chrétiens à la poursuite du processus qui aboutirait à l'élection d'un nouveau président selon l'agenda syrien. L'émissaire américain ne semble pas exagérer la portée de la participation des Palestiniens dans les mesures de sécurité prévues, car ils l'avaient fait dans le passé, et attribue le durcissement des positions chrétiennes à l'intervention d'une tierce partie (une allusion à peine voilée à Israël). Quoiqu'il en soit, Brown prévient son chef que lors de sa prochaine rencontre avec les dirigeants du Front libanais, il leur fera passer les messages suivants au nom de son gouvernement: i) ils n'ont pas à accepter l'accord syro-palestinien dans tous ses détails ni à faire obstacle au processus de solution politique, dont ils seront les premiers bénéficiaires; la poursuite des combats serait à leur détriment;
Nous n'avons pas de traces de la rencontre suivante de Brown avec le Front libanais, mais il paraît que le durcissement des positions de ce dernier, aurait eu son effet et l'accord syro-palestinien fut mis en veilleuse et dépassé par les événements qui suivront. Ce que nous savons, par contre, est que Brown aurait sondé un autre scénario pour les décideurs de Washington. Iddî ainsi que Junblât dévoileront plus tard que l'émissaire américain leur avait proposé l'appui américain à un pouvoir bicéphale- Iddî, président de la République et Junblât, premier ministre- à condition que les deux hommes acceptent: i) l'arrêt des opérations militaires palestiniennes à partir du territoire libanais et le désarmement des Palestiniens; Les deux hommes avaient refusé le marché. Junblât, accusa Brown d'avoir donné le feu vert à l'intervention militaire syrienne qui se préparait depuis octobre 1975. Quant à Iddî, il avait, dès le début de l'année 1976, accusé Kissinger de comploter pour conclure un accord de paix syro-israélien à partir de la guerre libanaise, accord qui laisserait la Syrie annexer les territoires libanais qui avaient été détachés d'elle en 1920, en compensation de sa perte du Golan et laisserait le Sud et ses eaux à Israël. [27] Brown s'éclipsa à temps pour que les élections présidentielles aient lieu en son absence. A la veille de son départ, le correspondant du Los Angeles Times à Beyrouth avait laissé entendre que les Etats-Unis appuyaient le choix syrien de Iliyâs Sarkîs comme futur président. Le 8 mai, les députés furent emmenés à la villa Mansûr, sur la ligne de démarcation entre les deux parties de la ville, sous le feu nourri des mortiers du MNL et des organisations palestiniennes, accompagnés par des soldats syriens dont on ne savait plus s'ils les protégeaient ou les menaient à bout de fusil. L'argent fut dépensé à profusion pour acheter les voix des députés par les courtiers de Damas et les bailleurs de fonds des services chihabistes et Sarkîs fut élu par une majorité de 66 voix. Iddî, son seul rival, boycotta les élections car elles ne comprenaient aucune garantie pour la liberté de vote; il fut suivi par une vingtaine de députés des blocs de Junblât et de Salâm. [28]
2. Course perdue entre solution arabe et solution militaire Les huit mois de combats du printemps à l'automne1976 furent la plus longue phase continue d'opérations militaires de toute la guerre et certes la plus destructrice et la plus meurtrière. Durant cette phase, le MNL et la Résistance palestinienne combinaient deux stratégies, une offensive, vis-à-vis de l'adversaire phalangiste, l'autre défensive, contre l'avancée des troupes syriennes en direction de la capitale. Dès mars, la logique des combats obéissait à deux impératifs qui poussaient la gauche et la Résistance palestinienne: i) les tentatives de désengager le camp de Tall al-Za´tar, assiégé par les phalangistes de Amîn Jumayyil et le PNL de Cham´ûn depuis la mi-mars; ii) une vraie course contre la montre pour imposer des faits militaires accomplis avant l'entrée en action imminente de la médiation et de l'armée syriennes. A Beyrouth, les batailles font rage sur deux fronts. Sur le front des hôtels-centre-ville, les combattants phalangistes perdent progressivement du terrain. Le 22 mars, la chute du Holliday Inn a fonction de symbole et amorce un repli phalangiste vers l'immeuble Fattâl qui bloque l'entrée du port (aussitôt pillé par les combattants phalangistes). Cinq mois de combats suicidaires entre ces deux hauts-lieux de la guerre, d'immeuble à immeuble et de boutique à boutique, avaient ravagé, spolié et détruit le coeur de la ville, avant que le front ne se stabilise sur la route Beyrouth-Damas. Plus à l'Est, le long de cette route, des combats non moins destructeurs se déroulaient à l'initiative des Forces communes du MNL et de la Résistance palestinienne qui déployaient des efforts considérables pour percer une brèche dans le front de Chiyyah-Sinn al-Fîl-Galerie Sim´ân dans le vain espoir d'ouvrir un couloir de ravitaillement en direction de Tall al-Za´tar. Dans la Montagne, les combats combinaient des opérations pour dégager le siège de Tall al-Za´tar, sur l'axe dit du Monteverde, avec l'application d'une stratégie d'incursions à l'intérieur du 'pays chrétien' visant à imposer une défaite militaire aux troupes adverses et ce à partir de trois axes: i) les hauteurs de Kisrawân, par la région de ´Uyûn al-Simân; ii) le haut-Matn, où les localités de ´Ayn Tûrâ et Mutayn sont occupées au début du mois d'avril et Bikfayyâ, le fief des Jumayyil, qui est désormais sous la portée de l'artillerie des Forces communes; iii) le front de ´Alay-Fayyâdiyyah-Kahhâlah, surplombant Ba´abdâ et Beyrouth-Est, défendu par l'armée, où se déroulera la plus grande et la plus meurtrière des batailles de cette phase de la guerre dans laquelle Fath engagera ses corps d'élite; et les assaillants libanais et palestiniens subiront de très lourdes pertes (estimées à plus d'un millier de tués). A la fin mai-début juin, déclarant répondre à l'appel de détresse des habitants des villages maronites de Qubayyât et ´Andqit dans le ´Akkâr, attaqués par les troupes de l'ALA sous le commandement du colonel Ahmad Ma´mârî, le président Asad annonça, en la présence du premier ministre soviétique à Damas, qu'il avait fait entrer au Liban 6.000 de ses soldats. [29] En quelques jours, les effectifs armés syriens avaient atteint 15.000 hommes et se dirigeaient en direction de ´Akkâr au Nord, de Zahlah dans la Biqâ´ et de Saydâ au Sud. Aussitôt une réunion de la Ligue arabe au Caire décide d'envoyer des troupes de dissuasion arabe au Liban. Cette décision servira de précédent pour parer la présence militaire syrienne d'une légitimité pan-arabe. L'OLP et le MNL déclarèrent la mobilisation générale et la mise de leurs Forces communes sous un commandement militaire uni, pour faire face à l'offensive syrienne. La première avancée des troupes syriennes est arrêtée à Sawfar sur la route Beyrouth-Damas dans la Montagne tandis qu'à Saydâ, des unités motorisées, arrivant de Jizzîn, essuyaient une résistance féroce de la part des combattants du Fath et durent se replier laissant dans les rues de la capitale du Sud une vingtaine de chars calcinés et déchiquetés, un affront que Asad n'oublia pas facilement et qu'il qualifiera de 'massacre lâche'. Cependant, sont liquidées les troupes de la Sâ´iqah et du Ba´th pro-Syrien dans toutes les régions sous le contrôle des Forces communes. A Beyrouth, Junblât met sur pied une administration civile, qu'il espérait transformer en un gouvernement de l'ombre auquel participerait un nombre de personnalités musulmanes en dehors du MNL. Il fut déçu par le refus de la presque totalité des personnalités invitées à s'y associer et dut se contenter de faire gérer l'administration par les représentants des partis de la coalition de gauche avec à leur tête Albert Mansûr, député indépendant de la Biqâ´. Pour sa part, le mouvement Amal se terra, couvert par l'OLP. Sadr, définitivement lié à Damas dont il cautionne l'initiative politique et l'intervention militaire, avait accusé Junblât et la gauche de la responsabilité de la guerre et de vouloir combattre les chrétiens "jusqu'au dernier chiite". Ses positions sur la neutralité des chiites dans la guerre lui auraient valu une promesse de Pierre Jumayyil d'épargner Nab´ah, promesse qui ne sera pas tenue. Choqué et désemparé par la chute de la banlieue Est et l'expulsion de ses habitants chiites, Sadr passera une bonne partie des deux années suivantes dans une activité en faveur de l'opposition iranienne. Après l'opération Litani, il fustige la paresse des régimes arabes. Il disparaîtra quelques mois plus tard, le 31 août 1978, lors d'une visite officielle en Libye sur invitation du colonel Qadhdhâfî. Accusées d'être responsables de sa disparation, et de son éventuelle liquidation avec deux de ses compagnons, les autorités libyennes n'ont jamais présenté des preuves convaincantes que Sadr et ses compagnons avaient quitté la Libye. En rupture sanglante avec la Syrie qui avait accompli son revirement dramatique, le MNL était isolé sur le plan arabe. En mai 1976, Junblât fit le point dans un discours à Suhmur (Biqâ´-Ouest), avouant que sa dernière tournée arabe (qui l'amena aussi dans les pays du Golfe et l'Arabie Séoudite) lui avait confirmé que la plupart des régimes arabes, pour ne pas dire tous, étaient opposés à "un régime progressiste et démocratique au Liban". Durant les treize derniers mois, le MNL était en "conflit meurtrier" avec ces régimes. "Nous sommes leur péché mortel", conclut-il. [30] A part l'appel, aux masses arabes, au-delà de leurs régimes, il ne restait que la recherche d'une solution interne. La rencontre secrète entre Bachîr Jumayyil et Kamâl Junblât à Beyrouth-Ouest, le 2 juin 1976, fut la première et dernière tentative des opposants libanais à l'intervention syrienne d'arriver à une entente quelconque. [31] La rencontre eut lieu à la demande de Bachîr Jumayyil pour présenter ses condoléances à Junblât dont la soeur, Lynda al-Atrach, avait été assassinée dans son appartement à Beyrouth-Est quelques jours auparavant. Bachîr aurait fourni au chef du MNL des informations sur l'identité des assassins de sa soeur qui l'innocentaient du meurtre. Les deux hommes parlèrent de la possibilité d'une solution libanaise et se dépassèrent en concessions: Junblât proposa que le président de la République reste un chrétien maronite, et insista pour qu'une deuxième Chambre (le Sénat) soit élue sur la base de la représentation confessionnelle afin de faire le contrepoint du Parlement déconfesionnalisé. Bachîr, par contre, fit un acte de foi en la déconfessionnalisation et la laïcisation complètes. En revanche, il demanda l'allègement de la pression militaire sur les régions chrétiennes, en particulier sur Bikfayyâ, son village natal; demande que Junblât s'engagea à satisfaire. Encouragé par la rencontre Bachîr-Junblât, le MNL lança son appel à une 'paix des combattants' par des négociations directes entre le MNL et le Front libanais afin d'arriver à un 'compromis historique'. Seul Bachîr Jumayyil répondit favorablement, se déclarant d'accord avec la plupart des points du programme de réformes démocratiques du MNL et acceptant la présence palestinienne comme un fait accompli. D'autre part, il attaqua les chefs traditionnels (excluant son père et Junblât) ainsi que les bourgeois de Beyrouth-Est qui avaient fui le pays avec leurs capitaux. Ce sont les pauvres qui ont défendu le Holliday Inn, dira-t-il, bien qu'ils n'aient jamais mis le pied dans le luxueux hôtel. [32] Une partie des combattants et des cadres des phalanges ne se reconnaissaient plus dans le parti traditionnel. Mais Bachîr ne fut pas capable de tenir ses engagements; la majorité du Bureau Politique phalangiste était déjà acquise à l'intervention syrienne. De plus, la trêve que l'OLP et le MNL étaient prêts à observer sur les fronts de la Montagne, en appui à la tentative de Bachîr d'une solution libanaise, fut rompue avec la détérioration de la situation des habitants et résistants du camp de Tall al-Za´tar sur laquelle la pression militaire de la coalition de droite se faisait de plus en plus forte. Les semaines qui suivent témoignent d'un ballet complexe de médiations arabes. L'une est engagée par la Ligue arabe, l'autre est l'interminable mission de médiation de ´Abd al-Salâm Jallûd, le numéro deux du régime libyen. Le 29 juillet 1976, un nouveau cessez-le-feu entre ´Arafât et Asad est aussitôt rompu par la contre-offensive des forces phalangistes qui occupent la banlieue libanaise de Nab´ah, le 6 août, et lancent l'assaut final contre Tall al-Za´tar en présence d'officers syriens et israéliens. Le camp tombe le 12 août après six mois de résistance. La contre-offensive de la droite chrétienne vient d'être inaugurée par un massacre dont furent victimes des milliers de civils libanais et palestiniens!! Le 23 septembre 1976, Sarkîs prend la relève de Franjiyyah tandis que les troupes syriennes lancent leur assaut final contre les positions des Forces communes dans la Montagne, à Saydâ et encerclent Beyrouth. Cependant, Junblât avait quitté Beyrouth-Ouest- assiégée par les troupes syriennes stationnées à l'aéroport et par mer, par les vedettes israéliennes- en direction de Chypre pour une tournée arabe qui l'amena en France. Ce fut sa dernière campagne pour essayer d'équilibrer la présence militaire syrienne au sein des Forces arabes de dissuasion (FAD) à l'aide d'une participation intensive d'unités françaises, égyptiennes et algériennes. Au Caire, Sadate réitéra son refus catégorique à tout engagement des troupes égyptiennes au Liban, même dans le cadre de la FAD, et conseilla au chef du MNL de composer avec la Syrie. A Alger, le président Boumediene, favorable à la lutte du MNL, explique l'incapacité de son pays à renverser le cours des choses: l'axe Riyâd-le Caire-Damas contrôlait désormais toutes les décisions concernant le Liban. En France, le leader socialiste libanais eut droit à un accueil chaleureux. Mais ses entretiens avec les responsables français, ainsi qu'avec les leaders de l'opposition de gauche, François Mitterrand et Georges Marchais, le convainquirent que la France ne pourra jouer aucun rôle au Liban tant que la Syrie et les Etats-Unis s'y opposaient. Quelques jours plus tard, le 16 octobre, le mini-sommet de Riyâd consacre la réconciliation syro-égyptienne sous le patronage du roi Khâlid d'Arabie séoudite et déclare le cessez-le feu au Liban à partir du 21 octobre. Les troupes syriennes sont rebaptisées Force arabe de dissuassion (FAD) après une participation presque symbolique des troupes de l'Arabie séoudite, du Yémen et des Emirats arabes unis. Le quitus arabe sur le Liban accordé à la Syrie est entériné par le huitième sommet arabe au Caire, quelques jours plus tard. A la mi-novembre, la FAD fit sa rentrée à Beyrouth-Ouest. |
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| IV. Paradoxes et illusions d'une alliance | |||||||||||||||||||||||||||
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1. La fonction libanaise du facteur palestinien Le caractère saillant de cette première phase de la guerre est la priorité qu'assuma le rôle du facteur palestinien dans les conflits inter-libanais, dans lesquels il se prêta à des représentations et des 'usages' et investissements conflictuels et contradictoires. Pour les uns, la présence palestinienne sera un bouc émissaire pour extérioriser les causes et effets d'une crise principalement socio-économique et qui mettait en question tout le système politique et ses équilibres, tout en cherchant à en neutraliser les effets intérieurs, en particulier ses effets déstabilisateurs sur le statu quo politique et militaire. Cette position, nous l'avons vu, trouva la 'solution' de ses désirs et usages contradictoires dans la recherche d'un appui extérieur afin d'opérer la neutralisation interne. Pour les autres, l'identification avec le combat national des fidâ'iyyîn faisait fonction de compensation pour un combat arabe commun contre Israël que le Liban n'a pas mené tout en 'investissant' la présence militaire palestinienne comme force d'appui dans la lutte pour le changement intérieur. Cette dernière position souffrira longtemps de la divergence entre la logique de la lutte nationale et celle de la lutte politico-sociale. Qu'en était-il du point de vue de l'OLP? En fait, l'expérience libanaise posa à la Résistance palestinienne un défi encore plus complexe que celui de la Jordanie mais qui s'articulait autour de la même question: comment se comporter vis-à-vis de la situation interne dans un pays arabe sujet à une crise qui mettait en cause son système politique et le rapport de forces entre ses parties constituantes. Nous parlons de défi car il s'agit d'une perturbation de la logique initiale qui commandait toute la stratégie du mouvement de libération nationale palestinien moderne, forcément réductrice, celle de faire l'unité arabe autour de la libération de la Palestine. Les réponses données à ce défi relevaient du jeu de trois facteurs: le caractère des relations de l'OLP avec son principal allié, le MNL; les divergences à l'intérieur de l'OLP et les divergences à l'intérieur du Fath, la principale composante de la centrale palestinienne, concernant la politique à suivre. 1. L'alliance entre l'OLP et le MNL était basée sur des intérêts communs qui se croisaient sans s'identifier. L'OLP était attachée à la défense de ses droits et acquis sur le territoire libanais, son dernier refuge après le drame jordanien, et en particulier son droit à poursuivre ses opérations contre Israël. Certes, la centrale palestinienne avait bénéficié des contradictions et divisions internes et de la faiblesse de l'Etat pour poursuivre ce but. De sa part, le MNL, quoique participant à l'interpellation libanaise et arabe de la Résistance palestinienne, était principalement fixé au changement du système politique libanais, un but envers lequel les organisations de l'OLP entretenaient des positions ambiguës ou divergentes. N'empêche que la présence même des combattants de l'OLP sur le territoire libanais, et en particulier dans la capitale et ses banlieues, avait doté le camp du changement d'une force d'appui considérable et avait joué le rôle d'une armée de rechange contre l'armée libanaise de plus en plus soumise à la direction maronite et opérant comme gardien de l'ordre social et du statu quo politique. Cette force militaire offrait au MNL la possibilité non seulement de s'armer et de faire face aux milices de droite, mais également de passer à l'offensive sur le plan politique et militaire et de poser la tâche de modifier le rapport de forces dans le pays. Cette asymétrie dans les intérêts et les buts des deux forces alliées s'exprimait aussi dans les réactions régionales envers la crise libanaise. Il s'était vite avéré qu'il n'y avait pas de place dans les positions des régimes arabes différents pour un projet démocratique au Liban, mais, il y avait toujours une place pour l'OLP dans la politique arabe qui se dirigeait à petits pas, et non sans graves divisions, vers la solution politique du conflit israélo-arabe. Est-ce que la guerre civile aurait eu lieu en l'absence des combattants et de l'infrastructure de l'OLP sur le territoire libanais? La question mérite d'être posée. Nous ne nous aventurerons pas à proposer de réponse qui se situerait, dans tous les cas, entre les deux thèses extrêmes: celle de l'extériorisation et celle qui poserait les données intérieures comme étant suffisantes pour produire une conflagration. Il se pourrait que cela eût été le cas, mais cette conflagration prévue aurait été de nature différente de celle qu'on a connue. Du moins, pourrons-nous faire deux remarques. D'une part, la présence palestinienne au Liban avait incarné tout ce que le Liban officiel essayait d'exorciser jusqu'en 1967, à savoir son appartenance à une région où il était désormais impossible de fuir les effets et les retombées du conflit israélo-arabe. D'autre part, cette présence dota le conflit d'une surcharge qui modifiera sa nature. Pour prendre un exemple tragique, ce que la gauche libanaise gagna en force militaire par la présence de l'OLP, elle le perdit en appui populaire à cause de la division à caractère confessionnel que cette présence introduisit dans les conflits libanais. L'OLP, et surtout sa principale organisation, Fath, avait été réticente à se 'mouiller' dans la guerre libanaise et essayait de se libérer d'un ralliement définitif à un camp contre l'autre. Elle était toujours attachée à sa vision initiale et problématique de "non-intervention dans les affaires intérieures des pays arabes". Mais, les tenants même de cette politique pratiquaient une intervention objective massive et multiforme dans les affaires intérieures du Liban. Se produisit alors la double attitude, que relève Nawaf Salam: i) une politique de réactions aux actions de l'autre; ii) une tentative pour ne pas tomber dans le piège de l'autre. [33] Le spectre du drame jordanien hantait la politique palestinienne et produisait des réactions différentes. D'une part, une méfiance envers tout engagement avec une partie contre l'autre des protagonistes libanais, d'autre part, la recherche d'un ancrage stable dans la population libanaise et d'un renforcement de l'alliance avec le MNL. Cette dernière tendance, qui attribuait à l'expérience jordanienne malheureuse la faiblesse des rapports avec les citoyens jordaniens et l'opposition jordanienne, était représentée par la gauche du Fath et par le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habach et le Front démocratique populaire pour la libération de la Palestine (FPDLP) de Nâyif Hawâtmah. Avec la tournure anti-palestinienne que prirent les combats des phalangistes, les deux organisations issues du Mouvement des nationalistes arabes, toujours dans une position de surenchère révolutionnaire, brandissaient le fameux mot-d'ordre de la route de Jérusalem qui passe par la libération des capitales arabes. Les divisions à l'intérieur du Fath étaient pour beaucoup dans la conduite militaire de la guerre. La tendance conservatrice, sensible aux positions des régimes pétroliers, était représentée par des patrons politiques tel Khâlid al-Hasan, qui s'opposait à tout engagement palestinien dans la guerre libanaise. A l'autre extrême, la guerre avait promu la tendance de gauche animée par Abû Sâlih (Nimr Sâlih, membre avec ´Arafât et Abû Jihâd du commandement tripartite de la ´Asifah, branche militaire du Fath) et Mâjid Abû Charâr, responsable du département d'information de l'OLP. Cette tendance s'appuyait sur un nombre influent de chefs militaires tel Abû Mûsâ et Abû Khâlid al-´Amilah qui contrôlaient la majorité des unités combattantes 'régulières' du Fath. Cette tendance, par son appui au MNL et par sa prise en main de la conduite de la guerre, essayait de s'imposer à l'intérieur du Fath, tout comme le FPLP et le FDPLP esayaient, par leur appui au MNL et par leur participation active dans la guerre, de s'imposer au Fath au sein de la direction de l'OLP. [34] Entre les deux tendances du Fath se tenait le centre représenté par le tandem ´Arafât-Abû Jihâd, tandis qu'un Abû Iyâd penchait de plus en plus à gauche. Sous l'effet de ces facteurs combinés, les réactions palestiniennes à l'intervention syrienne alternaient entre une politique du pire, par laquelle un foyer révolutionnaire livrait des batailles exemplaires et suicidaires, à l'exemple de celle de Tall al-Za´tar, à l'adresse de l'opinion publique arabe, et une politique qui essayait de neutraliser l'offensive syrienne en manoeuvrant par une combinaison de moyens militaires et diplomatiques. Cette ambivalence se révéla lors de l'opposition militaire à l'élection de Sarkîs en mai 1976, opposition qui était assez forte pour signaler le rejet du seul candidat des Syriens et des Américains, mais pas assez efficace pour empêcher son élection. Un baroud d'honneur. La résistance à l'intervention militaire syrienne suivait la même ambivalence. Les unités du Fath dans la Biqâ´, sous le commandement direct de Abû Jihâd, ne s'étaient pas opposées à l'avancée des troupes syriennes dans la Biqâ´ malgré le fait que les localités de ´Anjar, Bayâdir al-´Adas et surtout les cols de Dahr al-Baydar auraient pu être des points avantageux, du point de vue stratégique, pour mener une telle résistance. Fut-ce par respect pour les intérêts stratégiques syriens dans la Plaine, déjà reconnus par la plupart des régimes arabes? Par espoir que les pressions arabes réussiront à limiter la progression syrienne à cette région? D'autre part, la vraie bataille qui fut menée contre l'armée syrienne fut celle de Sawfar-Bahamdûn, sous le commandement de Abû Jihâd. Elle fut décidée vraisemblablement pour appuyer les efforts diplomatiques visant à imposer l'interposition des troupes arabes au Liban et en même temps comme un test médiatique pour faire subir à Asad les conséquencs du sang palestinien versé. Par contre, le gros du déploiement des combattants libanais et palestiniens, sur les cols du Matn, sous le commandement d'un homme de la gauche du Fath, Abû Khâlid al-´Amilah, ne combattit pratiquement pas face à l'avance des troupes syriennes en septembre. Fut-ce par manque de confiance dans une direction, celle de ´Arafât et de Abû Jihâd, soupçonnée de vouloir lancer ses adversaires dans une bataille suicidaire pour s'en débarrasser? Les purges ultérieures contre la gauche à l'intérieur de l'appareil militaire du Fath semblent corroborer ces craintes. Ou bien serait-ce que toute la direction du Fath se préparait déjà à affronter la phase ultérieure de la guerre et à s'adapter à une longue et troublante coexistence avec la présence militaire syrienne?
2. Le politique et le social dans la pratique de la gauche Curieusement l'apport de la gauche marxiste à l'élaboration du programme du MNL ne se fit pas dans le domaine socio-économique, mais dans le domaine politique. Malgré le fait que le programme notait l'aggravation des inégalités sociales comme une des causes de la guerre et malgré sa critique du libéralisme économique, c'est sur la question du confessionnalisme que les marxistes pèseront de leur poids. Par cette acceptation de la fixation au politique, la gauche donna priorité à sa position politique dans la société, celle d'une force bloquée dans sa représentation par le système confessionnel. Des résultats des élections de 1972 et de la politisation du mouvement social des dernières années d'avant-guerre, la gauche avait tiré la leçon que sans reconnaissance politique, elle n'avait aucune chance de faire aboutir ses revendications. Un autre facteur pesa dans cette fixation au politique. Pendant les discussions sur le programme, les premières versions de Junblât se contentaient de l'abolition du sectarisme, i.e. adopter une représentation égalitaire sur la base de la division générale entre chrétiens et musulmans. Ceci reflétait son intérêt le plus immédiat: celui de pouvoir sortir des confins de sa petite communauté et lui permettre d'aspirer à la présidence du Conseil des ministres ou président de la Chambre, par exemple. Or c'est sur l'intervention du PCL et de l'OACL ainsi que des indépendants que fut adoptée l'abolition complète du confessionnalisme politique et le code laïc des statuts personnels. Junblât accepta, non sans hésitation. Mais la gauche marxiste lui avait déjà cédé sur l'essentiel: la non-formulation d'un programme économique et social qui, selon lui, aurait aliéné la droite et les milieux conservateurs parmi les musulmans. L'idée principale du MNL était d'imposer à la bourgeoisie une nouvelle superstructure de rechange, 'bourgeoise', moderne et non-confessionelle, au lieu de la superstructure 'féodale'. Le représentant de la gauche marxiste dans le Comité de dialogue national, Hasan ´Awâdah, axa ses interventions sur cette nécessité de doter le capitalisme libanais d'un nouveau système politique. On insistait sur l'idée que le programme de réformes ne portait que sur de simples réformes démocratiques "dans le cadre du système capitaliste"; on ira jusqu'à dire que ces réformes étaient destinées à "renforcer ce régime pour qu'il puisse répondre aux exigences du siècle". [35] En un sens, la gauche était, elle aussi, victime de la scission chronique dans la vie libanaise entre le politique et le socio-économique. La réforme du système politique pourra-t-elle se faire sans une réforme économique et sociale? Une victoire du projet de réformes politiques du MNL pourra-t-elle avoir lieu sans qu'elle débouche sur un changement radical des rapports de forces de classes dans la société libanaise? Quoi qu'il en soit, en s'abstenant de proposer un programme socio-économique et en privilégiant le politique, le MNL se priva volontairement de la chance de s'adresser à une grand partie du public populaire chrétien, qui était sensible à la réforme sociale, sans pour autant réussir à se rallier la bourgeosie musulmane, ni ses notabilités politiques; l'une et les autres effarées par l'influence politique des partis du MNL à leur dépens, par les échos des luttes sociales et le poids des communistes au sein de l'alliance dirigée par Kamâl Junblât. [36] La logique des opérations militaires de la gauche avait pour matrice la même tentative de renouveler la superstructure politique du capitalisme. L'imposition d'une rationalité bourgeoise se fit, dans ce cas, en menaçant ses intérêts. Par ses premières réactions contre l'incident de ´Ayn al-Rummânah, et par son offensive militaire contre le centre-ville, la gauche espérait que la bourgeoisie, plutôt que de voir 'son' économie déstabilisée, fasse pression sur les phalangistes et sur Franjiyyah pour qu'ils cèdent sur la question des réformes. Benassar décrit cette tactique de la manière suivante:
En fait, la bourgeoisie, dans ses différentes composantes, opta ni pour le 'sacrifice volontaire' ni pour la 'honteuse immolation', mais pour la solution sécuritaire contre les réformes. Si dans sa frange chrétienne, elle penchait de plus en plus vers les phalangistes et autres milices, son choix en tant que classe fut celui d'un gouvernement fort que Sarkîs était sensé représenter. Nul n'illustrait mieux ce choix que la marginalisation de la rationalité bourgeoise réformiste représentée par Raymond Iddî. Quoi qu'il en soit, la réforme par les armes fut brisée par les armes. A la fin de l'année 1976, Sarkîs, fut couronné roi du Liban par les chefs d'Etats arabes qui mirent sous son commandement, théoriquement du moins, 30.000 soldats de la FAD. Il forma son premier gouvernement de spécialistes. [38] Tout se passait comme si le Liban semblait finalement s'acheminer vers la paix. Ce n'était que le début d'une autre phase de la guerre... |
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Fawwaz Traboulsi |
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