Pour un renouvellement de l'enseignement de l'Histoire au Liban [1]
by Hassan Salame Sarkis
sections
I. APPROCHE DE L'HISTOIRE AU LIBAN
I.1. Une matière attrayante et rassurante
I.2. ...mais une science humaine pleine d'écueils
I.2.a. Au niveau de son exploitation idéologique
I.2.b. Au niveau des ses sources
I.2.c. Au niveau de son approche de la vérité
I.2.d. Un exemple d'actualité
II. ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE AU LIBAN
II.1. Considérations générales sur le fond
II.1.a. Insuffisance et hypocrisie
II.1.b. Caducité et ignorance
II.1.c. "Etre fier de son passé"
II.1.d. Chauvinisme ou patriotisme?
II.1.e. Une hagiographie écoeurante
II.1.f. Le "Liban-refuge" ?
II.2. L'Histoire, l'identité (al-Huwiyyat) et l'appartenance (al'Intima')
II.2.a. Identité personnelle, identité nationale
II.2.b. Histoire, identité nationale et appartenance
II.2.c. Identité, appartenance et allégeance
II.3. Considérations générales sur la forme du discours historique au Liban
III. OBJECTIFS, RECHERCHE ET ENSEIGNEMENT
IV. LE LIVRE UNIQUE D'HISTOIRE
Published in "Annales" -Université Saint-Joseph- Facultés des Lettres et des Sciences Humaines- Special Edition "Vingt ans d'enseignement au Liban - bilan et perspectives" - July 1991.
© Hassan Salame Sarkis 1991 -2008
Dr. Hassan Salame-Sarkis is a specialist in Art History, Mesopotamian Archeology, History of Religions and Semitic Languages. He is currently teaching at the Lebanese University.
 

 

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I - APPROCHE DE L'HISTOIRE AU LIBAN

1 - Une matière attrayante et rassurante

Il ne fait aucun doute que le discours historique exerce sur les esprits une sorte de charme ensorceleur auquel il paraît difficile de rester indifférent.

Or, malgré tous les efforts destinés à lui donner un caractère scientifique, l'Histoire, au Liban et généralement dans les pays dits en voie de développement, semble demeurée un domaine qui échappe très souvent à ses spécialistes et se prête aisément au colportage, du fait de son attrait irrésistible et émotionnellement connoté. Souvent, d'ailleurs, elle n'est pas tellement destinée à faire connaître ou à reconstituer le passé, qu'à opérer dans ce passé un certain nombre de coupures et de voiler un certain nombre de pans, selon l'idéologie du moment.

L'Histoire est même personnifiée: on y fait appel à chaque fois que l'on s'aperçoit que l'ordre des choses est perturbé. On l'invoque pour qu'elle prononce son jugement sur les hommes et sur les événements en projetant dans un avenir lointain - à propos d'événements actuels - les sentences ou les repentirs de l'Histoire - à propos d'événements passés - comme pour conjurer la réalité actuelle qui peut se présenter comme particulièrement pénible à supporter.

Tout se passe comme si les individus, au même titre que les sociétés qu'ils constituent, sont restés - par suite des effets d'un inconscient collectif ou par simple atavisme - en bas âge: on dirait qu'ils ont besoin d'être rassurés sur leurs origines, de résoudre leur délire de filiation et d'avoir le coeur net sur leur roman familial...

 

2 - ...mais une science humaine pleine d'écueils

a - Au niveau de son exploitation idéologique

Considérée comme une discipline qui prétend connaître le passé et transmettre la mémoire des âges, l'Histoire est une branche de ce qu'il est convenu d'appeler les Sciences Humaines. Ce qui signifie, en d'autres termes, que son objet et son discours sont souvent modelables, modifiables et orientables en fonction de la structure caractérielle et de l'environnement culturel et idéologique de celui qui s'en occupe et de l'auditoire auquel il est censé s'adresser. Dans cet ordre d'idées, l'ojectivité scientifique dont on se réclame peut parfois n'être autre chose qu'une forme camouflée de soumission à l'idéologie actuelle de l'ordre établi, que se soit au niveau de l'Etat, de la communauté ou du parti.

 

b - Au niveau des ses sources

Les sources de l'Histoire sont généralement constituées par un ensemble de récits ou d'écrits légués par des individus qui furent, en leur temps, des contemporains ou des témoins de certains faits et événements. Comme tout témoin, ces individus étaient soumis à des conditionnements culturels, voire des contraintes, qui les ont nécessairement amenés à appréhender les événements, à les interpréter, à les comprendre et enfin à les rédiger et à les présenter de telle ou telle manière. Il est donc possible de considérer, dans ces conditions et avec de fortes chances d'êre dans la vérité, qu'une bonne partie des documents écrits légués ne sont que le reflet de l'opinion de ceux qui détenaient alors, le pouvoir et qui prônaient, à n'en point douter, des vérités différentes, sinon à l'antipode de celles des gens qui n'avaient ni le pouvoir ni le secret de l'écriture.

 

c - Au niveau de son approche de la vérité

Il est évident que les opinions et les vérités changent et se transforment non seulement en fonction des personnes et des circonstances, mais encore en fonction des amendements intentionnels ou accidentels qui surviennent lors de la transmission du message par des colporteurs tout aussi conditionnés par les circonstances que par les intérêts immédiats. L'on constate donc, qu'en dernière analyse, c'est l'idéologie personnelle de l'historien qui s'empare du document déjà faussé à la base et lui imprime son moule propre. D'ailleurs il est impossible de concevoir un travail d'interprétation sans une forte dose d'apports personnels ou, du moins, sans une vision personnelle des choses et du monde!

En effet, avec les mêmes documents historiques on a prouvé des choses et leur contraire et avec les mêmes résultats de fouilles on a reconstitué mille passés différents, sinon antagonistes!

 

d - Un exemple d'actualité

Essayons d'imaginer ce qu'il adviendra des vestiges de nos activités matérielles et de notre environnement journalier: ils constitueront, à n'en point douter, l'objet de l'archéologie de demain, et tous les accessoires de notre vie quotidienne seront, un jour, exposés dans des vitrines de Musées! Il en sera de même de toutes nos tribulations politiques journalières et de toutes les bribes de nos journaux et de nos graffitis muraux qui constitueront l'Histoire de demain.

Or, à supposer que notre propre version des choses vienne à disparaître à la faveur d'une conjoncture particulière d'origine naturelle ou humaine, et que l'Histoire ne retienne que la vérité des autres, peut-on seulement tenter d'imaginer ce que pourraient être nos remords et nos douleurs en face de tout le gâchis et de tous les crimes commis, de bonne ou de mauvaise foi, pour fonder des vérités qui ne seront pas retenues comme telles?

Notes

[1] Un certain nombre de points soulevés dans cette note ont été développés dans mes articles et essais suivants:
-L'arbre généalogique. Essai sur quelques aspects irrationnels dans le discours historique libanais, dans Annales d'Histoire et d'Archéologie (Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'U.S.J.), 3, 1984, pp.35-66;
-Le Liban: Une option de vie au de mort. Réflexions sur quelques aspects irrationnels dans le comportement politique libanais, dans Panorama de l'Actualité, 45, 1987, pp.21-33;
-De l'Histoire comme moteur des idéologies du suicide. Essai d'approche du modèle libanais, dans Panorama de l'Actualité, 48, 1987, pp.29-50;
-"En attendant Godot", compte-rendu de S.Anhoury, Liban, Le Calvaire le plus long, dans Panorama de l'Actualité, 49, 1988. pp.65-70.
-Notre mémoire collective: Quelle pédagogie? Réflexions sur l'enseignement de l'histoire au Liban, dans L.M.Chidiac, A.Kahi et A.Messana, La Génération de la relève. Une pédagogie nouvelle pour la jeunesse libanaise de notre temps, Bureau Pédagogique des Saints-Coeurs, Beyrouth 1989, pp. 337-344.

 

 

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II - ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE AU LIBAN

1 - Considérations générales sur le fond

a - Insuffisance et hypocrisie

Les différentes "Histoire du Liban" que l'on enseigne, dépassent rarement le niveau du roman hagiographique. Elles sont presque toutes écrites en fonction d'arrières pensées déterminées ou de complexes donnés. On évite ainsi de traiter des questions litigieuses en invoquant l'unité nationale. Or, cette dernière ne peut être sauvée malgré elle. C'est seulement à travers un exposé objectif des bons comme des mauvais côtés et dans la reconnaissance mutuelle des apports et des erreurs des uns et des autres et en donnant à chacun son dû sans mainmise aucune sur une portion ou sur la totalité de l'Histoire collective que l'on peut parvenir à cette fin et à l'établissement d'une paix civile permanente.

 

b - Caducité et ignorance

A cela s'ajoute le fait que les auteurs des ouvrages scolaires font très rarement oeuvre de chercheurs. Au lieu d'exploiter, par exemple, la vaste documentation disponible et de la traduire dans un langage accessible, selon l'âge mental des jeunes (et des moins jeunes) lecteurs, ils se contentent de "pirater" un certain nombre de livres -déjà discutables- qu'ils trouvent sur le marché et sélectionnent selon des critères tout à fait subjectifs un certain nombre de phrases qui constituent, à leur avis, la somme de la science.

Il est intéressant de noter qu'un certain nombre de phrases-clichés se retrouvent reproduites dans la presque totalité des manuels, sans compter toutes les affirmations qui se contredisent d'un chapitre à l'autre et toute la phraséologie pompeuse et vide de contenu réel. Il n'est, bien sûr, nullement nécessaire de mettre en évidence le fait que ces ouvrages sont démunis de la documentation ou des textes qui corroborent leurs affirmations. Inutile, non plus, d'insister sur le manque d'éthique professionnelle quand ils évitent le recours aux citations et aux sources dans les questions particulièrement litigieuses. En un mot: ces livres sont déjà caducs à l'heure même de leur sortie de presse.

 

c - 'Etre fier de son passé'

Bien que l'un des buts de l'Histoire soit de permettre une meilleure compréhension du présent" à la lumière du passé, en rendant plus intelligible le présent, on peut noter que dans presque tous les livres d'histoire mis à la disposition des écoliers, celle-ci est définie comme une réactualisation du passé ('ihya' al-madi) pour en tirer les leçons nécessaires à la construction de l'avenir. A cette définition, il existe un corollaire concernant l'utilité de l'enseignement de l'histoire qui se résume comme suit: Une nation qui ne s'enorgueillit pas de son passé n'a pas d'avenir. L'Histoire est donc une école de patriotisme vrai". ..etc

Sans procéder à des analyses fastidieuses de vocabulaire, l'on voit déjà, à travers ces trois termes apparemment inoffensifs -réactualisation du passé, orgueil national et patrimoine-, comment s'effectue le travestissement de l'enseignement de l'Histoire au Liban.

Pour être fier de son passé, il faut que celui-ci soit glorieux: chacun, de son côté, au mépris de l'Histoire, procèdera donc à opérer les coupures nécessaires et voilera, le ou les pans jugés moins glorieux, compromettants ou tout simplement contraires aux développements idéologiques recherchés. La texture composée de la société, et la morphologie du sol ont permis d'effectuer impunément des coupures dans le patrimoine collectif et d'en abuser comme d'un véritable bien de famille, en vue de promouvoir des histoires sectaires et antagonistes.

 

d - Chauvinisme ou patriotisme?

Que signifie dans le cadre d'un chapitre sur la Préhistoire une phrase du genre Le Liban est une des plus anciennes patries (min 'aqdami-l-'awtan) habitées par l'homme que l'on enseigne à nos enfants en classe de 9ème? Peut-on réellement croire qu'une telle affirmation puisse fonder un vrai patriotisme? Il suffit d'ailleurs de forcer un tout petit peu la dose, et l'élève de 8ème pourra regarder et "avaler" dans la même série et dans le même esprit un dessin montrant 2 vaches, 3 chameaux, 5 moutons et 1 chèvre, sous-titré de façon fortement significative: animaux domestiques phéniciens auxquels d'autres feront correspondre d'autres animaux "arabes", "mardaïtes", "romains" ou "croisés"!

 

e - Une hagiographie écoeurante

Cette tendance à l'emphase, génératrice de subjectivisme et donc d'intolérance par suite de son exploitation par l'idéologie, continue d'accompagner l'enfant tout au long du cycle d'études; et c'est ainsi qu'en classe de 7ème, il sera convaincu que l'Emir Fakhr ad-Din II caressait, en même temps que son "ours de peluche", un projet de libération nationale, ayant grandi, le coeur plein de rage contre les Ottomans...! Le même Fakhr ad-Din, soucieux, en six lignes, d'unité et d'amour qui fondent les nations, ne cesse, tout au long du chapitre, de massacrer, pendre, anéantir, dépouiller... ses ennemis! Or, certains Libanais d'aujourd'hui descendent justement de ces ennemis jadis persécutés et ne sont pas près d'accepter de se reconnaître dans le héros qu'on leur présente! Il en est de même de tous les personnages dont on voudrait faire des héros nationaux.

D'aucuns diraient que toutes les nations du monde ont vécu les mêmes expériences et que l'Histoire du Liban n'est pas la seule à avoir eu à affronter de tels problèmes. Certes. Mais avant de parvenir à résoudre ces problèmes et à accepter de faire entrer leurs différents héros dans leur Panthéon national, leurs historiens ont écrit des volumes de thèses et de contre-thèses abondamment documentées sur les différents sujets. Or, malgré tout cet effort, certains de ces héros n'ont pas dépassé le cadre de l'adulation régionale, pour ne pas dire tribale, communautaire ou simplement partisane.

Il est donc évident que tant que l'Histoire du Liban n'a pas été prise en main et n'a pas été écrite par de vrais historiens, et tant que les différents partenaires et héritiers n'ont pas eu le droit de faire prévaloir leurs droits à l'héritage et surtout leur droit à la parole, tous ces "héros", quels qu'ils soient, brandis par l'un ou par l'autre, appropriés par l'un ou par l'autre, ne parviendront jamais à faire l'unité des Libanais. Bien au contraire, ils seront des pommes de discorde.

 

f - Le 'Liban-refuge' ?

Habité, comme tous les pays du monde, par un ensemble de groupes d'origines et de cultures différentes, le Liban n'a jamais monopolisé ni la fonction de voie de passage ni celle de refuge. Il suffit d'ailleurs de regarder très simplement une carte de géographie physique ou de lire quelques livres d'histoire ancienne, médiévale, moderne ou même actuelle, qui font état de déplacements de populations, pour se rendre compte de cette évidence! Rien ne servirait de se gargariser de géographie, d'histoire ou d'idéologie pour avancer des définitions sur la nature du Liban ("éternel", "refuge", "phénicien" ou "arabe" ...), d'autant plus que ces définitions que l'on donne du Liban idéel ou idéal n'ont jamais réussi à rallier les différentes composantes de la "Nation".

Le Liban a pu jouer peut-être un rôle de "refuge", idée prônée par H.Lammens au début de ce siècle. Or, a-t-on seulement songé aux conséquences fâcheuses qui découlent de l'érection de cette conjoncture historique au rang d'idéologie nationale? Car, si telle est la vocation du Liban, pourquoi donc avoir accepté le droit d'asile aux uns et l'avoir refusé à d'autres qui se trouvaient exactement dans la même situation que les précédents? Et même si l'on trouve des réponses à cette question, il est nécessaire et urgent de répondre à une autre non moins grave: pourquoi les anciens réfugiés ont-ils continué de rester barricadés et isolés des autres réfugiés après que les conjonctures historiques passés ont fini par s'évanouir?[2]

 

 

2 - L'Histoire, l'identité (al-Huwiyyat) et l'appartenance (al'Intima')

Le discours historique fait souvent référence au problème de l'identité nationale, et considère l'Histoire comme un instrument infaillible pour susciter, si ce n'est pour fonder cette dernière. Or, il n'est point de terme plus imprécis que celui d'identité. On perçoit ce qu'il veut dire, mais l'on n'arrive pas toujours à formuler correctement son contenu réel.

 

a - Identité personnelle, identité nationale

Sur le plan personnel, l'identité peut être définie comme l'ensemble des caractères biologiques et culturels qui permettent à un individu de se reconnaître en tant que personne d'abord, en tant qu'être social ensuite. Ces caractères lui permettent d'être reconnu comme semblable par le groupe dont il fait partie et d'être perçu comme distinct par les non membres du groupe ou les membres d'un autre groupe. On peut donc facilement considérer que l'identité est une question de reconnaissance mutuelle et réciproque de l'individu et du groupe. Dans cet ordre d'idées il est aussi possible d'admettre que si la naissance joue dans cette opération un rôle très souvent nécessaire, celui-ci ne semble pas devoir être toujours suffisant; et de nombreux exemples peuvent corroborer cette assertion.

Dans les sociétés antiques ou celles qui sont appelées "primitives" ou de façon euphémique "préindustrielles", l'identité de l'individu est définie d'abord en fonction de son rapport à son totem, à son clan ou à sa tribu. Il est le fils d'un tel au d'une telle, il est issu de telle famille, de tel clan, de telle tribu, il habite tel village au telle parcelle de territoire, il parle tel dialecte, il adore les dieux, et ainsi de suite. L'identité des membres du groupe, comme celui du groupe lui-même, peut ainsi se justifier par la création mythique et se fonder sur la référence aux ancêtres fondateurs.

Lorsque des groupes ou des tribus se regroupent pour former une Cité-Etat, tout membre du groupe peut se sentir investi d'un double sentiment: un sentiment d'identité, qu'il a de naissance, et un sentiment d'appartenance qu'il acquiert par adoption. Avec le temps, il semble que le sentiment d'identité, dans sa référence au groupe clanique ou tribal, et bien qu'il garde toute sa valeur et son acuité, puisqu'il permet de reconnaître le titre de l'esclave, le "citoyen" du métèque, finit plus ou moins par s'estomper ou plutôt par se confondre avec celui d'appartenance. Le nouveau "citoyen" s'identifie à sa cité, à son environnement culturel et matériel, au patrimoine, dans son sens étymologique d'héritage des pères, à la terre et à la langue maternelles. Périclès est certes le fils de Xanthippos, il est un Bouzyge par son père, un Alcméonide par sa mère, mais il est surtout Athénien, et un Athénien n'est ni un Spartiate ni un Thébain.

Or, bien que n'ayant probablement, sinon sûrement à l'origine, aucun sentiment de communauté, ces Athéniens, ces Spartiates ou autres, et pour des raisons diverses qu'il serait long de détailler, se mettent à se rendre compte de leur appartenance à une culture commune, sinon à un destin commun. Et des Thémistocle ou des Démosthène, par exemple, peuvent très bien, au nom de la grécité, tenter de Rallier tous ces Grecs contre ce qu'ils considèrent comme des dangers communs qui les menacent tous. C'est ainsi, semble-t-il, qu'à travers une prise de conscience de tout un ensemble d'intérêts, de dangers ou de facteurs culturels communs, naît le sentiment d'appartenance à une communauté plus grande, lequel peut être alors qualifié de sentiment d'identité nationale.

En effet, et contrairement à l'identité individuelle, le sentiment d'appartenance ou d'identité nationale ne paraît pas être une donnée primaire. C'est plutôt un acquis qui se forge à travers des expériences communes, par le truchement de l'acceptation de la réalité géopolitique dans laquelle les différents groupes se trouvent projetés par suite de circonstances parfois indépendantes de leur volonté. Le sentiment d'appartenance se forge aussi par la reconnaissance de l'Autre comme égal et comme partenaire dans la réalisation du projet commun d'édification du groupe et, partant, de la Patrie ou de la Nation, en ce sens que chacun reconnaît dans les différents composants du groupe ou de la "Nation" des héritiers à part entière de tout le passé, avec leurs "bons" ou leurs "mauvais" côtés, leurs "bons" ou leurs "mauvais" ancêtres.

 

b - Histoire, identité nationale et appartenance

En passant du stade tribal primitif au stade de la Cité-Etat ou à celui des Nations, il est certes possible de se servir de l'Histoire pour fixer le moment fondateur où le sentiment d'identité nationale ou d'appartenance apparaît, et d'aller jusqu'à solliciter des événements historiques pour le justifier et l'établir. Mais l'Histoire ne doit pas être exploitée par des préoccupations idéologiques pour institutionnaliser des options politiques actuelles, ni ne doit être mise à contribution pour fonder à postériori les notions d'identité nationale ou d'appartenance. L'Homme, à mon avis, reste prisonnier de ses attaches naturelles avec sa cellule socioculturelle et avec son environnement bio-culturel de base auxquels il appartient de naissance. Son adhésion à une entité socioculturelle ou géopolitique plus vaste est un acte volontaire de sa part. L'Histoire peut parfois l'aider à s'y intégrer volontairement, elle ne peut nullement l'y obliger. Il est d'ailleurs aisé de constater que de nombreuses "Nations" sont aujourd'hui sur la voie de l'effritement, malgré les "postulats" de leurs histoires dites nationales.

L'histoire passée, avons-nous dit, peut certes fonder et justifier la notion d'appartenance, mais cette notion, on doit le reconnaître, est aussi difficile a cerner théoriquement que celle d'identité. On a pris l'habitude au Liban de distinguer entre le concept d'identité, que l'on réserve à tout ce qui touche aux attaches nationales (peut-être par confusion avec ce que l'on peut appeler l'identité juridique, l'état civil ou simplement la carte d'identité), et celui d'appartenance, que l'on réserve à tout ce qui touche aux attaches régionales ou culturelles, voire universalistes. Notons cependant que si ses limites ne sont pas clairement définies, le sentiment d'appartenance, fondé uniquement sur l'Histoire et sans référence, encore une fois, à une éventuelle adhésion librement consentie de la part de l'ensemble des citoyens, peut entrer en conflit avec celui d'identité, et peut risquer de le neutraliser, voire de l'annihiler. En effet, si le sentiment d'identité est promu à la première place des préoccupations de l'individu ou du groupe, on peut le voir aboutir à l'instauration de structures caractérielles rigides sur le plan personnel et à celui de régimes racistes et xénophobes au niveau du groupe. Si par contre c'est le sentiment d'appartenance qui prime, on peut le voir aboutir à une dilution de l'identité au niveau de l'individu et à un éclatement de l'Etat-Nation.

C'est donc la complémentarité, le juste équilibre, le dialogue fructueux entre les deux notions et la reconnaissance des différences comme celle des éléments communs qui permettront, tant aux individus qu'aux nations, d'assumer leur insertion dans l'Histoire[3].

 

c - Identité, appartenance et allégeance

Je voudrais toutefois ajouter aux concepts d'identité et d'appartenance, dont on parle le plus souvent, un troisième concept qui me paraît tout aussi important: celui d'allégeance. Mais, partons plutôt d'exemples concrets. Un Arménien, un Kurde, un Grec ou un Français, par exemple, peuvent acquérir la nationalité libanaise, ils peuvent même s'identifier au Liban etc.: c'est un choix politique délibéré et librement consenti, mais ils ne restent pas moins culturellement et intrinsèquement arménien, kurde, grec ou français. Leur identité est une chose, leur carte d'identité en est une autre! Ils appartiennent à leur culture propre, à leur culture d'origine, mais font acte d'allégeance et de fidélité à leur groupe adoptif, à leur patrie adoptive, à leur environnement culturel adoptif. Je comprends parfaitement que les Libanais de souche arabe puissent se dire "arabes d'identité et d'appartenance" ('arabiy al-huwiyya wal intima'), mais cette assertion est-elle vraie de la part des Arméniens libanais, des Kurdes libanais ou d'autres groupes ethnico-culturels par exemple?

 

 

3 - Considérations générales sur la forme du discours historique au Liban

Si l'on se penche sur la forme du discours, l'on se rend vite compte que l'Histoire peut être travestie par la simple utilisation de mots, de phrases ou de récits qui, sortis de leur contexte scientifique originel, reçoivent autant de significations que d'intonations différentes.

D'ailleurs, les nuances du vocabulaire peuvent contribuer à ce genre de besogne, et des périodes ou des individus seront promus respectivement en "âge d'or" et en "héros nationaux" ou purement et simplement abaissés au rang de périodes de "décadence" ou de "traîtres".

C'est un aspect du problème sur lequel l'on devrait sérieusement se pencher, car ce sont ces clichés imprimés au cours de l'enfance qui orienteront les choix politiques ultérieurs. Et ce n'est point avec un pain quotidien de cette qualité que l'on peut espérer former de futurs citoyens compréhensifs, tolérants et avides de paix civile!

Il est d'ailleurs tout aussi nécessaire, dans cet ordre d'idées, d'attirer l'attention sur un courant ou une tendance qui relèvent d'un véritable complexe de persécution et qui consistent à dénigrer ou à rejeter certaines "sources" et à accuser leurs auteurs de malveillance, pour peu que leurs assertions soient jugées contraires ou inconciliables avec les thèses que l'on prône.

 

Trop de questions restent et resteront sans réponses dans l'état actuel des esprits et des mentalités. Comment s'en sortir? L'entreprise est gigantesque... En face de tels agissements irresponsables et autodestructeurs, il convient en premier lieu de dénoncer les failles ou du moins de les montrer du doigt.

Il faut que les Historiens et les manuels d'histoire montrent aux Libanais, sans discrimination aucune, qu'ils sont HERITIERS A PART ENTIERE DE TOUT LEUR PASSE, avec ses "bons" et ses "mauvais" côtés, avec leurs "bons" et leurs "mauvais" ancêtres. Ils doivent exploiter les sources, les archives, la documentation archéologique, la documentation ethnographique en voie de disparition, et ce de la façon la plus minutieuse possible, en vue d'aider chacun à comprendre l'Autre d'abord et l'Histoire ensuite. Une Histoire du Liban ne peut être parachutée d'un univers idéal, elle ne peut se faire que sur la base d'innombrables monographies dans lesquelles chacun aura exposé son point de vue et sa vision personnelle des choses, une vision corroborée par des documents qui seront confrontés à d'autres documents en vue d'établir ou de dégager ce qu'il est convenu d'appeler la vérité historique.

Si au contraire l'on continue de bluffer et de brosser des tableaux fallacieux à grands coups de généralités fondées sur quelques documents isolés et rapiécés, si l'on continue de combiner histoire et mythologie, archéologie et folklore, cuisine et linguistique, politique et religion, il y a de fortes chances pour que l'on soit en train de préparer, consciemment ou inconsciemment, un projet de guerre plus meurtrière et plus totale que les précédentes, pour les générations à venir!

Notes

[2] Il serait intéressant à cet égard de lire les lignes consacrées à la population du Liban par le Pr. Jean BERNARD, dans son livre Le Sang et l'Histoire, Buchet/Chastel, Paris 1983, pp. 112-114.
[3] Quelles que soient les définitions que l'on puisse donner aux concepts d'identité et d'appartenance, et quelles que soient les solutions que l'on puisse apporter aux problèmes des rapports entre ces concepts et l'Histoire, nous devons reconnaître que ces concepts sont aujourd'hui entièrement remis en question, non seulement à l'intérieur des Etats démocratiques qui connaissent un régime de stabilité sociale, mais encore et surtout à l'intérieur des Etats autoritaires dont on assiste à l'éclatement. La situation, au niveau de l'acception de ces concepts, se complique d'ailleurs d'une façon très significative par l'émergence moderne et actuelle du problème des nationalités et surtout des minorités qui sont en passe de devenir le point de mire et le centre de préoccupation de toute tentative d'instauration d'un ordre mondial nouveau.

 

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III - OBJECTIFS, RECHERCHE ET ENSEIGNEMENT

L'Histoire, avons-nous suggéré, peut être définie comme une technique qui a pour but d'empêcher que les actions accomplies par les hommes ne s'effacent avec le temps. Cette définition nous a été léguée par Hérodote est valable aussi bien dans le cadre des civilisations à écriture que dans celui des civilisations à tradition orale. Considérée par les systèmes académiques comme une branche de ce qu'il est convenu d'appeler les Sciences Humaines, elle est soumise à deux pôles d'attraction qui peuvent s'opposer, s'épauler ou s'annuler mutuellement.

En tant que Science, l'Histoire est régie par un certain nombre de méthodes qu'elle partage avec les autres sciences, à savoir: le travail, l'intelligence, le bon sens et l'honnêteté, et s'appuie sur un certain nombre de techniques qui ont été progressivement élaborées et affinées au cours des siècles afin de mieux cerner son objet, à savoir le fait humain dans sa totalité. Aussi, use-t-elle de toutes les ressources et les données que lui fournissent d'autres sciences qui finissent par devenir de véritables sciences auxiliaires de l'Histoire, comme la géographie, l'archéologie, la numismatique, la sigillographie, l'épigraphie, la diplomatique, la généalogie, la linguistique, l'ethnologie, etc.

En tant qu'Humaine, l'Histoire est soumise à tout un ensemble de facteurs de déformation, soit au niveau de l'information de base qui peut être déjà déformée par son auteur ou son transmetteur, en fonction de leurs conditionnements particuliers, soit au niveau de l'historien qui se penche sur l'information et l'interprète selon son propre rythme et sa propre conception du Monde et des choses. Il est donc important de prendre conscience des limites de ce qu'il est convenu d'appeler l'objectivité historique.

En partant de ces considérations, il nous paraît impératif d'exposer et de préciser un certain nombre de principes qui doivent aider à surmonter une bonne partie des problèmes que pose l'approche de l'Histoire au Liban, et à orienter la mise en place des nouveaux programmes et des nouveaux livres destinés à l'enseignement de cette matière.

 

Quelques principes généraux

1) L'Histoire est une technique qui permet d'appréhender la "politique" du passé, dans le sens le plus global du terme, à savoir la vie de l'Homme dans la société ou dans la polis, comme l'archéologie son corollaire en est une autre qui permet d'appréhender les vestiges de sa vie matérielle. De cette définition découle un principe fondamental: elle ne doit être ni personnifiée, ni mythifiée, et les résultats de la recherche, obtenus à la suite d'un effort de connaissance critique, doivent être reconnus et acceptés comme ils se présentent.

2) L'Histoire ne se limite pas au va-et-vient des frontières, au gré des conjonctures géopolitiques, elle est celle de la civilisation dans ses deux dimensions matérielle et spirituelle.

3) l'Histoire se fait avec des documents et des témoignages littéraires ou matériels; elle n'est jamais une reconstruction idéologique. Ces documents doivent être empruntés sans discrimination aucune à tous les domaines de la connaissance comme constituants complémentaires de l'héritage légué par les sociétés disparues.

4) Quels que soient les documents -littéraires ou de culture matérielle- ils doivent être soumis à une critique serrée, analysés et confrontés à d'autres documents, pour être crédibles. L'Historien se doit donc d'éviter de faire dire aux documents ce qu'ils ne peuvent dire et de profiter de son recul pour faire adopter aux documents ou aux "acteurs" de l'Histoire ses propres dires et pensées.

5) Seuls les faits historiques, culturels ou matériels, constituent la réalité. Leur interprétation fondée sur la seule loi des relations de causes à effets reste incertaine et subjective. C'est la mise en valeur de leur dynamique propre et l'analyse de leurs interactions qui en permet une interprétation acceptable dans l'état actuel des connaissances.

6) Toute hypothèse et toute généralisation au sujet du déroulement des faits, pour être valables, doivent être étayées par des enquêtes particulières sur les différents facteurs qui ont présidé à leur élaboration. Ce qui signifie, sur le plan méthodologique, l'antériorité des monographies sur les histoires générales.

7) Tout en admettant l'importance capitale de certains événements ou de certains individus dans le déroulement des faits historiques et de certaines dates-clés nécessaires pour la fixation de points de repères, l'Histoire ne se réduit pas à un déroulement d'empires, de batailles, de révolutions politiques et de dates. Celle histoire-là n'est autre qu'un immense charnier (R.Grousset) comparable à celui que présentent quotidiennement les médias audiovisuels. Exposer l'Histoire uniquement sous cet angle risque de compromettre toute possibilité de cohabitation et d'entente entre les peuples et les individus.

8) L'Histoire doit s'occuper de déterminer le milieu de vie, avec ses "bons" et ses "mauvais" côtés. Elle ne doit être exploitée ni pour recréer le passé ni pour ressusciter les ancêtres et encore moins pour projeter sur le passé l'idéologie actuelle du temps présent. En suivant cette pente, elle risque de perdre son rapport au présent, par sa recherche de paradis perdus, ou d'actualiser le passé au mépris de l'Histoire.

9) L'Histoire n'est pas une recherche sur les origines du peuple considéré comme une entité monolithique. Elle doit montrer non seulement le va-et-vient géographique, mais aussi et surtout le va-et-vient des populations, les brassages et les métissages, tant "ethniques" que biologiques et culturels qui ont conduit à l'émergence du "peuple" qui vit ici et maintenant sans aucune discrimination entre les différents ancêtres de ce peuple.

10) La recherche historique, en tant que telle, est une démarche intellectuelle qui a pour but d'assouvir la connaissance qui, avec la vie et l'amour, constitue l'un des piliers de l'existence humaine. Elle permet d'aller à la rencontre des hommes du passé, qu'il soit national, régional ou humain. En tant que telle, elle doit s'armer du respect des autres, de générosité et de libéralisme et avoir à coeur d'habituer les hommes à admettre la variété des types et des comportements humains, conditions sine qua non pour connaître et aimer l'Autre.

11) Considérée comme une démarche vers la connaissance de l'Autre tel qu'il est, et vers la reconnaissance de l'Autre comme semblable et égal, l'Histoire peut, dans le cadre humain, servir de base à une réflexion sur le projet commun qui anime les hommes au sujet de leur égalité et de leur liberté fondamentales.

12) L'Histoire nationale doit se fonder sur le réel géopolitique. Superposer la réalité géopolitique actuelle au passé risque de transformer l'Histoire en un discours sentimental sur un "paradis perdu" ou une patrie "rétrécie".

13) L'Histoire doit aider les citoyens à comprendre leur présent à la lumière de leur passé tel qu'il fut, en dehors de tout chauvinisme et de toute passion de quelque nature qu'elle soit. Si le Liban, en tant qu'entité géographique et géologique est "éternel", le Liban géopolitique accepté par les citoyens et défini par la Constitution est une réalité récente.

14) l'Histoire doit certes relever les "sommets" culturels atteints par l'un ou l'autre des groupes ancestraux mais aussi les "fossés" dans lesquels ils ont sombré, sans toutefois verser dans la paranoïa nationaliste ni dans le désespoir suicidaire.

15) L'Histoire doit aider les citoyens à sortir de leur carapace, à s'accepter mutuellement et à mettre en commun leurs richesses culturelles et leur patrimoine collectif dans l'intérêt de tous et dans la perspective de l'établissement d'un régime de paix civile permanente.

16) L'Histoire doit enfin permettre aux citoyens d'affirmer et d'affermir leurs choix politiques à la lumière de leurs expériences passées à un moment où les grandes transformations de l'économie, de la culture, de la science et de la technique sont en train d'ignorer, voire de menacer les frontières.

 

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IV - LE LIVRE UNIQUE D'HISTOIRE

Sans aller outre mesure dans les détails fastidieux de critique des différents ouvrages scolaires actuellement en circulation et qui, sans exception, se réfèrent au "programme officiel", nous suggérons qu'il soit tenu compte, dans l'optique que nous considérons discutable[4], de l'unification du manuel scolaire d'histoire, des remarques suivantes:

1 - Le livre d'Histoire, considéré comme l'aboutissement normal de tout l'effort de recherche, ne peut voir le jour que lorsque les conditions de cette recherche on été dûment remplies: ce qui nécessite la mise en place d'équipes qualifiées d'une part, du temps et des moyens de l'autre. Nous estimons que cet effort ne peut et ne doit en aucune façon être bâclé et qu'il ne doit être soumis à aucune contrainte de calendrier fixé à l'avance.

2 - Les résultats de cette recherche doivent être exposés dans des termes et selon des formules appropriés et adaptés à chaque classe d'âge, dans le but de faire partager la connaissance et sans que cette adaptation n'oblige l'auteur à renier ses idées, à falsifier l'Histoire ou à se soumettre à l'idéologie actuelle de l'ordre établi, en partant du principe que les faits demeurent et les idéologies changent.

3 - Les auteurs des livres scolaires d'Histoire doivent veiller à assurer la multiplication des sources et des textes d'auteurs anciens et modernes, dussent-ils être contradictoires: c'est la condition sine qua non pour aiguiser l'esprit critique de l'écolier et pour lui montrer la relativité de l'interprétation et du discours historiques.

4 - Les auteurs doivent veiller à la multiplication des documents illustrés, choisis parmi les plus connus, les plus expressifs et les plus explicites: c'est à ce prix que l'élève aura des idées claires et accumulera un capital documentaire qui fera de lui un homme cultivé, doté de qualité de jugement et de sentiment.

5 - Parallèlement au manuel, il est impératif de procéder à la mise au point d'un "livre du maître" qui contiendrait tous les documents annexes (textes complémentaires, illustrations, graphiques, commentaires, analyses, biographies, bibliographies, etc.) dont l'enseignant devrait avoir besoin pour compléter son enseignement, ainsi qu'une méthode d'approche pédagogique.

6 - Des tests ponctuels, portant sur des chapitres ou des leçons, devraient être effectués dans plusieurs types d'établissements scolaires pour mieux saisir l'impact de leur contenu sur le public scolaire.

7 - La mise en place définitive du manuel nécessite sa soumission à une commission de lecture, composée de chercheurs attitrés et spécialisés appartenant aux différents bords, qui donnera son accord préalable sur le fond et sur la forme de l'ouvrage avant de l'imprimer et de le mettre à la disposition des écoles.

8 - Il faudrait être attentif à la nécessité d'exiger une bonne qualité de parler et d'impression, notamment en ce qui concerne les illustrations (plans, dessins ou photos) qui doivent être impeccables.

9 - Il faudrait enfin et surtout éviter par tous les moyens de donner à l'écolier l'impression que l'Histoire est une matière secondaire que l'on étudie à titre de "matière de rachat" en se contentant de retenir les passages soulignés.

 

Notes

(4) Il n'est pas du tout évident que le livre unique d'Histoire puisse permettre à toutes les composantes de la Nation de pouvoir s'exprimer librement et de donner leur propre version des choses. Il existe un réel danger de voir un tel livre sombrer dans d'autres types d'idéologies en prétendant neutraliser celles qui sont en cours.

Hassan Salame Sarkis

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