Ciel! Ou est passé mon identité?
Le ciel de Montréal me fascine. Il semble si proche, si accessible…
Ici, le ciel s'offre au regard où que l'on soit, dans toutes ses nuances de bleu…
Il est velouté, riche, pur.
Un vol d'oiseaux se détache si parfaitement sur ce ciel que l'on se croirait au cœur de la formation, au centre de cette communion entre le ciel et la terre…
Je m'habitue au ciel de Montréal comme l'on s'habitue à une nouvelle senteur, un nouveau parfum. Ce parfum-ci serait celui de la liberté retrouvée, d'une vie qui commence, de l'identité a recréer…
Sous le ciel de Montréal, des milliers de gens se côtoient, se croisent, se cherchent, se trouvent, se font et se défont… et au cœur de cette foule, je me recherche encore.
****
Etrangement, on ne m'a jamais tant demandé ma religion que depuis que je suis ici. À Beyrouth, mon nom était ma carte d'identité. Je n'avais pas d'explications à donner, ce dernier me définissait, disait tout de moi et me plaçait automatiquement dans une catégorie précise de la société. Comme si ma pensée et mes réflexes étaient, à partir de là, conditionnés à n'agir qu'en fonction de cet état si clairement perçu par les autres.
A Beyrouth, j'était chrétienne de naissance et de «sang» parce que mon nom en avait décidé ainsi. À l'instar de ceux dont le nom était trop vague pour permettre de déterminer une appartenance quelconque, j'étais celle qui n'avait pas le problème de se faire identifier lors d'une soirée «mixte» par exemple. Loin de là! Il se trouve qu'une éminence chrétienne porte le même nom de famille… Quelle meilleure preuve de ma chrétienté????
Il est évident ici que je ne rentre en aucune façon dans le détail de savoir si je me SENS chrétienne et comment et par rapport à quoi définir la chrétienté au Liban!
D'autre part, à Beyrouth, j'étais aussi canadienne du fait que c'est là où je suis née. À la question : Quelle est votre nationalité? sur les papiers officiels, je répondais toujours : Canado-libanaise, ou libano-canadienne. Peu importe l'ordre, tant que le mot Canada faisait partie de la réponse. Il m'importait de préciser que je n'étais pas que Libanaise, que j'avais une identité plus précise que celle de libanaise. Être aussi canadienne, même si je n'avais jamais vraiment connu ce pays, signifiait pour moi une bouée de sauvetage au questionnement de mon identité. Je n'avais pas ce problème puisque détentrice d'un passeport autre que libanais.
A Montréal, autre réalité. Je n'ai jamais été aussi libanaise qu'à Montréal. Ni tant chrétienne! En effet, il arrive très souvent que des gens décèlent un accent (sic!) et me demandent d'où je viens. À la réponse «du Liban», ils me demandent tout de suite si je suis chrétienne ou musulmane. Et même plus souvent, on s'imagine tout de suite que je suis musulmane et me demandent pourquoi je ne suis pas voilée. La question en elle-même ne me dérange absolument pas… il n'y a pas de quoi d'ailleurs. Sauf que je réalise avec surprise qu'il me faut désormais apprendre à accepter ma nationalité et surtout à me définir par rapport à elle, chose que je n'avais jamais appris à faire au Liban.
****
Autre question qui réveille ma curiosité et mon désir de retrouver mon identité de libanaise est celle relative à la guerre. On me demande souvent «que s'est-il vraiment passé?». Et à ma plus grande honte, je réalise que je suis incapable de répondre à la question, que je manque cruellement de données pertinentes et objectives à fournir afin d'expliquer ce que l'on a jamais su m'expliquer clairement. Comment expliquer aux québécois ou au non-libanais qu'ils peuvent connaître ma religion de mon nom, comment leur expliquer le déni de la guerre au Liban et les divergences des opinions sur ses débuts et ses causes? Comment expliquer quelque chose qui n'est pas réfléchi chez les libanais lorsqu'il s'agit de la guerre? Et même de l'après-guerre? Comment expliquer le refus de l'identité libanaise et toutes les fragmentations de cette dernière? Comment expliquer le désir d'être phéniciens, araméens (je l'ai entendu, parole d'honneur!), français, canadiens, chrétiens ou musulmans, beyrouthins ou tripolitains mais PAS libanais! Comment le leur expliquer, mais surtout comment le comprendre moi-même?
À Montréal, je me dois de réapprendre ma culture. Je me dois de connaître l'histoire du Liban. Je me dois de reconstituer une identité qui comprendrait la dimension libanaise de celle-ci. Je me dois surtout d'être honnête avec moi-même et avec les autres en n'oubliant pas d'où je viens et en tentant de comprendre, dans la mesure du possible, pourquoi, comme tant d'autres libanais, j'ai abouti ailleurs en clamant que je suis libanaise alors qu'au Liban je clamais que j'étais canadienne.
Sous le ciel de Montréal, des milliers de gens se côtoient, se croisent, se cherchent, se trouvent, se font et se défont… et au cœur de cette foule, je me recherche encore. En venant chercher une autre vie, je serais tombée nez à nez avec ce que j'ai fui : moi-même…
Ici, le ciel s'offre au regard où que l'on soit, dans toutes ses nuances de bleu…
Il est velouté, riche, pur.
Un vol d'oiseaux se détache si parfaitement sur ce ciel que l'on se croirait au cœur de la formation, au centre de cette communion entre le ciel et la terre…
Je m'habitue au ciel de Montréal comme l'on s'habitue à une nouvelle senteur, un nouveau parfum. Ce parfum-ci serait celui de la liberté retrouvée, d'une vie qui commence, de l'identité a recréer…
Sous le ciel de Montréal, des milliers de gens se côtoient, se croisent, se cherchent, se trouvent, se font et se défont… et au cœur de cette foule, je me recherche encore.
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Etrangement, on ne m'a jamais tant demandé ma religion que depuis que je suis ici. À Beyrouth, mon nom était ma carte d'identité. Je n'avais pas d'explications à donner, ce dernier me définissait, disait tout de moi et me plaçait automatiquement dans une catégorie précise de la société. Comme si ma pensée et mes réflexes étaient, à partir de là, conditionnés à n'agir qu'en fonction de cet état si clairement perçu par les autres.
A Beyrouth, j'était chrétienne de naissance et de «sang» parce que mon nom en avait décidé ainsi. À l'instar de ceux dont le nom était trop vague pour permettre de déterminer une appartenance quelconque, j'étais celle qui n'avait pas le problème de se faire identifier lors d'une soirée «mixte» par exemple. Loin de là! Il se trouve qu'une éminence chrétienne porte le même nom de famille… Quelle meilleure preuve de ma chrétienté????
Il est évident ici que je ne rentre en aucune façon dans le détail de savoir si je me SENS chrétienne et comment et par rapport à quoi définir la chrétienté au Liban!
D'autre part, à Beyrouth, j'étais aussi canadienne du fait que c'est là où je suis née. À la question : Quelle est votre nationalité? sur les papiers officiels, je répondais toujours : Canado-libanaise, ou libano-canadienne. Peu importe l'ordre, tant que le mot Canada faisait partie de la réponse. Il m'importait de préciser que je n'étais pas que Libanaise, que j'avais une identité plus précise que celle de libanaise. Être aussi canadienne, même si je n'avais jamais vraiment connu ce pays, signifiait pour moi une bouée de sauvetage au questionnement de mon identité. Je n'avais pas ce problème puisque détentrice d'un passeport autre que libanais.
A Montréal, autre réalité. Je n'ai jamais été aussi libanaise qu'à Montréal. Ni tant chrétienne! En effet, il arrive très souvent que des gens décèlent un accent (sic!) et me demandent d'où je viens. À la réponse «du Liban», ils me demandent tout de suite si je suis chrétienne ou musulmane. Et même plus souvent, on s'imagine tout de suite que je suis musulmane et me demandent pourquoi je ne suis pas voilée. La question en elle-même ne me dérange absolument pas… il n'y a pas de quoi d'ailleurs. Sauf que je réalise avec surprise qu'il me faut désormais apprendre à accepter ma nationalité et surtout à me définir par rapport à elle, chose que je n'avais jamais appris à faire au Liban.
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Autre question qui réveille ma curiosité et mon désir de retrouver mon identité de libanaise est celle relative à la guerre. On me demande souvent «que s'est-il vraiment passé?». Et à ma plus grande honte, je réalise que je suis incapable de répondre à la question, que je manque cruellement de données pertinentes et objectives à fournir afin d'expliquer ce que l'on a jamais su m'expliquer clairement. Comment expliquer aux québécois ou au non-libanais qu'ils peuvent connaître ma religion de mon nom, comment leur expliquer le déni de la guerre au Liban et les divergences des opinions sur ses débuts et ses causes? Comment expliquer quelque chose qui n'est pas réfléchi chez les libanais lorsqu'il s'agit de la guerre? Et même de l'après-guerre? Comment expliquer le refus de l'identité libanaise et toutes les fragmentations de cette dernière? Comment expliquer le désir d'être phéniciens, araméens (je l'ai entendu, parole d'honneur!), français, canadiens, chrétiens ou musulmans, beyrouthins ou tripolitains mais PAS libanais! Comment le leur expliquer, mais surtout comment le comprendre moi-même?
À Montréal, je me dois de réapprendre ma culture. Je me dois de connaître l'histoire du Liban. Je me dois de reconstituer une identité qui comprendrait la dimension libanaise de celle-ci. Je me dois surtout d'être honnête avec moi-même et avec les autres en n'oubliant pas d'où je viens et en tentant de comprendre, dans la mesure du possible, pourquoi, comme tant d'autres libanais, j'ai abouti ailleurs en clamant que je suis libanaise alors qu'au Liban je clamais que j'étais canadienne.
Sous le ciel de Montréal, des milliers de gens se côtoient, se croisent, se cherchent, se trouvent, se font et se défont… et au cœur de cette foule, je me recherche encore. En venant chercher une autre vie, je serais tombée nez à nez avec ce que j'ai fui : moi-même…