letters

'1975' by Serge Seroff
'Arabe ou Français?' by Joelle Sfeir
'Beyrouth - vers 1978' by Serge Seroff
'Ciel! Ou est passé mon identité?' by Joelle Sfeir
'De deux ou trois bises et d’autres sujets de réflexions' by Joelle Sfeir
'Et les programmes ?' by Serge Seroff
'Faites des fêtes !' by Zalfa Tazanios
'Grand Lycée de Beyrouth - années 70' by Serge Seroff
'How to stagger under that unbearable bow ?' by Eileen Elsekampf
'L'Avenir Alternatif' by Joelle Sfeir
'L'école de la tolérance' by Serge Seroff
'Le français, vu du Liban' by Serge Seroff
'Letter' by Ashraf Osman
'Lettre à Beyrouth' by Antoine Boulad
'Missed Opportunities: Me and my Gender' by Mai Ghoussoub
'papillon' by Rafif Sabbah
'Personal Experiences and eye witness accounts of the civil war in Lebanon' by Adonis Bouhatab
'Québécois en Arabe' by Joelle Sfeir
'Traumatisme d'une ville' by Marie-Therese Khair Badawi
'Vérité et réconciliation' by Serge Seroff
'You're Either With Us, or Against Us' by Leila Mroueh

1975  
C'était la dernière fois que nous sentions le vent de la liberté au Proche-Orient.

Depuis quelques années, nous avions pris l'habitude de voyager sur ces terres. Quelques familles, quelques voitures et nous partions sur les routes au sud, à l'est, au nord de Beyrouth.

En 1974, de retour d'un voyage en Jordanie, sur la route au sud de Damas, on avait assisté à l'éveil et aux mouvements des forces en présence, vers l' ouest , du côté du soleil couchant, sur les plateaux du Golan à l'horizon, il y avait eu une alerte.

Sur cette route, on remarquait l'activité frénétique des troupes et des camions qui roulaient à toutes bezingues, se dirigeant vers le théâtre des hostilités.

Ce dimanche de 1975, qui correspondait à la fin du congé pascal, après avoir silloné la Turquie une dizaine de jours. Un très beau voyage. Très enrichissant.

Ce jour-même un bus, plein de passagers était mitraillé à Beyrouth.

Depuis, nous allions être entraînés dans une tourmente inéxorable.

On avait repris les classes, pour quelques jours ou quelques semaines seulement.

La ville s'était embrasée, en plusieurs points.

Je ne voyais pas vraiment la guerre, je la sentais et l'entendais. Notre mode de vie se modifiait. Plus d'école. On découvrait la vie de quartier.

Basket-ball, flipper, cinéma l'après-midi. Des reprises en majorité ; Charlot, Tarzan, Laurel et Hardy, qui ressortaient des quelques réserves des salles de cinéma.

L'été venant, on fût envoyés à la montagne. Le temps que cela se calme.

Loin de la ville. Au village et dans la nature nous serions en sécurité.

Pourtant, une nuit, on fût réveillés par le tocsin, qui se transmettait d'un clocher à l'autre d'un village au suivant. Les lumières s'étaient allumées et dans le voisinage. Des femmes hurlaient : « Ils arrivent, ils descendent, ils vont nous égorger,. » En quelques temps nous nous sommes retrouvés mères et enfants regroupés dans un appartement, attendant la suite des évènements. Une nuit pleine d'animation pour nous, les gosses, on ne réalisait pas vraiment la crainte des adultes.

Le village se trouvait en altitude en bordure du territoire chrétien, il y avait eu une alerte, provenant de la route qui mène à la plaine de l'autre côté de la montagne, occupée par "les ennemis". Puis cela s'était calmé.

Une autre nuit, on avait fait cette marche habituelle au clair de lune, qui était presque un rituel pour les familles de nos amis estivant dans ce coin.

On devait atteindre, quasiment sans s'aider des torches électriques, le sommet d'une montagne d'où on aurait une vue panoramique imprenable.

Après une à deux heures de marche, on arrivait à ce sommet, dans l'air vivifiant de la nuit.

De là on avait pu voir un étrange spectacle.

Dans le lointain, Beyrouth apparaissait, nuage de lumières scintillant dans le lointain.

Parfois on le voyait se lézarder d'éclairs jaunâtres, sans bruit. Une vision particulière de sa destruction s'offrait à nous.

La rentrée scolaire approchant et , craignant que nous ne puissions reprendre l'école, les mères avaient tenté d'instaurer des cours à l' intention des très jeunes éxilés. Dans un appartement ou dans un autre on avait essayé de se remettre aux études, vaille que vaille.

Une accalmie pointait à Beyrouth. Il était temps de retrouver nos appartments.

Sur la route du retour, la circulation était normale. C'est seulement en traversant le centre-ville que je remarquai quelques immeubles démolis, aplatis comme des mille feuilles autour de la Place du centre-ville. Vues de destruction, activité normale tout autour.

Quelques semaines plus tard, les combats avaient repris, plus d'école, retour à la vie de quartier. Finalement, un jour du mois d'octobre, la décision fût prise de nous envoyer en France. Les mères et les enfants d' abord.
Serge Seroff    [ 30/01/2003 ]
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