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Politiques de l’Etat et reconstructions : bilan de la décennie 1991-2001

by Boutros Labaki

sections
L’environnement du processus de reconstruction
Les plans de reconstruction et de développement
  Le plan de réhabilitation de 1992
  La nouvelle conjoncture, le plan «Horizon 2000» et le retournement de conjoncture
  Le plan quinquennal de développement (2000-2001)
Les réalisations du processus de reconstruction (1991-2001)
  L’aspect global des réalisations
  Les aspects sectoriels des réalisations
Bilan de la décennie 1991-2001
From the french periodical Confluences Méditerranée N°47 – 2003
© Confluences Méditerranée 2003
Avec la fin de la guerre, l’Etat libanais se lance dans une politique de reconstruction (de l’infrastructure, de l’économie, des services sociaux, etc.) où plusieurs présidents et plusieurs gouvernements, mettant en place de nouveaux plans, se sont succédés. Plus d’une décennie après, un retour en arrière sur cette période s’impose, pour resituer les politiques de l’Etat et la reconstruction des années 90, dans leurs contextes multiples[1].
 

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L’environnement du processus de reconstruction

La reconstruction a été un leitmotiv des discours sur les politiques publiques au Liban à partir du début des «guerres pour les autres». Dès 1976, le regretté président Elias Sarkis en faisait une pierre angulaire de son discours d’investiture.

Début 1977, l’Etat libanais se dotait d’un instrument privilégié de reconstruction, le cdr (Conseil du Développement et de la Reconstruction), et des programmes étaient lancés. Ils furent repris en 1983 avec le nouveau mandat présidentiel.

Enfin à la veille des accords de Taëf (1989), qui devaient mettre fin à l’aspect interne des «guerres pour les autres» au Liban, les idées étaient de nouveau brassées dans ce domaine.

Le mandat du président Hraoui fut fortement marqué, dès ses débuts en 1991 et surtout avec le premier cabinet Hariri, par la priorité proclamée à la reconstruction de l’infrastructure, de l’économie et des services sociaux au Liban. Des plans sont préparés, de grands travaux lancés. Au bout de quelques années, la récession rejoint la reconstruction, la machine s’essouffle, se grippe.

Le mandat du président Lahoud et le cabinet Hoss redéfinissent les priorités et les contraintes dès début 1999, instruits par l’expérience de la décennie 90.

Qu’est-il arrivé au cours des années 90 du siècle passé au plan des politiques publiques de reconstruction ?

Notes

[1]. Nous n’aborderons pas dans ce texte la reconstruction des logements et autres bâtiments privés, qui mérite un traitement séparé relatif aux différents organismes chargés de cette activité (Ministère et Caisse des Déplacés, Conseil du Sud, Ministère, Banque et Institut général de l’habitat, et enfin une myriade d’acteurs privés et associatifs).

 

 

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Les plans de reconstruction et de développement

Le plan de réhabilitation de 1992

Les préparatifs qu’entreprit l’Etat libanais depuis 1991 prenaient en compte les besoins et les possibilités du Liban dans son contexte local, régional et international de l’époque.

Un plan de réhabilitation fut, à la demande du gouvernement, préparé par le Conseil du Développement et de la Reconstruction (cdr) avec l’aide d’un consortium de deux consultants : Bechtel International et Dar al-Handasah (Shaer and Partners)[2].

Ce plan, préparé en 1991 et approuvé en 1992 par le gouvernement, couvrait la réhabilitation de toute l’infrastructure libanaise. Il s’étendait sur trois ans (1993-1995) et avait pour objectif de restaurer la capacité des infrastructures à leur niveau de 1975 (dans certains secteurs, électricité, télécommunications, ports, éducation, celle-ci avait été étendue durant la période 1975/1990). Ce plan a été modifié et approuvé par le gouvernement en avril 1992 : il constitua le programme officiel de réhabilitation des infrastructures libanaises et couvrait 126 projets regroupés en quinze secteurs.

Ce plan de cinq ans était conçu en deux phases (voir tableaux 1 et 2) :

- Une phase triennale (1993-1994-1995) initiale qui nécessitait un financement de 2 269 millions de dollars us. A cette phase triennale initiale de 2 269 millions de dollars us, le Conseil des ministres ajouta des projets pour 712 millions de dollars us concernant : la production d’électricité, les déplacés, la réhabilitation des raffineries de pétrole et des crédits au secteur privé (colonne années 1 à 3 en gris dans le tableau 2).

- Une seconde phase biennale (1996-1997) qui nécessitait un financement de 1 090 millions de dollars us. A cette phase biennale de 1 090 millions de dollars us, le Conseil des ministres ajouta des projets d’un coût de 370 millions de dollars us concernant : les ports, les déplacés et les crédits à l’agriculture (colonnes années 4 et 5 en gris dans le tableau 2).

Les besoins de financement de ce plan (1993-1997) sont résumés dans le tableau 1 et détaillés dans le tableau 2.

Tableau N° 1. Les besoins de financement agrégés du plan de réhabilitation 1993-1995-1997
Source : Republic of Lebanon – Council for Development and Reconstruction - «Recovery planning for the reconstruction and development of Lebanon».- Phase 1 : Summary Report- Volume 1 : Executive Summary Beirut –December 1991Bechtel International – Dar al-Handasah (Shaer).

Ce plan avait pour objectif de remettre en état, à leur plus haut niveau atteint, de 1975 à 1990, et en trois ans, les infrastructures libanaises. Les projets additionnels concernaient les domaines les plus défavorisés : électricité, déplacés, agriculture, raffineries de pétrole, ports régionaux. Il faut néanmoins souligner que certains projets nécessitaient au moins cinq ans pour leur réalisation.

Les dépenses annuelles moyennes d’investissements prévues pendant les cinq années étaient de 890 millions de dollars américains.

Tableau N° 2 : Besoins de financement détaillés du plan de réhabilitation 1993-1995-1997

Les travaux de réhabilitation furent lancés avec les moyens disponibles dès 1991 : réparation des écoles publiques, réhabilitation de l’infrastructure, ramassage des déchets urbains dans la ville de Beyrouth, réhabilitation des bâtiments administratifs, rénovation de l’équipement de transport de l’armée et des forces et organismes de sécurité. Une évaluation des dommages de guerre dans les différents secteurs était menée, assortie de la préparation de cahiers des charges destinés à lancer la réhabilitation de ces secteurs. Un programme de réhabilitation des banlieues de Beyrouth fut préparé. Enfin une campagne de mobilisation des financements fut lancée auprès des bailleurs de fonds surtout européens et arabes (ue, bei, Italie, France, Belgique, rfa, Koweït, Arabie saoudite, fades, Banque Islamique de Développement, Fonds de l’opep, Fonds d’Abou Dhabi, Oman, Qatar, Syrie, Japon, usa, bird, pnud, fao, onu, donateurs privés). Fin 1992, début 1993, l’adjudication des grands travaux de réhabilitation démarra essentiellement dans les secteurs électrique et téléphonique.

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La nouvelle conjoncture, le plan «Horizon 2000» et le retournement de conjoncture

Fin 1992, arrivait au pouvoir le premier gouvernement Hariri dans un contexte local que nous avons décrit plus haut. Des perspectives de paix semblaient pointer à l’horizon et le gouvernement libanais estimait qu’il ne pouvait plus se contenter d’un plan de réhabilitation, mais qu’un authentique plan d’extension de l’infrastructure publique, de croissance de l’activité économique et de développement des services sociaux était indispensable et possible.

Début 1993, le gouvernement libanais chargeait le cdr de préparer un plan décennal dit «Horizon 2000» afin de préparer le Liban aux perspectives de la décennie à venir. Cet «Horizon 2000» devrait englober le plan 1992-1995-1997 et dépasser son objectif de réhabilitation dans des perspectives d’expansion[3]. Un projet de plan fut préparé au cours des années 1993 et 1994 par Dar al-Handasah pour le cdr. Ce projet de plan avait deux buts principaux :

1. A court terme, compléter le plan de réhabilitation 1992-1997 précité par des investissements parallèles en expansion de capacité dans les secteurs importants, afin de diminuer les déséquilibres entre les secteurs et de favoriser la relance et le développement, en évitant les goulots d’étranglement, pour faire face aux défis de la paix dans la région.

2. A long terme, ce plan («Horizon 2000») devait représenter un moteur pour la satisfaction des besoins futurs en biens et en services, d’un pays compétitif et de revenu moyen, dans un cadre approprié. Il fournit de larges estimations des investissements à long terme destinés à faire face aux besoins anticipés et aux contraintes éventuelles.

Le Plan «Horizon 2000» a été étudié en fonction des principales caractéristiques de l’économie libanaise :

- Le Liban est un petit pays aux ressources naturelles limitées, mais à position géographique exceptionnelle et à potentiel humain important.

- Il a une crédibilité financière notable (il a toujours honoré ses dettes, même en pleine guerre).

- Le secteur privé est à l’origine de 85 % du pnb.

- La guerre du Liban qui a duré pendant près d’une génération a affecté ceux sur qui reposait la responsabilité de la reconstruction.

- Le rôle clef du gouvernement résidait dans la motivation du secteur privé, l’expansion de ses activités et la mobilisation de tous les citoyens.

Pour créer un tel mouvement et relancer l’économie, des politiques et des investissements sont nécessaires. En particulier, le gouvernement devrait à tous les niveaux :

- Fournir l’infrastructure adéquate, qu’il s’agisse des télécommunications, de l’électricité, de l’eau, des égouts, du traitement des ordures, des routes, des ports et de l’aéroport, des bâtiments publics.

- Fournir une infrastructure acceptable pour les logements, la santé, l’éducation, les sports et l’environnement.

- Réactiver les secteurs productifs, essentiellement l’agriculture, l’industrie, le pétrole et le tourisme.

- Canaliser l’épargne vers des investissements dans le secteur privé par le biais d’un système bancaire capable de participer au financement des secteurs productifs.

- Entreprendre une réforme de l’administration publique.

- Assurer un financement externe et interne adéquat.

- Poursuivre une politique fiscale permettant de résorber progressivement le déficit budgétaire et ses effets inflationnistes.

- Appliquer une politique monétaire saine pour rétablir la confiance parmi les Libanais.

Ce projet de plan prévoyait pour la réalisation de ces objectifs des dépenses d’investissement public de près de 17 milliards de dollars en 13 ans (1995 - 2007), soit 1,366 milliard de usd par an en moyenne. Les investissements privés prévus étaient d’un montant double. La répartition des dépenses publiques par secteur est décrite dans le tableau n° 3.

Tableau N° 3 – Dépenses publiques pour le plan «Horizon 2000» sur la période 1995/2007 en millions de US$ de 1995
Sources : Republic of Lebanon - Council forDevelopment and Reconstruction - Horizon 2000 for Reconstruction and Development - Main Report - Beirut 1995 - p 50.

La mise au point de ce plan fut achevée en automne 1994. Son cadre macroéconomique fut approuvé par la Chambre des Députés dans le cadre du budget de 1995. La plupart de ces programmes sectoriels firent l’objet de projets de lois-programmes déposés à la Chambre des Députés à partir de fin 1994[4].

Cependant, à partir de 1995 la conjoncture se retourne. Les taux de croissance du pib (produit intérieur brut), qui étaient montés de 4,5 % en 1992 à 7% en 1993 et 8% en 1994, commencent à décliner : 6,5% en 1995, 4% en 1996, 3,5% en 1997, 2% en 1998, 1% en 1999 et 0% en 2000[5].

La cause principale de cet arrêt progressif de la croissance réside dans les taux d’intérêts très élevés (qui ont atteint les 35% par an en 1995), servis sur les bons du Trésor en livres libanaises destinés à financer le déficit croissant du Trésor public. Ces hauts taux servaient aussi à freiner la fuite des détenteurs de livres libanaises vers le dollar, en les attirant par les hauts taux d’intérêt sur les placements en bons du Trésor libellés en livres libanaises avec comme conséquence une fixation du taux de change ll/us à un taux artificiellement élevé.

Cette politique a eu deux conséquences néfastes pour l’économie libanaise :

- L’«effet d’éviction», qui a progressivement écarté le secteur privé du crédit bancaire en renchérissant ce dernier pour aligner ses taux sur les taux consentis par le secteur public, d’où des difficultés croissantes de financement des fonds de roulement et des investissements du secteur privé, avec comme conséquence un ralentissement de son activité, accompagné de licenciements et souvent de fermetures d’entreprises.

- Le taux de change élevé de la livre libanaise par rapport au dollar américain, qui a renchéri les exportations libanaises et baissé le prix des importations, d’où deux facteurs qui défavorisent la production locale et qui, joints à «l’effet d’éviction» précité, accélèrent le déclin de la production locale, donc la croissance économique.

Cette politique provoqua entre autres un renchérissement du service de la dette publique (qui absorba bientôt l’ensemble des recettes fiscales du Trésor). Ceci, joint à l’accroissement du «déficit primaire» (déficit hors service de la dette publique), ne fait que gonfler la dette publique qui connaît une croissance quasi verticale depuis 1990, passant de 2 à 30 milliards de dollars en 2002. Face à cette situation, le ministère des Finances tente d’endiguer la croissance des dépenses de fonctionnement et celles servant à couvrir le déficit des organismes publics (edl et autres). Ces dépenses étant quasi incompressibles pour des raisons politiques, les seules dépenses compressibles sont les dépenses d’investissement public financées sur fonds locaux.

Ces restrictions du financement local des investissements publics commencent à peser sur le processus de reconstruction à partir de 1997 : ces dépenses financent non seulement les projets à financement interne, mais aussi les contreparties locales des projets à financement externe et les expropriations dans tous les cas, d’où un début de tassement des investissements publics en 1997 et 1998[6].

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Le plan quinquennal de développement (2000-2001)

Ce retournement de conjoncture depuis 1995 s’accompagne en 1998 d’un changement politique, concrétisé par l’élection du général Emile Lahoud à la présidence de la République en octobre 1998 et par le remplacement de M. Rafic Hariri par le docteur Salim Hoss comme Premier ministre en fin d’année.

Le nouveau chef du gouvernement demande au cdr, en février 1999, de préparer un plan de développement économique et social sur cinq ans avec les orientations suivantes :

- Priorité au social ;

- Priorité aux régions les moins développées ;

- Priorité à l’agriculture, à l’industrie, au tourisme et à la haute technologie ;

- Achèvement des projets en cours d’exécution.

D’autre part, il était demandé de coordonner ce plan avec les directives du plan d’assainissement financier en préparation au ministère des Finances.

Ce plan fut préparé en un an, avec l’assistance du consultant américain en stratégie «Monitor». Il fut soumis au Comité Economique Ministériel en février 2000, débattu, revu et finalement approuvé par le Conseil des ministres le 17 mai 2000.

Il visait à atteindre ses objectifs par deux moyens :

- Améliorer l’avantage compétitif et la compétitivité de l’économie libanaise.

- Améliorer l’offre des services publics[7].

En comparant ce plan à «Horizon 2000», nous constatons les principales différences suivantes :

- Nous avons une petite baisse du niveau d’investissement public annuel prévu de 1,36 milliard de usd dans le plan «Horizon 2000» à 1,27 milliard de usd dans le plan 2000-2004. Cette légère baisse reflète les efforts d’assainissement des finances publiques, première priorité du gouvernement Hoss.

- Certains secteurs qui avaient été équipés en priorité dans la décennie précédente voient leur part du total des investissements dans le plan 2000-2004 diminuer (électricité, télécommunications, bâtiments publics, ports, aéroport, éducation et enseignement supérieur, santé publique).

Tableau N°4 - Allocations sectorielles des dépenses prévues dans le plan quinquennal de développement (2000-2004)
Source : Lebanese Republic, Council for Development and Reconstruction : «Five Year Development Plan - 2000 - 2004» - Beirut - 2000- p. 9.

- D’autres secteurs voient au contraire leurs parts dans les investissements du plan être plus importantes que leurs équivalentes dans la décennie précédente (routes et autoroutes, enseignement technique et professionnel, environnement, eau et barrages, eaux usées, tourisme, économie et commerce).

- De nouveaux secteurs voient le jour dans le plan 2000-2004 (protection des crues, haute technologie, recherche scientifique, constitution de réseaux avec les émigrés).

Cependant, les changements politiques de l’été 2000 (élections législatives, retour de M. Rafik Hariri comme Premier ministre) rendent ce plan caduc.

Notes

[2]. Republic of Lebanon, Council for Development and Reconstruction. Recovery planning for the reconstruction and development of Lebanon. Beyrouth : Dar Al-Handasah (Shaer), 1994-1992.

[3]. Republic of Lebanon, Council for Development and Reconstruction. Horizon 2000 for Reconstruction and Development : Main Report. Beyrouth : 1995.

[4]. Observations personnelles de l’auteur.

[5]. Labaki, Boutros. «Lebanese emigration after the Taief agreement». In Lebanese American University Conference. Lebanese presence in the world. Beyrouth : 28, 29 June 2001. p. 7

[6]. Observations de l’auteur.

[7]. Lebanese Republic, Council for Development and Reconstruction. Five Years Development Plan 2000-2004. Beirut : 2000. p. 1 à 8.

 

 

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Les réalisations du processus de reconstruction (1991-2001)[8]

L’aspect global des réalisations[9]

Les réalisations (au cours des dix années entre fin 1991 et fin 2001) sont de taille : 2 379 projets ont été adjugés par le cdr pour un montant global de 6,209 milliards de dollars, répartis entre les principaux groupes de secteurs comme décrit dans le tableau 5 ci-dessous. Les dépenses d’équipement de 1991 ne portant que sur 18 millions de dollars n’ont pas été comptabilisées.

En fin 2001 : 1 766 des 2 379 projets étaient achevés et avaient coûté 3,078 milliards de dollars. 613 projets pour un montant de 3,130 milliards de dollars étaient en cours d’exécution, soit près du quart du nombre total des projets adjugés mais portant sur 50% de la valeur globale de ces projets.

Les projets en cours fin 2001 étaient exécutés à 68% de leur valeur soit pour près de 2,128 milliards de dollars.

L’ensemble des montants dépensés était de 5,207 milliards de dollars représentant 82,57% des montants adjugés (cf. tableau n°6 ci-dessous).

Ces montants sont cependant nettement inférieurs à ceux prévus dans les plans, car la moyenne annuelle des montants dépensés était de 520,7 millions de dollars. Comme le cdr réalisait en moyenne 80% des investissements publics, les investissements de l’Etat pouvaient être estimés en moyenne à 520,7 x 5/4 = 650 millions de dollars par an. On est loin des 890 millions prévus dans le plan de réhabilitation de 1992, et surtout du 1,366 million du plan «Horizon 2000», et du 1,227 million du plan de développement quinquennal 2000-2004.

Il y a deux raisons à cette carence[10] :

1. La capacité d’absorption limitée, quoique croissante, de l’économie locale (l’administration publique et les entreprises privées libanaises) Cette capacité est certes passée de 18 millions de dollars en 1991 à 50 millions en 1992, pour plafonner à un milliard de dollars en 1997 et en 1998. Cette augmentation de la capacité d’absorption est due à plusieurs facteurs :

a) Le renforcement des capacités du cdr (par l’amélioration quantitative et qualitative au niveau du potentiel humain, de l’équipement et de l’organisation) et des autres administrations publiques, entre autres par l’assistance technique étrangère (surtout européenne) et l’appel systématique à des sociétés de consultants et de contrôle technique.

b) Le renforcement des capacités d’étude et d’exécution des bureaux d’études libanais, et surtout des entreprises libanaises, par une préqualification plus sévère. Ceci a amené une amélioration de leurs capacités humaines, physiques, organisationnelles et financières.

Malgré ces améliorations, des administrations publiques et des entreprises privées continuèrent à causer des retards.

2. La crise des finances publiques à partir de 1997. Mais à partir de 1997 et surtout de 1998, la crise des finances publiques que nous avons mentionnée plus haut a causé un resserrement des crédits publics effectivement disponibles, d’où :

a) Des retards dans les expropriations et les paiements aux entreprises.

b) Un retard du lancement des projets nouveaux financés sur fonds locaux et même de ceux financés sur fonds étrangers du fait des contreparties locales défaillantes, conséquence de la crise des finances publiques.

Cette crise a amené l’administration à commencer à régler les entreprises et les expropriations en bons du Trésor à partir de 1999 et à tenter, à partir de 2000, de négocier avec certains bailleurs de fonds étrangers, dans le but de hausser le pourcentage de la part extérieure des projets qu’ils finançaient, quitte à diminuer le nombre de ces projets.

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Les aspects sectoriels des réalisations

Une représentation sectorielle des réalisations dans le domaine de la reconstruction est esquissée dans le tableau 5 et détaillée dans le tableau 6 (ci-dessous)

Tableau N°5 : Répartition par groupes de secteurs des montants des projets adjugés entre le 1er janvier 1992 et le 31 décembre 2001
Source : République Libanaise - Conseil du Développement et de la Reconstruction - Rapport d’activité - Mai 2002 - Beyrouth - p. 7.

Tableau N°6 : Répartition sectorielle des réalisations (1992-2001)

En comparant la répartition sectorielle des réalisations à celle des prévisions de dépenses publiques prévues dans le plan Horizon 2000 et le plan quinquennal 2000-2004, on constate ce qui suit :

- Le secteur de l’énergie électrique a absorbé 22,3% des montants des projets adjugés entre 1992 et 2001, alors que le plan Horizon 2000 ne prévoyait que 9,11% et le plan 2000-2004 rien que 1,25%.

- Le secteur routes, autoroutes et transports publics a absorbé 14,1% des montants des projets adjugés contre 20,32% prévus dans le plan Horizon 2000 et 27,3% dans le plan 2000-2004.

- Le secteur ptt absorbe 12,5% des montants des projets adjugés contre 3,27% prévus dans le plan Horizon 2000 et 0,86% dans le plan 2000-2004.

- Le secteur eau et assainissement reçoit 11,5% des montants des projets adjugés, contre 9,45% prévus dans le plan Horizon 2000 et 31,77% dans le plan 2000-2004.

- Les infrastructures des transports maritimes et aériens (ports et aéroport) reçoivent 10,7% des montants des projets adjugés contre 5,23% prévus dans le plan Horizon 2000 et 2,54% dans le plan 2000-2004 (pour les ports, aéroport et bâtiments publics dans ce dernier plan).

- Le secteur des déchets solides reçoit 10,5% des montants des projets adjugés contre 2,76% prévus dans le plan Horizon 2000 et 1,57% dans le plan 2000-2004.

- Le secteur Education, Sports et Culture reçoit 8,2% des montants des projets adjugés contre 12,55% prévus dans le plan Horizon 2000 et 5,31% dans le plan 2000-2004.

- La Santé publique reçoit 3,5% du montant des projets adjugés contre 2,98% dans le plan Horizon 2000 et 1,17% dans le plan 2000-2004.

- Les 17 autres secteurs (Affaires sociales, Habitat, Déplacés, Environnement, Agriculture, Irrigation, Industrie, Pétrole, Gaz, Tourisme, Zones franches, Services du secteur privé, Administration publique, Information, ptt, Recherche Scientifique, Emigrés), ne représentent que 6,7% des réalisations.

Ces constatations amènent les commentaires suivants :

- Le secteur de l’énergie électrique a absorbé plus du double de sa part prévue dans les investissements du plan Horizon 2000 et 18 fois celle prévue dans le plan 2000-2004. Ceci s’explique par la construction des deux centrales thermiques de Zahrani et Beddawi (en dépit de leur inutilité) qui a elles seules ont coûté près d’un milliard de dollars au contribuable (lignes de transports inclus). Cela alors que l’on savait dès 1991 que le Liban surconsommait en kwh/capita (1468 kwh) pour un pib/capita de 1270 usd. Les autres pays de la région avec des niveaux de pib per capita semblables consommaient nettement moins :

- La Tunisie : 600 kwh/capita de consommation électrique et 1180 usd/capita de pib.

- La Syrie : 624 kwh/capita de consommation électrique et 1220 usd/capita de pib.

- La Turquie : 849 kwh/capita de consommation électrique et 1220 usd/capita de pib.

Cette surconsommation au Liban était due au bas prix de l’énergie électrique (inférieur au coût), à la sous-facturation, au non-paiement des factures d’électricité, et au vol pur et simple d’énergie électrique. Dès 1991, le consultant Bechtel/Dar al-Handasah, après avoir fait ces constatations, recommandait d’éviter l’expansion des capacités de production, d’effectuer une hausse des tarifs et un sérieux effort de l’Etat pour mettre fin aux vols et aux non-facturations, parallèlement à la réhabilitation des installations existantes (Bechtel International Inc.-Dar al-Handasah Consultants Shaer and Partners, Recovery planning for the reconstruction and development of Lebanon, Working Paper 13, Assesment of physical conditions, POWER, September 1991, p. 6 et 7). Enfin les plans Horizon 2000 et 2000-2004 avaient prévu les investissements dans ce secteur en début de période de reconstruction, pour faciliter le reste du processus.

- Le secteur routes, autoroutes et transports publics a absorbé une part des investissements publics de près de 50% de celle prévue dans les deux plans (Horizon 2000 et 2000-2004). Cela est dû aux retards dans la réalisation de certains grands axes : autoroute arabe, boulevard périphérique autour de Beyrouth, sortie nord de Beyrouth, conséquence du manque de moyens financiers, des difficultés liées aux expropriations et de l’échec des essais de contrats de concession de ces axes à des entreprises de construction et d’exploitation de voies à péage. Seule l’autoroute du Sud a été partiellement réalisée pendant cette période, à des coûts comparativement élevés par rapport aux projets similaires.

- Le secteur des ptt a absorbé en chiffres absolus des montants du même ordre de grandeur que ceux prévus dans les plans. Mais il a absorbé en pourcentage des parts de dépenses beaucoup plus importantes que celles prévues dans les plans. Ceci est dû au fait de l’adjudication des premiers travaux à de grandes firmes internationales qui ont une importante et rapide capacité d’exécution, et de la relative faiblesse des goulots d’étranglement qui freinent les réalisations dans les autres secteurs. D’autre part le plan Horizon 2000 et le plan 2000-2004 avaient prévu des investissements dans le secteur ptt dans les premières années afin de faciliter l’activité économique. Ce secteur est cependant suréquipé par rapport aux besoins de la population et des centaines de milliers de lignes n’ont pas encore trouvé acquéreur.

- Le secteur eau et assainissement a reçu une part des investissements légèrement supérieure à celle prévue dans le plan Horizon 2000 et nettement inférieure à celle prévue dans le plan 2000-2004. Cela est dû au fait que les projets d’adduction d’eau et d’assainissement nécessitent un temps de préparation et d’exécution plus long que ceux des secteurs précédents (énergie et ptt) d’une part. D’autre part, dans le plan 2000-2004, il y a un net choix de pousser vigoureusement l’exploitation des ressources hydrauliques du pays. D’un autre côté, la fin des études des grands projets d’assainissement à partir de l’an 2000 permet un lancement de l’exécution à grande échelle de ces projets, objet d’une demande pressante de la population.

- Les transports aériens et portuaires ont reçu le double des pourcentages prévus dans les deux plans, principalement à cause de l’expansion accélérée des capacités de l’aéroport de Beyrouth bien au-delà des besoins raisonnablement prévisibles.

- Les déchets solides ont aussi reçu des montants supérieurs à ceux prévus dans les plans, à cause des coûts élevés des contrats d’équipement et de services dans ce secteur.

- Le secteur Education, Jeunesse et Sports a reçu des montants équivalents à la moyenne des pourcentages prévus dans les deux plans.

- La santé publique a reçu des pourcentages de montants légèrement plus élevés que ceux prévus dans les plans, du fait de la politique d’équipement de certaines régions en centres de soins hospitaliers et médicaux, malgré un sous-équipement persistant dans d’autres régions.

Ces réalisations, quoique de taille, présentent des distorsions du point de vue sectoriel et régional :

- Un suréquipement des secteurs énergétique, ptt et Infrastructure aéroportuaire.

- Un retard dans l’équipement routier et autoroutier, causant des congestions de trafic et des pertes économiques, écologiques et sanitaires dans certaines régions et un suréquipement par rapport aux besoins dans d’autres régions.

- Un retard relatif dans l’équipement hydraulique, dans l’assainissement et dans la protection de l’environnement en général.

- Un relatif équilibre entre les équipements et les besoins à terme dans les secteurs de l’éducation et de la santé publiques dans certaines régions, et un sous-équipement dans d’autres régions.

- Les secteurs économiques : agriculture, industrie et pétrole, tourisme, services, sont relativement peu choyés, malgré un net virage dans le plan 2000-2004, où ces secteurs reçoivent une attention qualitative et quantitative remarquables. Les secteurs de pointe pour l’avenir du pays sont mis en exergue pour la première fois : recherche scientifique, promotion des activités de haute technologie, mobilisation économique des émigrés, promotion des secteurs industriels prometteurs, etc…

Notes

[8]. Nous aborderons ici uniquement les aspects globaux et sectoriels de ces réalisations. Les aspects régionaux relevant d’une politique d’aménagement du territoire méritent un traitement systématique séparé. Nous les aborderons dans ce texte incidemment.

[9]. République Libanaise, Conseil du Développement et de la Reconstruction. Rapport d’activité. Beyrouth : mars 2002.

[10]. Observations personnelles de l’auteur.

 

 

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Bilan de la décennie 1991-2001

Cette décennie a été l’une des plus riches dans le domaine de l’équipement public au Liban :

- De grandes réalisations ont été effectuées et ont amélioré les conditions de vie dans plusieurs domaines : téléphone, électricité, eau potable, routes, écoles, dispensaires, hôpitaux, aéroport, ports, ordures ménagères, logement, dans beaucoup de régions. Beaucoup de Libanais ont tendance à l’oublier. D’autres régions continuent a être sous-équipées dans le domaine de la santé et de l’éducation publiques, des routes, du logement, des ordures ménagères, de l’eau potable, de l’irrigation et de l’assainissement.

- Les coûts ont été élevés dans plusieurs domaines (énergie électrique, ordures ménagères, certains axes routiers, reconstruction de logements) et dans plusieurs régions.

- L’efficacité de certains équipements publics laisse à désirer : réseau électrique, hôpitaux, dispensaires, institutions d’enseignement, trafic routier et réseaux d’eau potable.

- Certains secteurs ont été suréquipés : électricité, téléphone fixe, aéroport et certains axes routiers.

- Toutes les régions du Liban n’ont pas été servies selon leurs besoins. Des inégalités régionales patentes d’équipement restent remarquables dans plusieurs secteurs (santé publique, routes, eau, éducation, etc.), certaines régions étant suréquipées, d’autres sous-équipées.

- De même les disparités entre secteurs datant d’avant la guerre, et qui se sont accentuées pendant la guerre, n’ont pas été atténuées.

Finalement malgré cet important mais incomplet effort de reconstruction et d’équipement, la crise économique due à la mauvaise gestion publique, monétaire et financière a annulé les effets à court et moyen terme de la reconstruction, freiné la croissance et fait que les Libanais ont repris le chemin de l’émigration.

Boutros Labaki est économiste, professeur aux Universités de Beyrouth, premier vice-président du Conseil du Développement et de la Reconstruction du Liban (1991-200), président de l'Institut Libanais du Développement Economique et Social.

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