Femmes fantômes au royaume du paradoxe

by Isabel Nottaris

From the french periodical Confluences Méditerranée N°17 – 1996
© Confluences Méditerranée 1996 -2022

Le Liban qui parvenait à faire vivre en paix les seize communautés qui partageaient cette terre du Levant, bascula en 1975 dans une guerre qui dura près de 17 ans, avec son cortège d'horreurs et de massacres. Le Liban et Beyrouth particulièrement, devinrent l'incarnation de la peur, des destructions et de la violence civile la plus meurtrière. Peut-on alors parler des femmes dans ces années de guerre en tant que membres à part entière de la société libanaise sans y ajouter de qualificatifs identitaires? Une solidarité entre femmes a-t-elle existé faisant fi des divisions communautaires?


Penser le peuple libanais, c'est comprendre un pays où les relations de coexistence communautaire se jouent sur un semblant d'harmonie entre amour et haine, où les frontières entre interdit et permis, public et privé sont tout aussi nuancées du fait de valeurs et de règles morales qui sont autant de paradoxes subtils à prendre en compte. Un pays où la place de la femme sociologiquement parlant n'existe pas. Au Liban, on naît fille, on est sœur et l'on devient mère sous le joug de l'alliance.

Comprendre que les femmes libanaises seules, en groupes ou encore en tant que membres de partis politiques, sur le front ou en arrière-plan, en se protégeant, en attaquant, en encourageant, en soulageant, furent de simples résistantes, militantes parfois même combattantes; tenter d'écrire sur ce sujet, tout en sachant qu'il n'existe aucun recensement ni aucune donnée officielle est d'autant plus difficile qu'un certain négativisme ambiant impose le silence et condamne les esprits à l'amnésie.

Du fait de la guerre, la société libanaise qui vivait sur un mode traditionnel oriental s'est muée en une société prise par le rythme des conflits et des luttes armées. Cette mutation changea tous les ressorts organisationnels de la société, tant sur le mode de la systémique familiale que sur les plans psychologique et social, entraînant un changement des fonctions attribuées aux membres de la familles, de leurs repères et de leurs valeurs.

Face à ce chamboulement, on peut noter deux formes de réaction contradictoires: il y a ceux qui ont tendance à vouloir garder les anciennes règles dans lesquelles la femme était contrainte d'évoluer et ceux qui préfèrent utiliser ce nouveau contexte pour changer les règles et accéder ainsi à un nouveau statut.

 

 

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Quand la mère devient "père" de famille
Dans leur grande majorité, les femmes qui vécurent la guerre n'ont pas pris part au combat. Ces femmes non-combattantes devinrent des "résistantes passives spontanées"; leur ennemi commun était la guerre et leur lutte celle de la survie.

Ainsi, l'entraide et la "résistance passive spontanée", aussi étonnant que cela puisse paraître dans un contexte de guerre — fratricide — s'organisèrent parfois en dépassant les appartenances communautaires.

Les mères de famille, s'adaptant aux nouvelles données du contexte social généré par la guerre, ont progressivement acquis de nouvelles notions du temps et de l'espace: un temps sans horaires réduit à l'urgence ou à l'attente, un espace délimité par l'insécurité permanente avec la restriction de l'espace habitable classique du foyer et l'adjonction de nouveaux territoires tels que les abris.

Le rythme et les objectifs quotidiens du déroulement de la vie sont ainsi devenus dépendants de l'activité de la mère de famille.

Les bouleversements familiaux engendrés par la guerre vont affecter en premier lieu l'activité du père de famille. Celui-ci se trouve contraint de quitter le domicile conjugal, soit parce qu'il prend part au combat, soit parce qu'il est condamné à l'exil du fait des difficultés économiques. Quand il ne quitte pas le foyer, il est au contraire forcé à s'y replier, tout en étant dépossédé du rôle actif qui était le sien en temps de paix, la guerre supprimant l'activité économique des hommes ou les menaçant directement.

Cette nouvelle répartition des rôles au sein de la cellule familiale va imposer la mère comme le pivot central et unique autour duquel s'articule toute la vie. Les mères de famille, bénéficiant ainsi d'une nouvelle liberté d'action ou encore assumant une fonction maternelle protectrice renforcée à l'extrême, vont répondre aux impératifs quotidiens de survie de la cellule familiale (gestion de l'eau, des rationnements, etc.). Elles développeront des réseaux féminins par le biais de processus d'assistance mutuelle et de coordination des efforts. Ainsi la survie gérée par les mères de famille s'est-elle souvent étendue hors de la famille, au voisinage, à l'immeuble, au quartier, assurant ainsi la continuité de la survie du secteur civil entier et préservant une cohésion sociale devenue de ce fait matriarcale.
 

 

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Soutien des hommes armés et ange-gardien de la famille
La différence entre la "résistance passive spontanée" et la "résistance active" (s'inscrivant directement dans une logique de guerre) est extrêmement faible. L'organisation de la survie fut prise en charge spontanément par les femmes du fait d'un contexte de vie auquel elles étaient assujetties et finit par s'intégrer dans une stratégie de guerre en bonne et due forme. En effet, le maintien de la cohésion sociale et la coordination intersociale qui en découle rendirent plus effective encore la notion de solidarité entre les habitants d'une même région. Cela généra une nouvelle sensibilité identitaire, commune à tous les assiégés, qui sous-tend un nouveau dynamisme de survie, particulièrement lors de l'aggravation des conflits.

Cet équilibre devait être brisé par les agresseurs dont la stratégie qui prend en compte l'usure psychologique du groupe ennemi; ainsi la "résistance passive spontanée" fut considérée comme une force à abattre. Cet aspect particulier de la guerre fut notamment étudié par Bianca Shanna'a qui a analysé entre autres la stratégie des Israéliens lors du siège de Beyrouth-Ouest en 1982: elle consistait à programmer les interventions et les raids de façon à perturber au maximum cet équilibre, en changeant les repères qui constituaient auparavant l'alerte maximum, en utilisant des armes anti-personnelles mettant en danger directement des civils, ou encore en instituant de nouvelles formes de pression comme le passage des avions au-dessus des zones pendant les trêves afin d'empêcher l'apaisement momentané de l'angoisse.

Ces femmes "résistantes passives spontanées" se retrouvèrent aux moments les plus cruciaux des combats, face à face avec l'ennemi. Avec ce danger rapproché, la lutte n'était plus uniquement pour la survie quotidienne mais bien une réaction de survie immédiate, une résistance au danger de mort, donc une résistance active où tous les sens se trouvaient mobilisés.

Ces mères de famille se retrouvèrent côte à côte avec les nombreuses résistantes qui participaient déjà à la logistique des groupes armés et au soutien des combattants. Toutes les femmes interviewées durant notre enquête, quelle que soit leur appartenance politique ou communautaire, se considérant comme "participantes à la guerre" mais pas obligatoirement combattantes, ont raconté en détail comment elles eurent à prendre en charge l'organisation de l'arrière-front: préparation de sacs de sable, circulation des informations, alimentation, ravitaillement, soins, etc.

Les résistantes engagées idéologiquement, qui avaient suivi un entraînement ou occupaient déjà des fonctions au sein des groupes, des partis ou des milices, jouèrent un rôle prépondérant dans l'organisation des activités de ces "nouvelles recrues". La "résistance passive spontanée" a ainsi basculé dans une "résistance active organisée".

La place des femmes dans l'organisation de la lutte armée était hiérarchisée selon l'importance des responsabilités assumées, de l'engagement politique et du statut familial: la sœur qui avait des frères combattants était plus facilement initiée, celle qui n'avait pas d'enfant pouvait prendre en charge des missions plus risquées, etc. Ainsi, des femmes ont été amenées à entreprendre des missions parfois capitales pour la suite des combats sans pour autant avoir pris les armes.
 

 

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L'émancipation au sommet de l'horreur
En lui permettant d'échapper aux contraintes traditionnelles du foyer, la guerre a favorisé l'émancipation de la femme libanaise. Mais cette émancipation resta bien ténue puisque restreinte aux impératifs de survie.

De par son rôle traditionnel dans la société orientale, la femme se trouve en retrait de l'action publique. Avec la guerre, ce rôle se transforma. Ce changement s'accompagna d'une prise de conscience par les femmes: en faisant face au danger, leur action devenait indispensable à la société. Cette prise de conscience ne s'est faite qu'avec le recul du temps. En effet, la hantise de la mort, constamment présente pendant toutes ces années de guerre, a anesthésié toutes les revendications des femmes. Celles-ci ne pouvaient vivre que dans l'espoir du rétablissement de la paix. Et l'image de la paix correspondait à l'image traditionnelle de la femme au foyer.

Aucune donnée ne nous permet d'estimer l'ampleur des actions entreprises par les femmes durant la guerre — aucun recensement sur la participation des femmes dans les milices ou autres mouvements n'a été effectué — ni même de leurs conséquences (par exemple à propos de l'augmentation ou d'une diminution des divorces après la guerre). Cependant, les témoignages que nous avons recueillis nous font part des crises que le couple a subi du fait du stress, des séparations forcées et bien entendu des transformations qui se sont opérées au sein du système familial.

La période de 1975 à 1978 puis celle des derniers conflits entre le général Aoun et les Forces libanaises, ont été marquées par la force du militantisme dans lequel une partie importante de la jeunesse libanaise s'est investie.

Déjà dans les années qui ont précédé la guerre (entre 1960 et 1970), caractérisées par l'engouement des jeunes pour la lutte politique et les revendications sociales, les jeunes Libanaises — toutes communautés confondues — avaient tiré profit de la reformulation des rapports sociaux et d'une certaine mutation des mœurs qui l'avait accompagnée. Ce sujet a fait l'objet d'un dossier publié par L'Orient-Express dans lequel Samir Frangié a rappelé que "le déchaînement de la violence a tout d'abord été ressenti comme une libération". La violence semblait s'inscrire dans la continuité des mouvements de revendication de la fin des années soixante. En effet, les premiers affrontements ont eu pour cadre les universités de Beyrouth et nul ne pouvait soupçonner encore l'ampleur qu'allait prendre le chaos dans lequel le pays commençait progressivement à basculer.

Certaines des jeunes femmes militantes qui commençaient à entrevoir ou à occuper une place différente au sein de la société, ont vécu cette escalade de la violence allant jusqu'à y prendre part.

Pour les jeunes qui militaient au sein des partis de gauche, la violence a commencé lors des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre. Lorsqu'ils prirent les armes, ce fut la suite logique d'un combat déjà entamé, soutenu par la révolution palestinienne. Pour May qui avait 15 ans en 1975, il y avait tout d'abord un besoin de comprendre ce qui se passait autour d'elle car on ne lui expliquait rien à la maison: "J'ai alors décidé d'entrer dans un parti (Parti communiste libanais). Lorsqu'on vit dans une ambiance de guerre, on finit par se demander si on est pour ou contre. J'étais d'accord avec les idées du parti et lorsqu'il a décidé qu'il fallait prendre part au combat, j'ai suivi l'engagement."

Quant aux cellules estudiantines de droite, l'entraînement avait commencé plus tôt, en réaction à la pression palestinienne, comme en témoigne Jocelyne, figure libanaise célèbre pour avoir été parmi les premières à prendre les armes au sein des Kataeb (Phalanges): "J'ai commencé les entraînements militaires à 15-16 ans. Au départ, c'était comme une activité sportive, puis on a organisé des week-ends d'entraînement, un ou deux par mois. A l'époque, je ne pensais pas à la guerre. Quand elle a éclaté en 1975, j'avais 18 ans. J'ai donc pris spontanément mon fusil."

Les combattantes qui ont pris les armes étaient une minorité quoiqu'on ne puisse avancer de chiffres en l'absence de données crédibles. Mais il reste intéressant de constater que l'engagement idéologique, certes déterminant, n'est pas la seule explication à la participation aux activités guerrières. Toutes les femmes interviewées nous ont confié que le désir d'affirmation de leur identité féminine a trouvé un moyen d'expression dans le combat.

Jocelyne insiste sur l'importance qu'a représenté pour elle l'attribution d'un secteur entier avec le groupe de femmes qu'elle dirigeait, l'un des plus avancés sur la rue de Damas (la ligne de démarcation). Rima qui appartient à la dernière génération de la guerre, précise qu'elle a revêtu l'uniforme militaire des Forces libanaises pour s'affirmer vis-vis de son père, bien que tout en étant sur le front, elle n'ait pas participé au combat. Et quand on demande à May, militante et combattante communiste, pourquoi les femmes combattantes ont été plus nombreuses entre 1975 et 1978, elle répond: "Jusqu'en 1978, toute la société se battait pour le changement et les femmes participaient au combat parce qu'elles avaient l'espoir de pouvoir changer quelque chose pour elles-mêmes. Après 1978, la guerre n'avait plus les mêmes buts. La passion s'est éteinte." Deux jeunes Palestiniennes expliquent pour leur part: "Nous subissions deux formes d'oppression, celle contre notre peuple et celle, sociale, exercée contre les femmes. Nous nous sommes imposées sur le front et nous voulions par là-même faire évoluer notre place en tant que femmes."
 

 

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Quand les intérêts du parti se conjuguent au féminin
Les violences, les actes de barbarie et la cruauté extrême, exercés dans le rapport primaire du plus fort sur le plus faible , qui ont caractérisé la société libanaise en guerre, particulièrement la société beyrouthine, ont cependant épargné les femmes. L'importance du cercle familial, la sectorisation urbaine en zones affranchies et la taille de la société (qui fait que tout le monde se connaît même entre ennemis) ont empêché que la logique de guerre ait recourt à des actes de violence spécifiquement destinés aux femmes, comme le viol. Des ex-miliciens ont même parlé d'un pacte tacite entre groupes adverses à ce sujet et le témoignage des femmes corrobore cette constatation. Le respect de la femme a cependant été utilisé comme élément de chantage et de pression sur les prisonniers de guerre (menace de kidnapping de la sœur, séances de tortures sous le regard de la mère, etc.).

Par ailleurs, alors que la majorité des Libanaises n'était pas impliquée dans les actions militaires proprement dites, on constate que les femmes combattantes se voient confier nombre d'opérations risquées telles que le ravitaillement en munitions, l'espionnage, la libération de prisonniers et les opérations "kamikazes". L'explication pourrait résider dans le fait qu'on emploie des éléments minoritaires pour accomplir des missions capitales du fait de la non-action notable du groupe auquel appartiennent ces éléments.

Autre paradoxe: alors qu'on voit dans la rue des femmes défiler en treillis, que des reportages photos sur les entraînements militaires des sections féminines sont diffusés et que les organigrammes des groupes armés comprennent une section spéciale féminine, il arrive que les responsables des groupes armés réfutent l'existence d'éléments féminins dans leurs rangs! S'il est vrai que les combattantes ont souvent été exhibées à des fins de propagande, il n'en est pas moins vrai que les sections spéciales féminines ont effectivement fonctionné. Les entraînements militaires de femmes ont été une réalité, même si elles n'ont pas été envoyées sur le front. D'autre part, tous les partis ont utilisé des femmes pour des missions spéciales.

Peut-on expliquer cette attitude par la stratégie de guerre qui allie propagande militaire et organisation secrète? N'est-ce pas là plutôt l'expression spécifique d'une guerre qui se déroule au sein d'une société orientale qui fonctionne avec les réflexes de la tradition jusque dans les actes de guerre, mettant en exergue la féminité tout en limitant son champ d'action? Souvenons-nous du paradoxe de la danse orientale qui tout en exprimant la sacralisation de l'érotisme féminin, n'autorise pas la femme à disposer de son corps au-delà du cadre justifié de la piste de danse: son corps ne lui appartient pas.

L'exutoire militaire par lequel les femmes ont échappé à l'autorité patriarcale demeura un système directif et hiérarchisé à dominante masculine, qui ne leur consentit guère de reconnaissance. Constatant cette forclusion, plus dure fut la chute à la fin des combats…

Contrairement aux années d'avant-guerre qui connurent un élan vers la libération des mœurs, les années d'après-guerre virent un retour en force des valeurs traditionnelles. Pour la société libanaise d'aujourd'hui, l'image des femmes combattantes est associée à la délinquance. Ces femmes sont évoquées par des images ostentatoires telles que "c'étaient toutes des droguées" ou encore "ces filles étaient des prostituées"… Il est possible que l'usage des stupéfiants ait aidé à supporter l'insoutenable. Il est probable aussi que le sexe fut favorisé par la promiscuité de la vie et de la mort , "Eros contrepoint de la mort". De toute évidence, ces phénomènes furent la résultante de la guerre et non — comme semblent l'affirmer ces propos calomnieux — le motif de la coopération féminine au combat.

Dans une société où tout ce qui touche à la sexualité est banni, les femmes combattantes ont côtoyé les hommes, munies d'armes (symbole phallique par excellence) quittant ainsi le domaine qui leur était strictement réservé, pour évoluer dans l'espace public qui leur était interdit. Une fois la guerre finie, la famille, le groupe social ont repris leur droit. L'algarade de cette minorité, bien que justifiable, ne pouvait continuer à défier le conservatisme d'un pays où la marginalité est rare.

Pour Ilham Kallab Bissat, "les médias ont largement couvert les opérations suicides et les actes de bravoure des rares miliciennes de tout bord. Mais l'exploitation politique et médiatique de ces événements — monopole des groupes politiques auxquels elles appartiennent — a terni l'image de ces femmes et diminué son impact, privant ainsi le pays d'une Antigone nationale."
 

 

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Au sortir de la guerre
Le témoignage recueilli auprès des femmes, qu'elles aient participé ou non au combat, traduit un désarroi parfois criant: "La paix pour laquelle on s'est battu était bien plus grande que celle que nous avons obtenue"; les militantes de gauche, elles, se demandent: "Comment les hommes ont-ils pu oublier que nous nous sommes battues à leur côté?". Ayant souvent le sentiment d'avoir tout perdu, certaines d'entre elles en arrivent presque à "regretter" la période de guerre, quoiqu'elles ne l'expriment pas directement: "A l'époque, on avait au moins l'espoir de changer quelque chose"; "malgré la guerre, nous étions plus heureux moralement"; "la paix que nous avons aujourd'hui n'est qu'une supercherie"…

La prise de conscience du rôle de la femme dont la guerre fut le catalyseur, ne s'est exprimée que par une approche strictement personnelle. La Libanaise n'est pas encore arrivée à situer sa quête de liberté et d'expression en tant qu'individu ayant un rôle actif au sein de la société.

Au moment où les retombées économiques de la guerre se font cruellement ressentir, et où les institutions politiques et militaires se trouvent dans l'incapacité d'y faire face, les femmes sont de nouveau sollicitées, étant les principales animatrices des institutions sociales. Réhabilitées dans leur rôle social, elles redeviennent présentes dans les médias. Mais elles demeurent quasiment absentes des centres de décisions économiques, présentes seulement symboliquement dans les centres de décisions politiques, très faiblement représentées dans l'administration. Quant à leur position dans la hiérarchie, elle décline à mesure qu'on s'élève vers de hauts niveaux de responsabilité.

Malgré tout, on peut dire que l'image de la femme a évolué depuis les accords de paix, sortant encore timidement mais de plus en plus sûrement des carcans stéréotypés dans lesquels elle était cantonnée comme celle de la femme en blanc, infirmière héroïque, la femme en deuil, mère martyre, la femme mondaine, etc.

La société libanaise veut oublier la guerre. Mais la guerre n'est pas encore finie. Alors que Beyrouth se reconstruit, le Sud continue à se battre. 850 km2 du territoire libanais (sur une superficie totale de 10 452 km2 ) sont toujours occupés par Israël. Les villages sont bombardés. Les victimes du Liban-Sud viennent quotidiennement s'ajouter au 150,000 morts recensés entre 1978 et 1992. Plusieurs femmes sont toujours emprisonnées, principalement dans la prison des forces d'occupation de Khyam où elles sont assujetties à toutes sortes de mauvais traitements.

Isabel Nottaris est chargée de Recherche à Beyrouth

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