Traumatisme d'une ville
Peut-on prétendre se reconstruire sans s'approprier son histoire?
22 Février 2002

by Marie-Thérèse Khair Badawi

© Marie-Thérèse Khair Badawi 2002 -2022

Beyrouth, ville mise à l'épreuve de la guerre,
Beyrouth, détruite par des projectiles de toutes sortes pendant la guerre,
Beyrouth, rasée par des pelles mécaniques après la guerre,
Beyrouth, mise en scène aujourd'hui pour effacer, oublier, la guerre.

Mais qui sont ces machines qui chinent la plus petite trace de mémoire?
C'est qu'il ne faut laisser aucun rappel, aucun souvenir, du soupir;
aucune marque, aucune empreinte, de la plainte.

Impuissant à élaborer le trauma puisqu' aucun coin ni recoin n'est épargné,
on s'est retrouvé dans l'inéluctable surcharge, l'extrême débordement, le trop-plein.
Incapable de refouler, puisque dans les moindres détails
les mêmes réalités blessantes sont toujours là pour détruire à nouveau,
on s'est morcelé, on s'est clivé, on s'est installé dans le déni.
Inapte à lier l'actuel au passé, puisque ce passé est externe, étranger, nié,
on s'est reconstruit dans la rupture, sans recours à son histoire,
sans appropriation de la continuité temporelle, sans mémoire.

Et Beyrouth détruite, reconstruite, dans ce défi,
est mise en scène superbe, magnifique, arrogante, tous les soirs;
en niant le passé, la crainte de la répétition et en opérant un déni…
en sursis…

Marie-Thérèse Khair Badawi
Psychologist, Professor at the Saint-Joseph University in Beirut

©////o/