Arabe ou Français?
Un an jour pour jour que je suis icitte. Et ce n'est que depuis que je suis là que je remet en question mon éducation et mon identité culturelle. Éduquée pour parler français à la maison et à l'école, jamais avant je ne m'étais demandée s'il était logique de ne pas devoir parler arabe. Jamais durant mon adolescence je ne m'étais demandée pourquoi parler français est plus beau ou plus classe que de parler arabe. Ce n'est qu'à l'université que je me suis posée la question, superficiellement, juste assez pour excuser ma faiblesse en arabe. Aujourd'hui quand je pense a toute la littérature qui m'est passée sous le nez à l'école, à tout ce que j'ai raté juste parceque j'ai toujours eu des lacunes en arabe, je constate tout ce que j'ai manqué et j'ai l'envie d'aller m'acheter un livre dans cette langue, juste pour me prouver que je suis bien libanaise et que je suis encore capable de maîtriser un tant soit peu cette langue qui est mienne…
Pourquoi aujourd'hui, à Montréal est-ce que j'en parle? Car il se trouve que plus que jamais, je fais désormais partie de ceux qui comprennent la thématique et la problématique du déchirement. Même si à la base mon sentiment d'appartenance à ce pays qu'est le Liban était loin d'être à toute épreuve.
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Voilà maintenant quelques temps que je fais de la suppléance dans une école qui comprend des classes d'accueil. Dans les classes dont j'ai eu la charge il y avait de petits haïtiens, africains, espagnols, chiliens, mexicains, iraniens, syriens… et libanais. Devant assurer la leçon du jour en français face à un groupe dont seulement le quart comprenait ce que je disais, je me retrouvais devant une impasse. Quelle est, même en tant que suppléante, ma priorité? Faire la leçon que le professeur absent m'a laissée et m'assurer que les enfants seraient à jour ou favoriser, dans la mesure du possible, la compréhension orale de la langue? Face à des enfants, dont des libanais, qui ne comprenaient pas un mot de français, je me retrouvais acculée à faire le choix : briser le tabou et m'exprimer de façon à ce que tout le monde comprenne? Ignorer leur incompréhension et ne parler qu'en français? Comment alors imposer un minimum d'ordre? C'est Bashar qui a réglé mon problème.
Désireux de comprendre la leçon et en réponse à une de mes question, il me dit qu'il ne comprenait presque pas le français. Il n'était d'ailleurs pas le seul. Un autre enfant, asiatique, comprenait l'anglais. Problème réglé. Pour le reste de la journée, je jonglais avec trois langues : français, anglais et arabe…
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D'autre part, depuis que je suis ici, on ne manque pas de me demander comment ça se fait que je m'exprime si bien en français. Ma réponse tarde toujours à venir car elle me prend de court. Non pas dans la mesure où elle a été posée mais surtout dans la façon avec laquelle je devrais y répondre. Quoi dire? Je suis libanaise, arabe mais je considère que le français est ma langue maternelle? Il est de bon ton de parler français à Beyrouth et parler arabe est vulgaire???? Comment expliquer que le mandat français, même s'il est aujourd'hui remplacé par le syrien et beaucoup d'autres, a quand même gardé la trace la plus importante : une langue dont il est difficile de se défaire? Mais surtout, surtout, à la question « est-ce que tout le monde parle français au Liban », je réalise à quel point j'ai vécu avec des œillères. Je réponds en général par l'affirmative ou presque : « oui presque tout le monde parle au moins quelques mots de français ou d'anglais ». Vraiment?
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L'arabe serait-elle ma langue seconde? Par quoi donc se définit une langue maternelle? Tant de libanais sont très forts lorsqu'il s'agit de juger certaines communautés au Liban qui ont su avant tout sauvegarder leur langue. En sommes-nous autant capables? Beaucoup me diront « oui bien sur! ». Mais sauvegarder sa langue se fait d'abord chez soi et non ailleurs. Oui, ici je suis fière de dire que je parle arabe. A Beyrouth, parler arabe n'était pas sujet de fierté. Pas de honte naturellement mais simplement quelque chose que je devais faire avec des gens qui ne s'exprimaient pas en une autre langue.
Libanaise et Arabe à Montréal n'a pas le même sens que d'être libanaise au Liban. Avec toutes les implications que cela comporte, politiques, sociales, féministes, linguistiques, historiques…
Est-il donc plus facile d'être soi-même loin de chez soi? Reste à voir. Mais une chose est certaine : nul n'est prophète en son pays!
Pourquoi aujourd'hui, à Montréal est-ce que j'en parle? Car il se trouve que plus que jamais, je fais désormais partie de ceux qui comprennent la thématique et la problématique du déchirement. Même si à la base mon sentiment d'appartenance à ce pays qu'est le Liban était loin d'être à toute épreuve.
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Voilà maintenant quelques temps que je fais de la suppléance dans une école qui comprend des classes d'accueil. Dans les classes dont j'ai eu la charge il y avait de petits haïtiens, africains, espagnols, chiliens, mexicains, iraniens, syriens… et libanais. Devant assurer la leçon du jour en français face à un groupe dont seulement le quart comprenait ce que je disais, je me retrouvais devant une impasse. Quelle est, même en tant que suppléante, ma priorité? Faire la leçon que le professeur absent m'a laissée et m'assurer que les enfants seraient à jour ou favoriser, dans la mesure du possible, la compréhension orale de la langue? Face à des enfants, dont des libanais, qui ne comprenaient pas un mot de français, je me retrouvais acculée à faire le choix : briser le tabou et m'exprimer de façon à ce que tout le monde comprenne? Ignorer leur incompréhension et ne parler qu'en français? Comment alors imposer un minimum d'ordre? C'est Bashar qui a réglé mon problème.
Désireux de comprendre la leçon et en réponse à une de mes question, il me dit qu'il ne comprenait presque pas le français. Il n'était d'ailleurs pas le seul. Un autre enfant, asiatique, comprenait l'anglais. Problème réglé. Pour le reste de la journée, je jonglais avec trois langues : français, anglais et arabe…
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D'autre part, depuis que je suis ici, on ne manque pas de me demander comment ça se fait que je m'exprime si bien en français. Ma réponse tarde toujours à venir car elle me prend de court. Non pas dans la mesure où elle a été posée mais surtout dans la façon avec laquelle je devrais y répondre. Quoi dire? Je suis libanaise, arabe mais je considère que le français est ma langue maternelle? Il est de bon ton de parler français à Beyrouth et parler arabe est vulgaire???? Comment expliquer que le mandat français, même s'il est aujourd'hui remplacé par le syrien et beaucoup d'autres, a quand même gardé la trace la plus importante : une langue dont il est difficile de se défaire? Mais surtout, surtout, à la question « est-ce que tout le monde parle français au Liban », je réalise à quel point j'ai vécu avec des œillères. Je réponds en général par l'affirmative ou presque : « oui presque tout le monde parle au moins quelques mots de français ou d'anglais ». Vraiment?
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L'arabe serait-elle ma langue seconde? Par quoi donc se définit une langue maternelle? Tant de libanais sont très forts lorsqu'il s'agit de juger certaines communautés au Liban qui ont su avant tout sauvegarder leur langue. En sommes-nous autant capables? Beaucoup me diront « oui bien sur! ». Mais sauvegarder sa langue se fait d'abord chez soi et non ailleurs. Oui, ici je suis fière de dire que je parle arabe. A Beyrouth, parler arabe n'était pas sujet de fierté. Pas de honte naturellement mais simplement quelque chose que je devais faire avec des gens qui ne s'exprimaient pas en une autre langue.
Libanaise et Arabe à Montréal n'a pas le même sens que d'être libanaise au Liban. Avec toutes les implications que cela comporte, politiques, sociales, féministes, linguistiques, historiques…
Est-il donc plus facile d'être soi-même loin de chez soi? Reste à voir. Mais une chose est certaine : nul n'est prophète en son pays!