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Memory and Creation / Lebanon

De deux ou trois bises et d’autres sujets de réflexions

De deux ou trois bises et d’autres sujets de réflexions

Bise, bise, bise… tu vas bien? Comment va la famille?

On se rencontre, on se salue et on se fait trois bises… fut un temps où même à Beyrouth c'était aussi simple que cela. Mais avec le mouvement de va et viens des jeunes vers l'occident, les choses se sont compliquées.

On se croise, on se salue et on se fait la bise… non 3… non 2… euh…

Parfois on commence par deux puis on entame le troisième pour voir que l'autre ne suit pas alors on suspend son envol. Mais lorsque l'autre voit cet élan, il se lance à son tour… mais c'est trop tard… alors on rit. On se sent un peu con pendant quelques secondes, on se dit qu'il faudra être plus vigilent la prochaine fois.

Parfois c'est le contraire. On se dit qu'on ne va pas se laisser prendre cette fois-ci. On se croise, on se salue et on se fait 2 bises. On s'arrête, tout content et tout fier de soi d'avoir passé cette épreuve. Mais voilà que l'autre s'élance avec allégresse, et l'on se sent obligé de répondre à cette attente sociale et amicale.

Zut alors, comment faire pour se décider?? Il faudrait mettre au point un code ou une règle. Il faudrait se mettre d'accord sur le nombre de bises à donner. Mais voyons donc! Si nous ne sommes pas d'accord sur notre identité, vous croyez que nous serons capables de décider si nous voulons nous saluer à l'orientale ou à l'occidentale??

Mais bon, je ne suis plus à Beyrouth. Maintenant je SAIS que c'est 2 bises. Et c'est rassurant de savoir que je n'aurais pas l'air stupide avec un garçon ou avec une amie à la famille que je rencontre pour la première fois et auprès de qui je me dois de faire bonne impression, parce que ma maman m'avait tant parlé d'elle... Je sais que lorsque je salue quelqu'un c'est deux bises et basta. Ca suffit! Mais les choses se compliquent encore car, voyez-vous, le Québec n'est pas fait que de québécois pure laine comme disait l'autre… Que nenni!

Dîner entres amis. On se salue à la Montréalaise… en principe! Parce qu'il se trouve toujours un jeune libanais qui a le mal du pays et qui décide de faire trois bises à tout le monde, libanais et québécois. Où alors c'est le ou la québécoise qui décide d'impressionner tout le monde en montrant que la culture orientale est maîtrisée avec brio… et c'est là où les choses deviennent drôles. Parce qu'encore une fois, on s'arrête après la deuxième bise et on voit l'autre qui s'élance… et c'est la folle farandole qui reprend…

Bon d'accord me direz-vous, pas de quoi fouetter un chat. Je veux bien. Mais ceci ne peux m'empêcher de penser au simple fait que chez eux, les Libanais aiment à se saluer à l'occidentale. Et ailleurs, ils ont un soudain retour aux souches… M'enfin! comme disait Gaston Lagaffe. Faut savoir quand même! J'y perds mon latin moi!
Qu'est ce qui fait que nous avons tellement hâte de quitter le pays et qu'une fois arrivés à bon port, on pleure notre terre adorée, on se lamente sur son sort et on se sent fier d'appartenir à cette belle nation? Comment se fait-il que nous nous voulons d'appartenance phénicienne, araméenne, voire française au Liban et que nous réalisons soudain être Libanais à Paris, Montréal ou Rio?

Est-ce à cause de la fameuse schizophrénie des libanais? Cette double personnalité dont nous sommes si fiers?

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