L'Avenir Alternatif
Aujourd'hui ma cousine se marie. Ma cousine, ma sœur, emprunte ce chemin si voyagé au Liban. Elle est heureuse, elle l'aime, il l'aime et la vie est belle. Aujourd'hui, en robe blanche, face à un prêtre, ils prononceront leurs vœux, se jureront fidélité et amour, pour le meilleur et pour le pire. Sa mère pleurera, la mienne aussi… Et je ne suis pas là-bas pour partager ce moment unique dans la vie de ma cousine, ma sœur.
Merci la technologie! J'envoie des sms à tort et à travers afin d'avoir des nouvelles, des mises à jour de la situation : robe, coiffure, est-elle heureuse, qui est là, qui est passé, qui est absent, comment l'église est-elle décorée… J'ai tellement le goût d'être là-bas, de partager ces moments, cette excitation, cette frénésie pleine d'émotion…
Un ami d'enfance fera le discours, une autre cousine va chanter… Ce mariage ressemble plus à un événement mondain qu'à autre chose. L'événement à ne pas manquer si je vivais encore à Beyrouth… Mais voilà, je n'y suis plus. J'ai quitté et laissé derrière moi tout ce qui ne me plaisait pas. La pression du mariage incluse. Aujourd'hui, ma cousine, ma sœur, se marie et je suis heureuse d'avoir le choix de dire non à cette option, à l'abri de toute pression et de tout regard de commisération… Je suis heureuse de n'avoir plus à subir les coups de fils du genre :
- «yiiiiiiii devine quoi!!»
- «Quoiiiiiiiiiiiii???»
- «Marlène se marie! Avec le fils de Untel … un architecte! Bass comme ils s'aiment! Yiiiiiiii comme ils sont mignons ensemble!!! Aa kbelik!!!!!!»
- « Euh… pour de vrai? Mais c'est magnifique ça! Khayy, mabrouk pour eux»
- «Mais et toi? Chou à quand la jize? Yallah on veut te voir maman!»
- …
Le mariage de ma cousine m'incite à me demander pourquoi cette institution millénaire telle qu'elle est perçue au Liban ne m'attire pas. Le fait d'en faire le but unique de la vie d'une femme, une fin en soi, un passage obligé à la maternité et un statut social ôte toute la magie à cet acte d'amour et de foi que devrait être le mariage. De plus, il existe d'autres façons, à mon avis, de mettre en valeur le rôle de la femme dans la vie de couple, dans la maternité et dans la société. Le mariage devrait être l'aboutissement d'une relation et non son début, comme c'est souvent le cas. Il devrait être librement entrepris et non imposé dans l'inconscient collectif d'une société dont les valeurs, même si elles sont la plus part du temps louables, sont aussi étriquées.
Ma cousine, ma sœur, est en pleine cérémonie de mariage. Et je pense à ma mère, aux valeurs que mes parents m'ont inculquées et à ce que mon père n'a jamais cesser de me répéter : profite de ta vie et ne te marie pas! Ironique considérant que mon père est un homme libanais… Ma mère n'a jamais cesser de me répéter qu'il me fallait construire ma vie de mes propres mains et ne jamais compter sur personne… et je réalise que je suis une des rares filles libanaises qui a eu droit à cette éducation, loin de la pression du «Tu seras quelqu'un le jour où tu trouveras un homme à ta mesure, qui saura s'occuper de toi».
Malheureusement, la pression que mes parents m'ont épargnée, la société me l'a faite sentir, ou plutôt, c'est moi qui l'ai ressentie à partir du moment où j'ai dépassé la vingtaine. Souvent les allusions étaient subtiles du genre : «Ah, ça fait 3 ans que tu es avec lui? Khalass laken, c'est le bon…» Ou plus direct : « chou, à quand le mariage?» ou alors c'est à travers les différents mariages de mes amies, de mes cousines, que je sentais que mon heure avait sonnée… Mon tour devait arriver… Puisque autour de moi tout le monde se mariait et continue de le faire, je suis aussi destinée à me marier. Je pourrais travailler, mais je serais avant tout la femme de X et non pas moi-même. De par cette «obligation sociale», je devrais donc me départir d'une partie de ma personnalité, de mon nom. Ce nom hérité de mon père, avec lequel j'ai vécu, auquel je me suis identifiée, il me faudra le changer, changer de vie, de village…
Aujourd'hui, ma cousine s'est mariée et je suis à Montréal. En écrivant ces quelques lignes qui doivent susciter des réactions différentes selon les personnes qui les lisent, je suis heureuse de ne plus être au Liban. Je suis heureuse de devoir travailler dur pour devenir un jour la femme que je désire être : une femme qui aura construit sa vie comme elle l'entend, loin d'une réalité qui ne m'appartient pas.
Merci la technologie! J'envoie des sms à tort et à travers afin d'avoir des nouvelles, des mises à jour de la situation : robe, coiffure, est-elle heureuse, qui est là, qui est passé, qui est absent, comment l'église est-elle décorée… J'ai tellement le goût d'être là-bas, de partager ces moments, cette excitation, cette frénésie pleine d'émotion…
Un ami d'enfance fera le discours, une autre cousine va chanter… Ce mariage ressemble plus à un événement mondain qu'à autre chose. L'événement à ne pas manquer si je vivais encore à Beyrouth… Mais voilà, je n'y suis plus. J'ai quitté et laissé derrière moi tout ce qui ne me plaisait pas. La pression du mariage incluse. Aujourd'hui, ma cousine, ma sœur, se marie et je suis heureuse d'avoir le choix de dire non à cette option, à l'abri de toute pression et de tout regard de commisération… Je suis heureuse de n'avoir plus à subir les coups de fils du genre :
- «yiiiiiiii devine quoi!!»
- «Quoiiiiiiiiiiiii???»
- «Marlène se marie! Avec le fils de Untel … un architecte! Bass comme ils s'aiment! Yiiiiiiii comme ils sont mignons ensemble!!! Aa kbelik!!!!!!»
- « Euh… pour de vrai? Mais c'est magnifique ça! Khayy, mabrouk pour eux»
- «Mais et toi? Chou à quand la jize? Yallah on veut te voir maman!»
- …
Le mariage de ma cousine m'incite à me demander pourquoi cette institution millénaire telle qu'elle est perçue au Liban ne m'attire pas. Le fait d'en faire le but unique de la vie d'une femme, une fin en soi, un passage obligé à la maternité et un statut social ôte toute la magie à cet acte d'amour et de foi que devrait être le mariage. De plus, il existe d'autres façons, à mon avis, de mettre en valeur le rôle de la femme dans la vie de couple, dans la maternité et dans la société. Le mariage devrait être l'aboutissement d'une relation et non son début, comme c'est souvent le cas. Il devrait être librement entrepris et non imposé dans l'inconscient collectif d'une société dont les valeurs, même si elles sont la plus part du temps louables, sont aussi étriquées.
Ma cousine, ma sœur, est en pleine cérémonie de mariage. Et je pense à ma mère, aux valeurs que mes parents m'ont inculquées et à ce que mon père n'a jamais cesser de me répéter : profite de ta vie et ne te marie pas! Ironique considérant que mon père est un homme libanais… Ma mère n'a jamais cesser de me répéter qu'il me fallait construire ma vie de mes propres mains et ne jamais compter sur personne… et je réalise que je suis une des rares filles libanaises qui a eu droit à cette éducation, loin de la pression du «Tu seras quelqu'un le jour où tu trouveras un homme à ta mesure, qui saura s'occuper de toi».
Malheureusement, la pression que mes parents m'ont épargnée, la société me l'a faite sentir, ou plutôt, c'est moi qui l'ai ressentie à partir du moment où j'ai dépassé la vingtaine. Souvent les allusions étaient subtiles du genre : «Ah, ça fait 3 ans que tu es avec lui? Khalass laken, c'est le bon…» Ou plus direct : « chou, à quand le mariage?» ou alors c'est à travers les différents mariages de mes amies, de mes cousines, que je sentais que mon heure avait sonnée… Mon tour devait arriver… Puisque autour de moi tout le monde se mariait et continue de le faire, je suis aussi destinée à me marier. Je pourrais travailler, mais je serais avant tout la femme de X et non pas moi-même. De par cette «obligation sociale», je devrais donc me départir d'une partie de ma personnalité, de mon nom. Ce nom hérité de mon père, avec lequel j'ai vécu, auquel je me suis identifiée, il me faudra le changer, changer de vie, de village…
Aujourd'hui, ma cousine s'est mariée et je suis à Montréal. En écrivant ces quelques lignes qui doivent susciter des réactions différentes selon les personnes qui les lisent, je suis heureuse de ne plus être au Liban. Je suis heureuse de devoir travailler dur pour devenir un jour la femme que je désire être : une femme qui aura construit sa vie comme elle l'entend, loin d'une réalité qui ne m'appartient pas.