Le français, vu du Liban
Suite aux interventions au sujet de la francophonie, et de la rencontre internationale tenue à Beyrouth (2002), je me suis remémoré la présence de cette langue au Liban.
Je la situerai d’emblée dans le cadre de mes études secondaires au lycée franco-libanais de Beyrouth, dans une période encore incertaine, au cours d’une accalmie, au début des années 80. Période transitoire, s’il en est et qui voit apparaître de nouvelles configurations sociales et culturelles.
J’aborderai les quatre langues que nous pratiquions, dans le cadre de l’école ou ailleurs.
Le français, l’arabe, l’anglais, le libanais.
Pour le français, il était utilisé la grande partie du temps pour l’enseignement de toutes les matières -scientifiques et littéraires- utiles à la présentation des bacs libanais et français.
Un français fonctionnel donc, en prise avec la réalité de l’obtention de ces visas pour la vie active. Cette langue était celle qui intégrerait ses adeptes au monde moderne officiel, à la technologie, donc à la réussite.
A cette époque, le pays ne sortait pas des affres de ses guerres successives. La composition socio-culturelle des écoliers changeait au fil des ans, vu les déplacements des familles d’une zone à l’autre du pays. Mis à part deux ou trois Français et quelques Libano-européeens sur une centaine d’élèves, ces contingents étaient réduits à une présence symbolique.
Le français parlé ne s’utilisant pour les Libanis qu’entre quelques personnes qui l’employaient de façon naturelle.
Ailleurs, il constituait un fort vecteur d’évasion, lors des représentations théâtrales auxquelles participaient ardemment les ténors de cette langue parmi les élèves.
Au niveau du grand public, le film français, depuis les années 70, assurait ses heures de gloire par le biais des comédies à grande audience, grâce par exemple à Pierre Richard, Louis de Funès, Jean-Paul Belmondo, les bidasses,... . La chanson française, toute différente des tubes anglo-saxons, était relayée par les quelques chaînes de télévision et les radios locales.
Pour l’arabe classique, dans notre école, il était relégué à l’apprentissage de la littérature arabe, depuis ses débuts. D’autres cours, moins importants concernaient, la traduction, l’histoire, la géographie, l’histoire des sciences chez les arabes.
Son mode d’enseignement relevait de la dissection d’un vocabulaire immense, en partie hors d’usage dans le monde contemporain, qui suscitait un engouement pour ses tournures et ses envolées rythmées, témoignant de la richesse d’une civilisation et d’une construction, jadis prospères.
Son mode d’enseignement était rigide. On suivait jour après jour chacune des pages de l’ouvrage avec ses explications et annotations qu’on se devait d’apprendre par cœur, les épreuves consistant à restituer mot à mot, le plus fidèlement possible le texte de ce livre.
Ce n’est qu’en terminale, en abordant les auteurs du XXème siècle, que l’on se rendait compte enfin de la présence de cette langue dans le monde moderne.
Comme le français, l’anglais avait le statut d’une langue utile. Inconsciemment, on savait que c’est cette langue qui traversait les océans et aussi qu’elle était celle de la culture dominante, des marchés et de l’économie réglés à l’anglo-saxonne.
Sur un autre plan, l’anglais, plus que le français jouait un rôle émancipateur.
Les films, tous en v.o., en grande majorité américains, nous transportaint dans des situations, des époques et des ambiances diverses et avaient souvent une dimension exaltante, épique ou mélodramatique, différente des films européens, guettés au ciné-club, qui étaient plus réalistes et intimistes.
La musique anglo-saxonne était un grand vecteur d’émancipation . Elle était vraiment faite pour le loisir et la détente, tels les Queen, BoneyM, Abba, Supertramp, diffusée sur les ondes, dans les discohèques et les soirées.
Elle avait aussi ses figures contestataires du rock international ; Pink Floyd, The Clash et auparavant Simon & Garfunkel, Neil Diamond, Bob Dylan…
La véritable langue vivante, c’était le libanais. L’arabe dialectal. C’est lui, qui du lever au coucher enveloppait la ville de ses échos.
A l’école, il se prêtait à toutes les convulsions. Cocasse, imagé, trituré, alimenté de français ou d’anglais, c’était la langue immédiate, celle de la spontanéïté.
Directement, il interprétait la situation, commentait l’évènement, bondissait d’un bout à l’autre de l’espace, témoignait de la vitalité des élèves qui ne tenaient pas trop longtemps enfermés dans les rigueurs d’un cours de maths ou de français.
Le dialecte libanais, comme la plupart des dialectes arabes, dont la transcription est réduite à des usages limités, prend ses distances par rapport à la langue littéraire, dont la structure tolère moins les écarts importants. Il est, comme pour la plupart des langues parlées, le reflet, la couleur du pays qu’il représente.
Aujourd’hui, ces quatre langues jouent leurs rôles de façon conscientes ou non, ont leurs représentations qui fluctuent selon les milieux socio-culturels.
Elles affichent, surtout pour les langues étrangères, une forte volonté d’ouverture aux échanges avec l’extérieur et sont les premiers outils pour élaborer un univers qui déborde largement les frontières nationales.
Je la situerai d’emblée dans le cadre de mes études secondaires au lycée franco-libanais de Beyrouth, dans une période encore incertaine, au cours d’une accalmie, au début des années 80. Période transitoire, s’il en est et qui voit apparaître de nouvelles configurations sociales et culturelles.
J’aborderai les quatre langues que nous pratiquions, dans le cadre de l’école ou ailleurs.
Le français, l’arabe, l’anglais, le libanais.
Pour le français, il était utilisé la grande partie du temps pour l’enseignement de toutes les matières -scientifiques et littéraires- utiles à la présentation des bacs libanais et français.
Un français fonctionnel donc, en prise avec la réalité de l’obtention de ces visas pour la vie active. Cette langue était celle qui intégrerait ses adeptes au monde moderne officiel, à la technologie, donc à la réussite.
A cette époque, le pays ne sortait pas des affres de ses guerres successives. La composition socio-culturelle des écoliers changeait au fil des ans, vu les déplacements des familles d’une zone à l’autre du pays. Mis à part deux ou trois Français et quelques Libano-européeens sur une centaine d’élèves, ces contingents étaient réduits à une présence symbolique.
Le français parlé ne s’utilisant pour les Libanis qu’entre quelques personnes qui l’employaient de façon naturelle.
Ailleurs, il constituait un fort vecteur d’évasion, lors des représentations théâtrales auxquelles participaient ardemment les ténors de cette langue parmi les élèves.
Au niveau du grand public, le film français, depuis les années 70, assurait ses heures de gloire par le biais des comédies à grande audience, grâce par exemple à Pierre Richard, Louis de Funès, Jean-Paul Belmondo, les bidasses,... . La chanson française, toute différente des tubes anglo-saxons, était relayée par les quelques chaînes de télévision et les radios locales.
Pour l’arabe classique, dans notre école, il était relégué à l’apprentissage de la littérature arabe, depuis ses débuts. D’autres cours, moins importants concernaient, la traduction, l’histoire, la géographie, l’histoire des sciences chez les arabes.
Son mode d’enseignement relevait de la dissection d’un vocabulaire immense, en partie hors d’usage dans le monde contemporain, qui suscitait un engouement pour ses tournures et ses envolées rythmées, témoignant de la richesse d’une civilisation et d’une construction, jadis prospères.
Son mode d’enseignement était rigide. On suivait jour après jour chacune des pages de l’ouvrage avec ses explications et annotations qu’on se devait d’apprendre par cœur, les épreuves consistant à restituer mot à mot, le plus fidèlement possible le texte de ce livre.
Ce n’est qu’en terminale, en abordant les auteurs du XXème siècle, que l’on se rendait compte enfin de la présence de cette langue dans le monde moderne.
Comme le français, l’anglais avait le statut d’une langue utile. Inconsciemment, on savait que c’est cette langue qui traversait les océans et aussi qu’elle était celle de la culture dominante, des marchés et de l’économie réglés à l’anglo-saxonne.
Sur un autre plan, l’anglais, plus que le français jouait un rôle émancipateur.
Les films, tous en v.o., en grande majorité américains, nous transportaint dans des situations, des époques et des ambiances diverses et avaient souvent une dimension exaltante, épique ou mélodramatique, différente des films européens, guettés au ciné-club, qui étaient plus réalistes et intimistes.
La musique anglo-saxonne était un grand vecteur d’émancipation . Elle était vraiment faite pour le loisir et la détente, tels les Queen, BoneyM, Abba, Supertramp, diffusée sur les ondes, dans les discohèques et les soirées.
Elle avait aussi ses figures contestataires du rock international ; Pink Floyd, The Clash et auparavant Simon & Garfunkel, Neil Diamond, Bob Dylan…
La véritable langue vivante, c’était le libanais. L’arabe dialectal. C’est lui, qui du lever au coucher enveloppait la ville de ses échos.
A l’école, il se prêtait à toutes les convulsions. Cocasse, imagé, trituré, alimenté de français ou d’anglais, c’était la langue immédiate, celle de la spontanéïté.
Directement, il interprétait la situation, commentait l’évènement, bondissait d’un bout à l’autre de l’espace, témoignait de la vitalité des élèves qui ne tenaient pas trop longtemps enfermés dans les rigueurs d’un cours de maths ou de français.
Le dialecte libanais, comme la plupart des dialectes arabes, dont la transcription est réduite à des usages limités, prend ses distances par rapport à la langue littéraire, dont la structure tolère moins les écarts importants. Il est, comme pour la plupart des langues parlées, le reflet, la couleur du pays qu’il représente.
Aujourd’hui, ces quatre langues jouent leurs rôles de façon conscientes ou non, ont leurs représentations qui fluctuent selon les milieux socio-culturels.
Elles affichent, surtout pour les langues étrangères, une forte volonté d’ouverture aux échanges avec l’extérieur et sont les premiers outils pour élaborer un univers qui déborde largement les frontières nationales.