|
||||||||||||||||||
|
Université de Montréal Département d'histoire Faculté des arts et des sciences Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l'obtention du grade de Maître ès arts (M.A.). |
|||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||
|
Karim Lebnan is born in Quebec to a Lebanese father and a French Canadian mother, Karim Lebnan attended classes for one year at the Institute for Scene Art and Audio-visual Studies (IESAV) at the Saint-Joseph University in Beirut before studying Movie making at the University of Montreal (B.A.) After a few years of working in movies, he took back studying to obtain a Master degree at the History department at the University of Montreal. His research on the Lebanese community in Montreal is partly inspired by Quebec studies on ethnic identity (in particular the works of ethnologists Deirdre Meintel and Ignaki Olazabal) and on the other hand, by the told story. Father of two kids, Karim Lebnan lives presently in Montreal. contact Karim Lebnan est né au Québec de père libanais et de mère québécoise, Karim Lebnan a étudié une année à l'Institut des Études scéniques et Audiovisuelles (IESAV) de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth avant de poursuivre ses études en cinéma à l'Université de Montréal (B.A.). Après quelques années de travail en cinéma, il reprend les études pour compléter une maîtrise au Département d'histoire de l'Université de Montréal. Sa recherche sur les Libanais de Montréal s'inspire, d'une part, de la démarche des nouvelles études québécoises sur l'identité ethnique — notamment les travaux des ethnologues Deirdre Meintel et Ignaki Olazabal — et, d'autre part, de l'histoire orale. Père de deux enfants, Karim Lebnan vit actuellement à Montréal. contact |
||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||
| CONCLUSION GENERALE | ||||||||||||||||||
|
Dès le premier chapitre de ce mémoire nous avons pris la peine de bien camper le contexte libanais en nous attachant, en particulier, à la question religieuse. Cela nous a permis de saisir que la société libanaise est divisée en plusieurs groupes confessionnels auxquels chaque citoyen est tenu d'appartenir pour pouvoir bénéficier des lois civiles propres à chaque communauté confessionnelle. Nous avons également mis en lumière que ce système a son pendant politique et que ces formes de confessionnalisme politique, juridique et social sont venues affermir l'importance de l'affiliation confessionnelle dans la définition de l'identité libanaise. Ensuite, nous avons montré comment la communauté libanaise de Montréal s'est développée à même un mouvement plus vaste — une tradition migratoire libanaise qui prend sa source au XVII esiècle. Ainsi, nous retiendrons que la communauté libanaise de Montréal est ancienne (fin du XIX esiècle) ; qu'elle tire son dynamisme et son essor actuel des dernières décennies de forte immigration libanaise au Québec; et que son profil a changé au cours des décennies. À l'origine surtout chrétienne et paysanne, elle s'est enrichie dans les années soixante et soixante-dix d'immigrants scolarisés, urbanisés et toujours majoritairement chrétiens avant de connaître, depuis quelques décennies, une diversification confessionnelle et socio-économique de ses nouveaux membres. Malgré cette ancienneté, nous retiendrons également que ce n'est que tout récemment que les chercheurs ont commencé à s'intéresser aux Libanais du Québec. Grosso modo, les recherches produites sur la communauté libanaise du Québec démontrent que c'est une communauté plutôt diversifiée et éclatée. Nos propres résultats tendent à confirmer ces observations. C'est à partir des portraits que nous ont laissés l'examen du système confessionnel libanais et la revue de la littérature que nous avons élaboré notre démarche. Cette démarche devait permettre de saisir quelle place occupe l'affiliation confessionnelle dans l'identité des immigrants libanais de Montréal. Pour pouvoir arriver à répondre à cette question complexe, nous avons opté pour une analyse qualitative s'appuyant sur des entretiens semi-directifs avec des immigrants libanais de Montréal. Délaissant les sources historiques traditionnelles qui ne nous permettaient pas de documenter notre objet de recherche, nous avons utilisé les outils de l'histoire orale tout en nous inspirant de l'approche de terrain utilisée en anthropologie. Évidemment ce choix de coupler l'histoire orale à l'approche ethnologique ne correspond pas exactement à l'orthodoxie disciplinaire mais elle nous semblait la plus porteuse et la mieux adaptée. Qui plus est, cette façon d'aborder notre objet nous a permis d'expérimenter une voie nouvelle qui fait écho aux nombreuses incitations à la pluridisciplinarité. C'est ainsi que nous avons recruté et interrogé onze informateurs. Ces entretiens retranscrits ont constitué notre corpus d'analyse. Même si à l'usage, cette démarche méthodologique s'est avérée très stimulante et riche, nous avons parfois rencontré quelques limites. Celles-ci étaient généralement plus liées à des causes logistiques et contextuelles qu'épistémologiques. Ainsi, le climat post-attentat du 11 septembre s'est avéré un mauvais moment pour le recrutement d'informateurs, mais surtout d'informatrices, musulmans. De même, le temps nécessaire à la transcription des entretiens nous a conduit à restreindre notre cohorte. Par surcroît, le profil de notre cohorte ne correspond pas au profil statistique des Libanais de Montréal sur de nombreux points : le taux de scolarisation y est supérieur, le plurilinguisme y est plus répandu et le statut socioéconomique y est plus élevé. Cela, bien entendu, empêche toute possibilité de généralisation à partir de nos résultats. Par contre, cette approche nous a fourni un corpus d'analyse très riche. Par ailleurs, nous pouvons penser qu'une telle approche serait extrêmement porteuse si elle s'appuyait sur une équipe de chercheurs puisqu'elle allierait la flexibilité dans la préhension d'une réalité tout en nuances avec la possibilité de généralisation des résultats. Si notre enquête nous a permis de découvrir que nos informateurs partagent quelques caractéristiques communes, c'est surtout l'extrême diversité des parcours de vie qui ressort de l'observation de notre corpus d'analyse. Cette diversité se retrouve de façon manifeste dans les lieux de naissance, les origines ethnique(s), régionale et sociale, les itinéraires migratoires et les références culturelles de nos informateurs. Nous avons aussi découvert qu'en plus de structurer son histoire de vie d'une façon spécifique, chaque informateur vit son affiliation confessionnelle d'une façon singulière. Aussi, s'il fallait tirer une conclusion simple de notre mémoire, nous dirions que ce qui ressort de l'ensemble de notre recherche c'est le pluralisme. Que ce soit le pluralisme dans la conception de la croyance religieuse, dans la pratique rituelle, dans les unions de fait et les mariages observés, dans la pluralité des discours sur la religion. Cela dit, le constat d'un tel pluralisme ne répond que partiellement à notre questionnement de base. Nous cherchions à savoir si les immigrants libanais de Montréal construisaient leur identité à partir de leur affiliation confessionnelle. Manifestement, lorsque l'on regarde le comportement de nos informateurs, leur autodéfinition et la place que prend la pratique rituelle confessionnelle dans leur vie de tous les jours, nous pouvons en déduire que l'affiliation confessionnelle n'est assurément pas la première affiliation. Nous présumions aussi que la perte de prégnance de l'identité confessionnelle des Libanais de Montréal était liée à l'immigration : nous nous disions que le contexte québécois — plus sécularisé que le contexte libanais — serait le catalyseur de cette déconfessionnalisation de l'identité. Cette hypothèse était un peu simple puisqu'elle posait comme prémisse qu'au Liban, l'identité est fortement teintée d'affiliation confessionnelle en raison de la rigidité du système politico-judiciaire et social (le confessionnalisme). Or, il ressort de notre enquête que cela ne semble pas être le cas. En effet, si l'on se fie aux récits que nos informateurs nous ont faits de la vie de leurs parents; si l'on regarde l'éducation proche-orientale de nos informateurs; et si l'on observe les unions de ceux-ci avant leur installation à Montréal, force est de constater que nous avons peut-être sous-estimé le pluralisme vécu par les Libanais, au Liban même. En nous attardant à la structure politico-juridique du Liban, nous avons probablement occulté tous les petits arrangements que les Libanais du Liban peuvent trouver, au quotidien, dans cette structure rigide. Nous avons d'ailleurs révélé dans notre analyse quelques exemples, parfois comiques, de ces petits accommodements qui déjouent la rigidité du système libanais. En d'autres termes, notre hypothèse était un peu trop simple parce qu'elle partait d'une dichotomie qui ne semble pas, dans les faits, être aussi forte que nous l'avions supposé : d'un côté, un pays avec une structure rigide de séparation des confessions; de l'autre, une société sécularisée et pluraliste. En fait, notre enquête nous indique qu'en dépit du confessionnalisme, le pluralisme se vit bel et bien au Liban et que la première affiliation, au Liban comme ici, ne semble pas être l'affiliation confessionnelle. Néanmoins, il ne faudrait pas tomber dans l'excès contraire et sous-estimer l'apport de l'environnement montréalais dans cette appropriation du pluralisme. Il est évident que l'identité des immigrants libanais de notre cohorte se déconfessionnalise aussi en raison du contexte montréalais. À preuve, les unions interreligieuses (chrétien /musulman) sont plus courantes entre immigrants libanais et Canadiens de souche qu'entre Proche-Orientaux. À ce sujet, il semble que le contexte montréalais fasse en sorte que la barrière invisible entre chrétiens et musulmans s'estompe un peu. Cette barrière semble, en outre, moins élevée chez les informateurs plus jeunes de notre cohorte. Cela dit, si l'identité confessionnelle de nos informateurs est faible, elle demeure toujours présente et la religion reste un marqueur identitaire important même lorsqu'elle ne sert pas de frontière identitaire. En effet, lors des grands événements, on se souvient souvent de son identité confessionnelle : fréquemment on fait baptiser son enfant dans le rite de sa confession et lorsqu'on se marie c'est préférablement au temple de sa confession. Au surplus, il suffit que nous abordions des sujets liés à la politique libanaise pour que la rhétorique confessionnelle réapparaisse. Toutefois, dès qu'il s'agit de problématiques non liées au Liban, il est rare que les informateurs aient recours au discours confessionnaliste. En d'autres termes, le schème de pensée confessionnaliste perd de son acuité lorsqu'il s'agit de sujets non associés à la politique libanaise ou aux questions religieuses. D'ailleurs, ces autres sujets sont, dans l'ensemble, beaucoup plus prisés par nos informateurs que les questions religieuses. Tous nos informateurs se sont beaucoup plus animés lorsque nous abordions des sujets non religieux et très peu se sont montrés sensibles à l'orthodoxie religieuse. Notre enquête réaffirme aussi notre présupposé épistémologique : il appert clairement que l'identité de nos informateurs procède par juxtaposition. Ainsi, il est manifeste que l'identification avec sa confession s'ajoute à d'autres identifications possibles, parmi lesquelles on retrouve l'identification avec sa famille, avec son / ses identités nationales (libanaise, canadienne, égypto-libanaise, libano-canadienne), son grand groupe religieux (chrétien, musulman), son identité villageoise, son identité supranationale ou ethnique (arabe), voire avec son identité mythique (son origine phénicienne). Tout cela nous conforte dans l'idée que l'on ne peut pas essentialiser les identités, qu'elles sont multidimensionnelles et continuellement en interaction avec le contexte social, juridique, culturel et politique. Finalement, par rapport à l'historiographie de langue française actuelle, notre recherche s'inscrit dans ce nouvel intérêt, encore trop timide, pour les phénomènes migratoires, ethniques et identitaires. Plus précisément, nous espérons que notre recherche aura apporté une modeste contribution à l'historiographie québécoise en permettant de mieux connaître un aspect essentiel de la communauté libanaise de Montréal. Nous souhaitons aussi que notre recherche, couplée à d'autres recherches historiques sur l'ethnicité, permettra aux prochaines synthèses historiques de faire une part plus large aux groupes issus de l'immigration afin de refléter davantage une réalité québécoise séculaire, en particulier à Montréal, soit celle d'une société pluraliste et cosmopolite. |
||||||||||||||||||
|
Karim Lebnan |
||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||
©////o/ |
||||||||||||||||||