Itinéraires identitaires chez des immigrants libanais de Montréal :
le cas de l'identité confessionnelle (CHAPITRE I)

by Karim Lebnan

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Liste des Tableaux
Tableau I Répartition confessionnelle de la population au Liban, 1932, 1990 et 1998
Tableau II Répartition actuelle des sièges au Parlement libanais en fonction de l'affiliation confessionnelle
Tableau III Répartition confessionnelle des Libanais, selon l'origine ethnique, au Québec en 1991
Tableau IV Auto-identification au «nous»
Tableau V Mariages et unions de fait des informateurs
Université de Montréal
Département d'histoire
Faculté des arts et des sciences

Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l'obtention du grade de Maître ès arts (M.A.).

© Karim Lebnan 2002 -2026

Karim Lebnan is born in Quebec to a Lebanese father and a French Canadian mother, Karim Lebnan attended classes for one year at the Institute for Scene Art and Audio-visual Studies (IESAV) at the Saint-Joseph University in Beirut before studying Movie making at the University of Montreal (B.A.) After a few years of working in movies, he took back studying to obtain a Master degree at the History department at the University of Montreal. His research on the Lebanese community in Montreal is partly inspired by Quebec studies on ethnic identity (in particular the works of ethnologists Deirdre Meintel and Ignaki Olazabal) and on the other hand, by the told story. Father of two kids, Karim Lebnan lives presently in Montreal. contact

Karim Lebnan est né au Québec de père libanais et de mère québécoise, Karim Lebnan a étudié une année à l'Institut des Études scéniques et Audiovisuelles (IESAV) de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth avant de poursuivre ses études en cinéma à l'Université de Montréal (B.A.). Après quelques années de travail en cinéma, il reprend les études pour compléter une maîtrise au Département d'histoire de l'Université de Montréal. Sa recherche sur les Libanais de Montréal s'inspire, d'une part, de la démarche des nouvelles études québécoises sur l'identité ethnique — notamment les travaux des ethnologues Deirdre Meintel et Ignaki Olazabal — et, d'autre part, de l'histoire orale. Père de deux enfants, Karim Lebnan vit actuellement à Montréal. contact

 

 

sections
Abstract - Sommaire
Page d'identification du jury
Dédicace - Remerciements
INTRODUCTION
 
CHAPITRE I : ELEMENTS DE CONTEXTE
  Un portrait religieux du Liban
     Les chrétiens
     Les musulmans
     Les israélites
     Le confessionnalisme
  Un portrait de la communauté libanaise du Québec
     Périodisation des mouvements migratoires libanais
     Un profil statistique des Libanais du Canada et du Québec
     Une revue des recherches récentes sur les immigrés libanais
  Conclusion
CHAPITRE II :
METHODOLOGIE, PROFIL DES INFORMATEURS ET BREVE ANALYSE DES ITINERAIRES
  Méthodologie
  Le profil des informateurs
  Une brève analyse des itinéraires
     Des parcours uniques : un aperçu de chacun
     Portrait de groupe : quelques caractéristiques significatives
  Conclusion
CHAPITRE III :
ANALYSE DES ENTRETIENS
  La structure des récits de vie
  L'expérience religieuse racontée
  La prégnance de l'identité nationale libanaise
  Conclusion
CONCLUSION GÉNÉRALE
BIBLIOGRAPHIE
 

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UN PORTRAIT DE LA COMMUNAUTE[34] LIBANAISE DU QUEBEC   

Par définition, toute étude portant sur un phénomène migratoire se doit de voir large. Aussi dans notre revue de la littérature, nous ne nous restreindrons pas aux études portant sur les Libanais du Canada mais nous aborderons plutôt les recherches portant sur l'émigration /l'immigration libanaise et les diasporas[35] libanaises à travers le monde. Par ailleurs, toujours dans cet esprit de ratissage tous azimuts, nous ne nous limiterons pas aux seules recherches historiques. Au plan international, les recherches s'intéressant aux mouvements migratoires libanais ne sont pas très nombreuses. Cela peut probablement s'expliquer par la faiblesse du flux migratoire libanais en regard des flux européens qui ont, en quelque sorte, monopolisé toute l'attention des chercheurs. C'est du moins l'explication qu'en donne l'historien américain Roger Owen[36]. Cela dit, cette faiblesse est toute relative car si l'on met en rapport ces flux avec la population totale du Liban (aux différentes périodes de grandes émigrations), ceux-ci deviennent alors considérables. A ce sujet, l'historien Boutros Labaki[37] — probablement le chercheur libanais ayant le plus contribué à l'étude de l'émigration libanaise — estime qu'«il y a autant de Libanais résidents (quatre millions en 1997) que de Libanais et de descendants de Libanais à l'extérieur»[38].

Quoi qu'il en soit, la majeure partie des travaux, menés à l'échelle internationale, s'est surtout intéressée à quantifier les flux migratoires, à comprendre les raisons de l'émigration et ses effets sur le Liban. On s'est aussi attardé à l'insertion socioéconomique des émigrés dans les sociétés d'accueil. Beaucoup de recherches ont mal vieilli en particulier en raison de la prééminence de l'approche assimilationniste[39]. Plusieurs autres travaux connaissent la dérive filiopietiste[40].

 

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Périodisation des mouvements migratoires libanais  

Le Liban[41] est un pays d'émigration depuis le XVIIe siècle[42]. En effet, la première période d'émigration va du XVIIe siècle à la première moitié du XIXe siècle[43]. Cette période, qui ne touche pas le Canada, est caractérisée par un nombre restreint de départs vers l'Egypte et les grandes villes portuaires d'Europe (Livourne, Marseille, Manchester…). Les émigrants de cette période sont, pour la plupart, issus des grandes villes de Syrie et du Liban et sont majoritairement de confessions juive ou chrétienne. De la seconde moitié du XIXe siècle au début du XXe siècle, on identifie une deuxième grande période d'émigration. Essentiellement composée de paysans montagnards, généralement de petits propriétaires terriens, de religion chrétienne, cette émigration va se diriger principalement vers l'Amérique latine — où le Brésil et l'Argentine accueilleront les plus gros contingents d'émigrés — et l'Amérique du Nord. A la même époque, l'Egypte en pleine modernisation attire des émigrants plus scolarisés. C'est durant cette période que les premiers Syro-Libanais débarquent au Canada, principalement à Montréal : on en recense quatre en 1883, puis 464 en 1901[44]. Partout dans les Amériques, les immigrants libanais vont être nombreux à se lancer dans le colportage puis dans le commerce de gros ou de détail pour, en particulier en Amérique latine, devenir — pour les plus chanceux — de grands commerçants ou des industriels.

Pour cette période, les travaux de Dominique Chevalier et de Boutros Labaki ont démontré comment l'intégration économique du Liban au commerce européen — intégration qui entraîne une transformation de l'économie agricole qui passe de la culture traditionnelle à la monoculture (surtout la sériciculture) — et la plus grande influence culturelle européenne ont été des éléments favorisant l'émigration[45].

On identifie ensuite une troisième période, débutant avec la Première Guerre mondiale et où, en raison des restrictions imposées à l'entrée des ressortissants étrangers par les principaux pays d'immigration, une portion considérable du flux migratoire libanais se dirige vers l'Afrique de l'Ouest (surtout l'Afrique-Occidentale française) qui est alors le théâtre de l'expansion coloniale européenne. Ce sont en grande partie des villageois chiites du Liban-Sud qui vont alors s'installer en Afrique. Au Canada, à l'exception des proches des premiers émigrés, l'immigration syro-libanaise est pratiquement arrêtée en raison des restrictions instaurées par le gouvernement canadien pour empêcher l'immigration en provenance d'Asie[46].

Cela dit, on peut penser que cette période en a été une de stabilisation pour la communauté libanaise du Québec dans la mesure où les deux guerres mondiales et la Grande Dépression des années trente favorisent le passage d'une immigration temporaire à une immigration d'installation.

La quatrième période est marquée par la forte croissance économique des pays pétroliers du golfe Arabo-Persique — à partir des années soixante — qui vont, de plus en plus, canaliser l'émigration de Libanais semi-qualifiés ou professionnels. En parallèle, d'autres Libanais qualifiés profitent de l'abandon des politiques discriminatoires des grands pays d'immigration — le Canada est parmi les premiers pays à abandonner de telles pratiques : en 1962, les principales discriminations sont abolies; en 1967, un système de points est instauré — pour émigrer en Occident ou en Amérique latine. Les moins qualifiés peuvent aussi émigrer vers ces destinations grâce aux politiques de regroupement familial. Cette période correspond au deuxième mouvement d'arrivée de Libanais au Québec. Les immigrants de cette période sont, dans la grande majorité des cas, scolarisés et d'origine urbaine. Plusieurs Libanais d'Egypte fuyant la Révolution nassérienne font partie de ce mouvement.

A ces grandes périodes que propose le chercheur Albert Hourani, il faut ajouter une cinquième période qui débute avec le déclenchement de la guerre au Liban (en 1975) et qui a toujours cours. Les recherches de Labaki[47] en arrivent à la conclusion — en mettant en rapport situations politiques et économiques internes et externes — que, pendant la guerre, le contexte politique libanais prime sur la conjoncture économique interne qui est, elle, plus déterminante que les facteurs d'attraits des pays hôtes (pull) dans l'essor du mouvement migratoire. Selon les données recueillies par Labaki, l'émigration libanaise s'est dirigée en majeure partie vers les pays arabes (surtout les pays pétroliers du golfe Arabo-Persique mais aussi la Jordanie et la Syrie) puis vers l'Amérique, l'Australie, l'Afrique et l'Europe; cet ordre décroissant des destinations clefs change selon la période étudiée. Dans les années quatre-vingt, par exemple, avec la diminution des revenus pétroliers et les troubles politiques dans le Golfe, l'attrait de cette région diminue. De 1975 à 1989, l'émigration aurait fait perdre au Liban à peu près 40% de sa population (990 000 personnes).

Au Québec, cette période se subdivise en deux grands moments. De 1975 à 1978, l'immigration libanaise est caractérisée par un grand nombre de réfugiés puis, de 1981 à nos jours, elle se diversifie. Pour ce qui est des flux migratoires, c'est de 1987 à 1993 que leur importance est la plus considérable. Cette même diversification est aussi observée par Labaki mais à partir du Liban. Il relève une diminution d'immigrants actifs au profit d'une émigration de type «regroupement familial»; une plus grande diversification du statut économique chez les migrants — le Liban fournit au Québec un important contingent d'immigrants de la catégorie gens d'affaires —; une augmentation de l'émigration multiconfessionnelle et son corollaire, la diminution du pourcentage — longtemps majoritaire — d'émigrés chrétiens.

En dehors de cette périodisation des flux migratoires, les recherches ont, à ce jour, fait une large place à l'étude de l'émigration libanaise à partir de la théorie de la chaîne migratoire[48]. Cette approche s'est avérée opérationnelle surtout lorsqu'il s'agit des premiers mouvements. Aussi, plusieurs liens ont pu être observés entre certaines villes, bourgs et villages des sociétés d'accueil et d'origine.

Par exemple, H. Burnley dans une étude sur l'écologie urbaine à Sydney (Australie) a démontré les liens entre certains quartiers de Sydney et certaines régions ou villes du Liban[49]; aux Etats-Unis, la quasi-totalité de la grande communauté libanaise de Dearborn (en banlieue de Détroit) est originaire de Bint-Jbail et de ses alentours[50]; à Halifax, les Libanais de confession grecque orthodoxe proviennent majoritairement du Akkar alors que les maronites sont plutôt originaires du nord du Mont-Liban; à Montréal enfin, les premiers immigrants syro-libanais de confession grecque orthodoxe étaient surtout originaires de Rashaya et ses environs, de Chébaa, de Zahlé et de Damas[51]. Au Canada et au Québec, la présence libanaise n'a pas suscité beaucoup de recherches. Mais les choses semblent être en train de changer et quelques recherches, mémoires et thèses abordant la question migratoire libanaise viennent d'être réalisés ou sont actuellement en cours d'élaboration[52]. Dans l'ensemble, les recherches qui se sont penchées sur l'étude des Libanais du Canada ne proviennent pas de la discipline historique. D'ailleurs, en matière d'immigration et d'ethnicité, l'historiographie québécoise n'est pas particulièrement touffue : les bilans historiographiques des historiens québécois Paul-André Linteau et Sylvie Taschereau ont bien démontré le peu d'attention accordée aux questions migratoires et ethniques par les historiens du Québec[53]. Cette situation, peut s'expliquer par la nouveauté de l'installation de la majeure partie des Libanais du Québec. En outre, en comparaison à d'autres groupes issus de l'immigration, la communauté libanaise du Québec était jusqu'à récemment relativement petite.

 

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Un profil statistique des Libanais du Canada et du Québec[54]

Une communauté en expansion

En 1986, on comptait 8 770 Libanais au Québec — selon le pays de naissance (c'est-à-dire nés au Liban — ce qui exclut les nombreux Libanais nés ailleurs, en particulier en Egypte). En 1991, ce chiffre grimpe à 25 935 — toujours selon le pays de naissance — alors que 38 468 personnes déclarent être d'origine ethnique libanaise (au Québec). En 1996, la communauté libanaise du Québec augmente encore : 47 745 Libanais selon l'origine ethnique (35 195 personnes d'origine ethnique unique, 12 545 d'origines ethniques multiples), 28 430 selon le pays de naissance. Aussi, il ressort clairement de ces chiffres que le nombre de Libanais au Québec est en expansion : 10 120 nouveaux immigrants libanais se sont ajoutés à la population libanaise du Québec entre 1991 et les quatre premiers mois de 1996[55]. Il est facile d'en déduire que la proportion de Libanais récemment immigrés a encore augmenté par rapport aux Libanais immigrés depuis plus de 15 ans.

 

Une communauté concentrée dans le Grand Montréal

Déjà en 1991, lorsqu'on observe les données pour la région métropolitaine de recensement de Montréal[56] (les seuls chiffres que nous avons trouvés sur la répartition des Libanais selon leur période d'installation), la majorité de la population libanaise (selon le pays de naissance) avait immigré relativement récemment : 6,3% de la population libanaise de la région montréalaise avait immigré avant 1971 (1 495 personnes); 5,6% entre 1971 et 1975 (1 335 personnes); 14,4% entre 1976 et 1980 (3 445 personnes); 9% entre 1981 et 1985 et 64,7% entre 1986 et 1991 (15 415 personnes)[57].

Par ailleurs, d'un recensement à l'autre — aussi bien pour les Libanais de naissance que pour les personnes se déclarant d'origine ethnique libanaise — les Libanais du Québec vivent à 90% dans la région métropolitaine de recensement de Montréal. Si l'on regarde à l'intérieur de la région métropolitaine de recensement, c'est sur l'île de Montréal que se concentre la majeure partie de la population libanaise (selon l'origine ethnique)[58]. Sur l'île de Montréal, c'est l'ancienne Ville de Montréal qui regroupait, en 1991, la majeure partie des Libanais puisque 38% des Libanais de la région métropolitaine de recensement de Montréal s'y trouvaient (ce qui représente 46,3% des Libanais vivant sur l'île de Montréal). Après l'ancienne Ville de Montréal, c'est dans l'ancienne Ville de Saint-Laurent que l'on retrouvait le plus de personnes d'origine libanaise avec 19,5% des Libanais vivant sur l'île de Montréal ou 16% des Libanais de la région métropolitaine de recensement de Montréal. Lorsqu'on examine les arrondissements de l'ancienne Ville de Montréal, c'est dans l'arrondissement de Ahuntsic-Cartierville que la présence libanaise est la plus forte. On y compte 44% des Libanais de l'ancienne ville, ce qui représente 16% des Libanais habitant la région métropolitaine de recensement de Montréal[59]. Outre une présence notable de Libanais dans ces secteurs, c'est la présence d'institutions libanaises autour du boulevard de l'Acadie[60] qui fait en sorte que cette partie de Montréal est souvent associée à la communauté libanaise. En effet, on trouve, le long de cette zone Nord-Sud, de nombreux commerces moyen-orientaux liés à l'industrie alimentaire (épiceries, boulangeries, pâtisseries, poissonneries, marchés de noix, entrepôts de grossistes, cafés, restaurants, etc.) ou aux services (cliniques médicales, agences de voyages, etc.).

 

La répartition confessionnelle des Libanais au Canada et au Québec

Puisque notre étude s'intéresse particulièrement au phénomène religieux, soulignons que les Libanais (selon l'origine ethnique) du Québec étaient, d'après le recensement de 1991, catholiques à 42,6% (13 160 personnes), orthodoxes à 27% (8 365 personnes), musulmans à 21,7% (6 715 personnes) et protestants à 8,7% (2 675 personnes)[61]. Le tableau III nous aidera à y voir plus clair :

 

Tableau III : Répartition confessionnelle des Libanais,
selon l'origine ethnique, au Québec en 1991

Confessions

Pourcentage de Libanais du Québec
(selon l'origine ethnique)

Catholiques

42,6

Orthodoxes

27,0

Musulmanes

21,7

Protestantes

8,7

 

En outre, si l'on regarde les chiffres concernant les Libanais selon le pays de naissance cette fois, et que l'on considère l'ensemble du Canada, le portrait change un peu. Le nombre de catholiques diminue pour représenter 33,3% de la population canado- libanaise (18 019 personnes), le pourcentage d'orthodoxes est à peu près stable avec 24,2% (13 105 personnes), le nombre de musulmans croît de manière sensible pour atteindre presque 30% (29,3%) (15 835 personnes), le nombre de protestants augmente aussi pour atteindre 10% (5 460). Au reste, deux nouvelles catégories apparaissent : la catégorie «autre» et la catégorie «sans aucune religion». La première compte 546 personnes, soit 1% de ces personnes recensées[62]. Enfin, 2% des Canado-libanais (nés au Liban) déclaraient n'appartenir à aucune religion (1 092 personnes)[63].

 

Profil socioéconomique de la communauté libanaise du Québec et du Canada

Le recensement de 1996 comporte d'autres données intéressantes. Par exemple, il nous apprend que les immigrants libanais du Canada sont généralement plus jeunes et plus instruits que la population née au Canada, qu'ils ont plus de chance de se retrouver dans la catégorie des travailleurs autonomes, qu'ils sont sur-représentés en génie, en mathématiques et en sciences pures en général. Les immigrants libanais du Canada ont aussi plus de chances de vivre avec leur conjoint que les autres immigrants et que la population née au Canada : on recense peu d'unions de fait et de familles monoparentales chez les immigrés libanais. De plus, ils ont plus de chance que les autres Canadiens de vivre avec des membres de leur famille immédiate. Ce dernier phénomène avait déjà été observé lors du recensement de 1991 où l'on s'était rendu compte qu'autant lorsqu'ils se trouvent au cœur de la vie active qu'à leur retraite, les immigrants libanais vivent en famille — seulement 10% des immigrés libanais de plus de 65 ans vivaient seuls en 1991.

Si l'on se fie aux données du recensement de 1991, les immigrants libanais du Canada gagnaient en moyenne 19 000 $, ce qui représente un montant inférieur à la moyenne canadienne (qui était de 23 700 $) et à la moyenne des immigrants au Canada (qui était de 25 300 $)[64]. Ces dernières données corroborent les recherches de l'anthropologue québécoise Sylvie Fortin qui démontrent que les familles libanaises avec enfant, récemment immigrées et vivant à Montréal, connaissaient au début des années quatre-vingt-dix de graves problèmes socioéconomiques. En effet, 83% des familles de l'échantillon de Fortin vivaient sous le seuil de la pauvreté et 60% sous le seuil de grande pauvreté[65].

Lorsqu'on sait qu'en 1986 les Canadiens d'origine libanaise avaient un revenu moyen plus élevé que les Canadiens d'origines britannique et française, il n'est pas exagéré de parler d'un certain appauvrissement de la communauté libanaise du Québec et du Canada. On peut tenter d'expliquer cet appauvrissement par la plus grande diversité socioéconomique des migrants libanais[66].

 

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Une revue des recherches récentes sur les immigrés libanais

La recherche de Sylvie Fortin a le mérite de démontrer les liens existant entre l'exclusion économique et l'exclusion sociale. Fortin rappelle que le manque d'expérience canadienne en emploi et la non-reconnaissance des diplômes étrangers font en sorte que beaucoup d'immigrants libanais n'arrivent pas à trouver leur place sur le marché du travail. Cette exclusion entraîne une situation économique précaire qui amène l'isolement social — du moins sur le plan de la perception. Le mouvement associatif — puisque relativement peu développé — ne peut apporter un soutien aux nouveaux immigrants libanais.

D'autres chercheurs partagent les conclusions de Fortin quant à la faiblesse du réseau associatif libanais — tous lient cette faiblesse aux nombreux clivages qui découpent les communautés libanaises du Québec et du Canada. Toutefois, si Fortin pense que les clivages résultent de différences socioéconomiques prémigratoires[67], les chercheurs canadiens Brian Aboud, Baha Abu-Laban et Nancy W. Jabbra[68] y voient également des divisions liées à d'autres facteurs dont : 1) le pays de naissance — Liban ou Egypte — des immigrants libanais 2) la région (parfois le village) d'origine ou de naissance des immigrés — Nord-Liban, Mont-Liban, Sud-Liban, etc. — 3) l'orientation idéologico-politique des immigrés — panarabistes, pansyrianistes, nationalistes libanais (avec toutes ses composantes : phalangistes, libéraux, nationalistes de gauche, etc.)... — et 4) l'affiliation confessionnelle.

Au sujet de l'affiliation confessionnelle, la discipline historique a récemment contribué à la compréhension de son importance en contexte migratoire. La recherche de maîtrise de Diane Moser[69] qui analyse, de 1905 à 1950, les registres de mariage des deux églises grecques orthodoxes (de rite antiochéen) de Montréal est, à ce propos, particulièrement intéressante dans la mesure où elle démontre une forte cohésion confessionnelle. En effet, Moser constate un haut taux d'endogamie ethno-confessionnelle : 84,6% des mariages sont endogames sur les plans ethnique (syro-libanais) et confessionnel (grecque orthodoxe de rite antiochéen). Par ailleurs, dans 48% des cas, la région d'origine des deux époux est la même et dans 12,4% des cas, les deux époux sont originaires de la même ville ou du même village (hometown). En outre, le mariage patrilinéaire est présent de façon significative (dans 6% des cas). Les mariages exogames, quant à eux, surviennent surtout vers la fin de la période étudiée (1939 à 1950) ce qui fait dire à l'auteure que l'exogamie indique le début de l'assimilation des deuxième et troisième générations. D'autant plus que la vaste majorité de ces mariages exogames (87%) n'unit pas des personnes d'origine arabe. Ces résultats ne surprennent pas l'auteure dans la mesure où elle considère que les trois piliers de la structure communautaire syro-libanaise sont : la religion, la famille et le village ou la ville d'origine (hometown). L'analyse des lieux de résidence des époux indique, en outre, une certaine concentration résidentielle chez les premiers immigrants dans le Vieux-Montréal où seront fondées les deux églises grecques orthodoxes. A partir des années trente, la plus forte concentration de syro-libanais de rite grec orthodoxe se déplace autour de l'angle des rues Saint-Denis et Jean-Talon où, dans les années quarante, les deux églises déménagent.

Une autre recherche récente — une maîtrise en sociologie cette fois — nous apporte des renseignements intéressants pour notre recherche. Le sociologue québécois Brian Aboud, dans son étude sur le réseau associatif arabe[70], a découvert une grande ambivalence dans la définition que ses informateurs libanais se faisaient de leur identité. Leur identité était, plus souvent qu'autrement, stratifiée par leurs affiliations confessionnelle, villageoise, régionale, politique, idéologique, nationale et supranationale.

En dépit d'une fâcheuse méconnaissance de la complexité des sociétés arabes[71], une étude récente s'intéressant à l'écologie urbaine démontre que la concentration résidentielle des arabes immigrés en 1989 n'est pas très forte. L'étude établit aussi que les immigrés, nés dans un pays arabe et qui assistent à des cérémonies religieuses fréquentées par des Arabes, augmentent leurs chances d'habiter dans un quartier ayant une certaine concentration ethnique arabe.

Encore plus récemment, un autre sociologue québécois, Paul Eid, s'est intéressé à l'identité ethnico-religieuse des cégépiens montréalais d'origine arabe[72]. Cette recherche doctorale a permis de faire ressortir que la religion demeure un marqueur identitaire très présent et fortement imbriqué à l'identité ethnique des cégépiens d'origine arabe interrogés par Eid. Par ailleurs, il semblerait qu'un grand nombre de ces collégiens perçoivent moins la religion comme un ensemble de prescriptions à suivre que comme une partie du bagage identitaire.

 

Les institutions libanaises à Montréal

Puisque notre mémoire porte sur l'identité confessionnelle des immigrants libanais de Montréal, il nous a semblé important de dire quelques mots sur les institutions libanaises de Montréal — en portant une attention toute particulière aux institutions religieuses. Malheureusement, nous ne possédons que peu d'information sur ces institutions. L'essentiel de cette information provient des entretiens que nous avons eus avec plusieurs responsables religieux. Ces données sont complétées par la monographie sur les Arabes du Canada rédigée par le sociologue canadien Baha Abu-Laban dans les années quatre-vingts[73]. Dans son ouvrage, Abu-Laban passe en revue quelques institutions arabes canadiennes. Il ressort de cette revue un foisonnement d'institutions, connaissant généralement une assez courte longévité. Les premières institutions développées à Montréal sont les institutions religieuses syro-libanaises — toutes chrétiennes à l'époque, en raison de la quasi-absence d'immigration syro-libanaise musulmane au Québec. Ainsi, au début du XXe siècle, Montréal comptait déjà deux paroisses grecques orthodoxes et une paroisse grecque catholique. Le cas des grecs orthodoxes est un peu particulier dans la mesure où la taille de la communauté ne justifiait pas la fondation de deux paroisses. Le dédoublement de paroisses survenu est plutôt lié à la présence d'un clivage au sein de cette communauté. Il provient du fait qu'une partie de cette communauté tenait à rester sous tutelle orthodoxe russe alors qu'une autre partie de la communauté pensait plutôt qu'il était temps de bâtir un pont avec le siège antiochéenne de l'Eglise. Il est important de noter que ce clivage n'aurait pas pu avoir lieu si les premiers immigrants syro-libanais n'avaient pas été appuyés par l'Eglise russe orthodoxe à leur arrivée à Montréal.

En effet, à la fin du XIXe siècle, l'Eglise orthodoxe russe a pris sous son aile les premiers fidèles grecs orthodoxes de langue arabe. Les premiers prêtres orthodoxes de langue arabe officièrent donc, à Montréal, dans des églises russes orthodoxes. Par voie de conséquence, ces prêtres relevaient alors de l'Evêque russe d'Alaska et de toute l'Amérique du Nord. Aussi, lorsque les Syro-Libanais de rite grec orthodoxe eurent amassé suffisamment d'argent pour construire leur propre église, on s'est demandé de quel patriarcat devait relever cette église. Une partie de la communauté préférait maintenir son allégeance à l'orthodoxie russe alors qu'une autre partie de la communauté estimait que la paroisse devait être rattachée au patriarcat de sa terre d'origine (patriarcat d'Antioche). Cette dispute encouragea donc la création de deux églises grecques orthodoxes à Montréal — les deux portant d'ailleurs le nom de St. Nicholas ! Cette querelle d'allégeance dura jusqu'en 1934, date à laquelle les deux églises grecques orthodoxes se rallièrent au patriarcat d'Antioche. En 1940, lorsqu'elle déménagea, la seconde église St. Nicholas prit alors le nom de St. George[74] pour sceller la fin des hostilités. En 1949, ce fut au tour de la paroisse St. Nicholas de déménager à l'angle des rues de Castelnau et St-Dominique. Depuis lors, elle occupe cet emplacement. En outre, depuis 1991, Montréal compte une troisième paroisse grecque orthodoxe avec la fondation de l'église de la Vierge Marie, sise au 120, boulevard Gouin Est. Contrairement aux deux autres paroisses où les messes se déroulent essentiellement en anglais, l'église de la Vierge Marie tient ses messes en arabe — elle témoigne ainsi du renouvellement de la population grecque orthodoxe de Montréal grâce aux récents flux migratoires libanais. Toutes les paroisses grecques orthodoxes (antiochéennes) de Montréal relèvent de l'archidiocèse du Canada et des Etats-Unis (qui a son siège dans l'Etat américain du New-Jersey).

L'Eglise grecque catholique de Montréal a connu, pour sa part, une histoire moins tourmentée. En communion de foi avec l'Eglise catholique romaine elle a profité, dès la fin du XIXe siècle, d'arrangements avec celle-ci pour permettre à ses fidèles d'avoir accès à un soutien pastoral. A titre d'exemple, les premiers prêtres grecs catholiques pouvaient officier la messe dans leur rite à l'église Notre-Dame-de-Bon-Secours[75]. La chapelle Notre-Dame-de-Lourdes et l'église Saint-Jacques (actuellement incorporée à l'Université du Québec à Montréal [ pavillon Judith-Jasmin ]) furent, un peu plus tard, utilisées par les prêtres melkites. Toutefois, en 1923, l'Eglise grecque catholique obtint sa propre église à Montréal en achetant une ancienne église anglicane, la Memorial Trinity Church (située au 329, rue Viger Est). Depuis 1980, l'Eglise grecque catholique montréalaise ne dépend plus de l'archevêché de Montréal. Aujourd'hui, Montréal est le siège de l'éparchie grecque catholique du Canada[76]. La cathédrale grecque catholique Saint-Sauveur ayant été vendue depuis près de deux ans, la communauté melkite cherche actuellement à acheter une nouvelle église. Il est bon de souligner qu'avant l'établissement de paroisses catholiques des autres rites orientaux, le clergé de l'Eglise grecque catholique a souvent servi d'officiant pour l'ensemble des catholiques orientaux (maronites, syriens catholiques, chaldéens…).

A ces églises grecques orthodoxes et grecques catholiques se sont greffées, au fil du temps, certaines organisations confessionnelles sociales ou caritatives. Quelques-unes de ces associations existent aujourd'hui encore. L'Eglise grecque catholique de Montréal a été particulièrement féconde en institutions de toutes sortes — sa plus belle réussite étant probablement la création en 1974 d'un centre communautaire très dynamique, le Centre communautaire et culturel Bois-de-Boulogne[77].

Même si de nombreux maronites font partie de la première immigration libanaise à Montréal, les fidèles de cette Eglise semblent avoir bien composé avec l'Eglise catholique romaine du Québec dans la mesure où il n'y a aucune trace de fondation d'église ou de paroisse maronite avant 1969 (date de la constitution de la paroisse Saint-Maron de Montréal). Ceci explique d'ailleurs pourquoi de nombreux maronites sont passés au rite latin au fil des années. D'ailleurs, d'après Abu-Laban, ils n'ont pas été les seuls à changer de rite. En effet, le sociologue souligne que de nombreux immigrants syro-libanais de la première heure sont passés d'une Eglise à l'autre (des grecs catholiques devenant grecs orthodoxes, des grecs orthodoxes devenant grecs catholiques, des maronites devenant grecs catholiques, etc.) quand ils n'ont pas été tout simplement absorbés par les paroisses protestantes et catholiques canadiennes. En 2001, la paroisse Saint-Maron a été fusionnée avec la seconde paroisse maronite, la paroisse Sainte-Odile (qui, de 1997 à 2001, partageait l'église Sainte-Odile de la rue de Salaberry avec une communauté catholique romaine), pour devenir l'éparchie Saint-Maron de Montréal. Ainsi, une cathédrale maronite a été aménagée — la cathédrale Saint-Maron de Montréal — dans une ancienne église catholique romaine, l'église Sainte-Madeleine-Sophie-Barat (sise au 10 755, rue Saint-Charles dans l'arrondissement Ahuntsic-Cartierville). La fusion des paroisses maronites n'a pas été sans soulever quelques mécontentements en raison de la suppression du service pastoral de l'ancienne paroisse Saint-Maron (longtemps localisée dans l'église catholique romaine Saint-Arsène, située au 1015, rue Bélanger dans le quartier de la Petite-Patrie). En outre, depuis 1985, les maronites de Montréal ont également accès à un monastère qui relève de l'Ordre libanais maronite (officiellement, l'Ordre antonien libanais des maronites). Le monastère Saint-Antoine-le-Grand loge dans une ancienne synagogue sise au 1330, avenue Ducharme à Outremont et est aussi sous la juridiction de l'éparchie de Montréal et constitue, par conséquent, une paroisse de plus.

En plus de ces grandes confessions chrétiennes libanaises, d'autres communautés confessionnelles possèdent des lieux de culte à Montréal[78]. Ainsi, depuis 1983 les arméniens catholiques possèdent leur propre église, Notre-Dame-de-Nareg de Montréal, située sur le boulevard de la Côte-Vertu dans l'arrondissent de Saint-Laurent. De 1966 à 1983, les arméniens catholiques de Montréal pouvaient assister aux messes de leur rite dans différentes églises louées à cette fin. Leurs frères orthodoxes possèdent, eux aussi, des institutions à Montréal. La plus connue est sûrement l'église apostolique arménienne Sourp Hagop située, depuis 1973, au 3401, rue Olivar Asselin. L'église Sourp Hagop était auparavant située au coin des rues St-Zotique et Jeanne-Mance. En déménageant, l'église s'est adjoint différents services (y compris une école). L'église Sourp Hagop est rattachée au Catholicossat de Sis (Antélias, Liban). Les arméniens orthodoxes de Montréal ont aussi accès à la cathédrale Saint-Grégoire-l'Illuminateur d'Outremont. Celle-ci ne relève pas du Catholicossat de Sis mais plutôt de celui d'Etchmiadzine (Arménie). Néanmoins, certains Libanais d'origine arménienne fréquentent cette institution.

Quant à eux, les coptes orthodoxes possèdent deux paroisses dans la région montréalaise (St. Mark et Saint-Joseph-et-Saint-Paul). La paroisse Saint-Joseph-et-Saint-Paul est la plus importante. Elle date de 1989 — elle a été une paroisse volante pendant près de dix ans avant d'emménager dans son bâtiment actuel, construit en 2000 et situé au 17 400 du boulevard Pierrefonds. Les coptes catholiques ont, eux aussi, un lieu de culte dans la région montréalaise. Il s'agit de l'église Notre-Dame-d'Egypte qui est située au 3569, boulevard Lévesque Ouest dans l'arrondissement de Chomedey à Laval.

Tout récemment, la communauté chaldéenne catholique de Montréal a fait l'acquisition d'un lieu de culte : l'église chaldéenne catholique des Saints-Martyrs-d'Orient sise au 44, rue Guizot Ouest. Avant 1996, c'est un maronite nommé par l'archevêché de Montréal qui répondait aux besoins pastoraux des chaldéens catholiques montréalais. Une autre Eglise de tradition syriaque, l'Eglise syriaque orthodoxe possède, elle aussi, une institution à Montréal : c'est une cathédrale située au 4375, boulevard Henri-Bourassa dans l'arrondissement de Saint-Laurent. En outre, depuis près d'un quart de siècle, un prêtre s'occupe des besoins pastoraux de cette petite communauté.

Enfin, pour compléter le paysage montréalais des confessions chrétiennes présentes au Liban, il faut aussi souligner le fait que la métropole compte trois églises réformées arabophones et deux églises protestantes arménophones : la Arabic Baptist Church of Montreal (située au 3060 du chemin de la Côte-Vertu) ; la Arabic Evangelical Church of Montreal, récemment installée dans la Côte-des-Neiges (au 3435, chemin de la Côte-Ste-Catherine) ; la Arabic Gospel Church (située au 1720, du boulevard Décarie dans l'arrondissement de Saint-Laurent) ; la Armenian Evangelical Church of Montreal et la First Armenian Evangelical Church.

Nous possédons beaucoup moins d'information sur les institutions musulmanes. A l'heure actuelle, aucun bâtiment montréalais n'a été construit pour servir de mosquée. Néanmoins, d'après une recherche récente menée par Julie Gagnon[79], Montréal compterait 42 lieux de culte sunnites et quatre chiites — plusieurs non officiels. Ces lieux de cultes sont aménagés dans des édifices industriels, commerciaux ou résidentiels. La plus ancienne des mosquées montréalaises (et québécoises) (1965) est logée dans le Islamic Centre of Quebec située dans l'arrondissement de Saint-Laurent mais n'est que très peu fréquentée par des musulmans libanais. En fait, étant donné le foisonnement de lieux de culte musulmans, leur instabilité et le manque de structure permanente, il est extrêmement difficile de dire quels sont les lieux de culte les plus fréquentés par les musulmans libanais de Montréal. Une seule mosquée montréalaise s'affiche comme étant libanaise. Il s'agit du Centre islamique libanais qui est situé au 40, rue de Port Royal Est (dans l'arrondissement Ahuntsic-Cartierville). Le centre — qui comprend une mosquée et un hall de réception — est logé dans une ancienne usine et attire surtout des musulmans chiites (duodécimains) libanais même s'il est ouvert aux autres branches de l'islam. Il est reconnu par les gouvernements du Québec et du Liban et peut ainsi célébrer des mariages musulmans. Nos recherches ne nous ont pas permis de localiser un lieu de culte pour les druzes de Montréal. Nous savons toutefois que les druzes ont mis sur pied une association druze pancanadienne dont le cœur est à Toronto. Il existe quelques écoles primaires musulmanes à Montréal (dont une chiite).

Si on s'intéresse aux associations non confessionnelles, on découvre que la première association laïque syro-libanaise de Montréal — The Syrian National Society of Canada — est apparue en 1919. Cette organisation est née dans le but de faire pression auprès du gouvernement canadien pour qu'il assouplisse ses politiques d'immigration restrictives à l'égard des Syro-Libanais. L'association lutta aussi avec succès contre une taxe scolaire spéciale que devaient alors payer les Syro-Libanais orthodoxes puisqu'ils n'étaient ni protestants ni catholiques !

Plusieurs autres associations non confessionnelles ont été mises sur pied par la suite. En 1933, quelques organisations laïques syro-libanaises se sont regroupées pour fonder la Syrian Canadian Association qui changea de nom un peu plus tard pour devenir la Lebanese Syrian Canadian Association[80]. Cette association existe toujours et possède un immeuble au 40, rue Jean-Talon Est. Son membership est surtout constitué par les descendants de la première immigration libanaise au Québec. A ce propos, notons que les dernières vagues d'immigration libanaise ne sont pas très intégrées à l'ancien appareil associatif libanais de Montréal. Néanmoins, les vingt dernières années ont vu l'éclosion d'un nombre impressionnant d'associations libanaises de toutes sortes — regroupements à saveur politique, caritatives, associations d'étudiants, d'hommes d'affaires, de scientifiques, etc.

 

Notes

34 L'utilisation du terme communauté est très commode pour simplifier l'écriture mais donne à penser à un tout articulé et organisé, ce qui ne semble pas être le cas des Libanais de Montréal. Aussi, nous utiliserons ce terme en italique pour souligner son côté artificiel.

35 Le terme diaspora même si largement utilisé est, à notre avis, dépassé dans la mesure où le désir / l'intention de retour des différents groupes issus de l'immigration, du moins en Amérique du Nord, est pour le moins érodé. Aussi nous éviterons d'utiliser ce terme.

36 Owen est actuellement le directeur du programme de Arab Studies de la Harvard University (Etats-Unis). Roger OWEN. «Lebanese Migration in the Context of World Population Movements» in The Lebanese in the World, A Century of Immigration, Londres, The Centre for Lebanese Studies et les Ed. I. B. Tauris, 1992, p. 33-40.

37 Les travaux de Labaki s'inscrivent dans le courant de l'histoire économique et sociale (l'Ecole des Annales).

38 Cette estimation est conservatrice. La démographie libanaise ayant des conséquences politiques immenses, il faut être extrêmement vigilant lorsqu'on évoque des chiffres, surtout lorsqu'il s'agit d'estimations. Par exemple, pour d'autres auteurs, les Libanais de l'étranger et leurs descendants seraient au delà de 18 millions… Boutros LABAKI. «L'émigration depuis la fin des guerres à l'intérieur du Liban (1990-1998)», Travaux et Jours, no 61, printemps 1998, p. 81.

39 L'approche assimilationiste ou straight-line theory prédisait la disparition des traits ethniques chez les groupes issus de l'immigration à condition que la société d'accueil accorde une place à ceux-ci et que des «stigmates somatiques» n'empêchent pas la disparition de marqueurs de différenciation. L'utilisation du mot «stigmate» démontre assez l'esprit de cette approche bulldozer et foncièrement ethnocentrique. C'est Isaacs qui en 1977 a le premier utilisé ce terme. Cette approche découle de la vision pathologique de l'immigration développée par l'Ecole de Chicago. Cette approche a été mise en brèche par les études récentes qui démontrent clairement que les groupes issus de l'immigration maintiennent certaines particularités même après plusieurs générations d'installation en Amérique du Nord. Cf. : Robert E. PARK et Ernest W. BURGESS. Introduction to the Science of Sociology, Chicago, The University of Chicago Press, 1924.; Milton. M. GORDON. Assimilation in American Life: The Role of Race, Religion, and National Origins, New York, Oxford University Press, 1964. ; Martin BULMER. The Chicago School of Sociology: Institutionalization, Diversity, and the Rise of Sociological Research, Chicago,.University of Chicago Press, 1984.

40 Le terme filiopietism n'existe pas en français. C'est un mot anglais que nous avons francisé. Le mot anglais filiopietism dérive, quant à lui, du mot anglais filiopietistic qui signifie vénérer de façon excessive ses ancêtres. En histoire, ce terme a été pour la première fois utilisé au Canada par Roberto Perin dans un article dénonçant le manque de rigueur d'un grand nombre de recherches en histoire ethnique. Perin y fustigeait la tendance qu'avaient ces études à faire systématiquement l'apologie du groupe étudié et de sa réussite tout en omettant, la plupart du temps, le contexte historique de la société d'accueil. Cf. Roberto PERIN. «Clio as an Ethnic: The Third Force in Canadian Historiography», Canadian Historical Review, vol. LXIV, no4, décembre 1983, p. 447-460.

41 Avant 1920 et l'instauration de l'Etat du Grand-Liban (traité de Sèvres), il est difficile de parler d'émigration / d'immigration libanaise puisque le Liban et la Syrie sont alors divisés en plusieurs territoires administrés, de près ou de loin, par des dirigeants nommés ou reconnus par la direction de l'Empire ottoman.

42 Ici, il est aussi important de souligner que sans être à proprement parler un pays d'immigration, le Liban a historiquement reçu beaucoup d'immigrants et de réfugiés (Arméniens fuyant les persécutions turques, chrétiens de Syrie, d'Irak, de Turquie, Polonais, Kurdes, Palestiniens, etc.). Ces mouvements ont souvent permis un bilan migratoire positif. Même si cette tradition d'accueil demeure, le bilan migratoire est depuis longtemps déficitaire.

43 Les chercheurs ne s'entendent pas en ce qui a trait aux grandes périodes migratoires et plusieurs occultent la première. Nous prenons ici les divisions du chercheur anglais Albert Hourani. D'origine libanaise, Hourani est un des pionniers de l'étude de l'émigration / immigration libanaise. Après une carrière en diplomatie pour le compte de la Grande-Bretagne, celui-ci a entrepris une brillante carrière universitaire : il a contribué à la fondation du Centre for Lebanese Studies, associé au Middle East Centre du St. Antony's College (Oxford, Royaume-Uni) dont il a longtemps été le directeur. Ses nombreux travaux sur le Moyen-Orient s'inscrivent dans une approche d'anthropologie culturelle et sociale. Pour la périodisation des mouvements migratoires, nous faisons ici référence à : Albert HOURANI. «Introduction», in The Lebanese in the World, A Century of Immigration, Londres, The Centre for Lebanese Studies et les Ed. I. B. Tauris, 1992, p. 312.

44 Baha Abu-Laban citant les données de Elias Karam : Baha ABU-LABAN. La Présence arabe au Canada, Ottawa, Le Cercle du livre de France-Secrétariat d'Etat du gouvernement du Canada-Centre d'édition du gouvernement du Canada, 1981, p. 55, citant : KARAM, Elias. «Syrian Immigration to Canada», in Elias KARAM Edition, The Syrian Canadian National Review, Ottawa, 1935, p. 19.

45 Dominique Chevalier est une spécialiste de l'histoire du monde arabe et musulman. Il était professeur émérite à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV). Il a été le directeur de thèse de Boutros Labaki dont les travaux sont, en quelque sorte, le prolongement des recherches libanaises de Chevalier. Dominique CHEVALIER. La Société du mont Liban à l'époque de la révolution industrielle en Europe, coll. Bibliothèque archéologique et histoire, t. 91, Paris, P. Geurhner, 1971, 316 p.; Boutros LABAKI. «L'émigration libanaise en fin de période ottomane (1850-1914)», in Hannon, vol. XIX, 1987; LABAKI, Boutros. Introduction à l'histoire économique du Liban, Soie et commerce extérieur en fin de période ottomane (1840-1914), Beyrouth, Librairie orientale, 1984, 433 p.

46 Ces restrictions concernaient principalement les immigrants originaires de Chine mais elles ont été appliquées, la plupart du temps, à l'ensemble des personnes originaires du continent asiatique.

47 Op. cit., Boutros LABAKI. «L'émigration depuis la fin des guerres à l'intérieur du Liban (1990-1998)»… p. 81-123; LABAKI, Boutros et Khalil ABOU-RJEILY. Bilan des guerres du Liban (1975-1990), L'Harmattan, 2e édition, 1996, 255 p.; LABAKI, Boutros. «Lebanese Emigration during the War (1975-1989)», in The Lebanese in the World, A Century of Immigration, Londres, The Centre for Lebanese Studies et les Ed. I. B. Tauris, 1992, p. 605-626.

48 C'est le sociologue Harvey Choldin, aujourd'hui professeur à la University of Illinois (Urbana-Champaign), qui proposa le premier, dans les années soixante-dix, le concept de chaîne migratoire. Ce concept a été largement utilisé depuis. Cf. : Harvey M.CHOLDIN, «Kinship Networks in the Migration Process», International Migration Review, 1973, vol. 7, p 163-175.

49 H. BURNLEY. «Lebanese Migration and Settlement in Sydney, Australia», International Migration Review, vol. 16, no 1, printemps-hiver 1987, p. 103-131.

50 Ahmad BAYDOUN. «Bint-Jbeil, Michigan suivi de (ou poursuivi par) Bint-Jbeil, Liban», Maghreb, Machrek, no 128, juillet-août 1989, p. 19-39.

51 Diane MOSER. Hometown and Family Ties: The Marriage Registers of the Lebanese Syrian Orthodoxe Churches of Montreal, 1905-1950, mémoire de maîtrise en histoire, Montréal, Université McGill, 1990, p. 75-79.

52 Brian Aboud fait actuellement une analyse comparative entre les politiques d'immigration canadiennes et australiennes à l'égard des communautés arabes (thèse). Récemment élaborés : Paul EID. Ethnic and Religious Identity Retention Amoung Second-Generation Arab Youth in Montreal, thèse de doctorat en sociologie, University of Toronto, 2002, 312 p.; Josiane LE GALL. La Participation des femmes au processus de migration transnationale familiale. Le cas des Shi'ites libanais à Montréal, thèse en anthropologie, Montréal, Université de Montréal, 2001, 390 p.; Diane MOSER. Hometown and Family Ties: The Marriage Registers of the Lebanese Syrian Orthodoxe Churches of Montreal, 1905-1950, mémoire de maîtrise en histoire, Montréal, Université McGill, 1990, 125 p.; Brian ABOUD. Community Associations and their Relations with the State. The Case of the Arab Associative Network of Montreal, mémoire de maîtrise en sociologie, Montréal, Université du Québec à Montréal, 1992, 245 p.; Liliane SAYEGH. Immigration, acculturation et santé mentale : les Libanais à Montréal, Montréal, Université de Montréal, thèse de psychologie, 1992, 192 p.; Sylvie FORTIN. Les Libanais d'immigration récente à Montréal : insertion ou exclusion, mémoire de maîtrise en anthropologie, Montréal, Université de Montréal, 1995, 160 p.; Chantal GOYETTE. L'établissement résidentiel des nouveaux immigrants arabes : un processus de regroupement ethnique, Montréal, mémoire de sociologie, Université de Montréal, 2000, 92 p.; Rony J. KASTOUN. Culture change and the consumption of basic foods: The case of Lebanese-Canadians, Montréal, mémoire en marketing, Université Concordia, 2000, 214 p.; Micheline LABELLE et al. Intégration économique. Le discours de leaders d'origine libanaise de la région de Montréal , Montréal, Centre de recherche sur les relations interethniques et le racisme (CRRIR), 1993, 86 p.

53 Paul-André LINTEAU. «Les Minorités ethnoculturelles dans l'historiographie québécoise», in Beatrice BAGOLA (dir.). Le Québec et ses minorités, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 2000, p. 143-155.; Sylvie TASCHEREAU. «L'histoire de l'immigration au Québec : une invitation à fuir les ghettos», Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 41, no 4, printemps 1988, p. 575-589.

54 A moins d'un avis contraire, les données que nous citons proviennent de trois sources : 1) des sites Web de Statistique Canada et de Citoyenneté et Immigration Canada (qui tirent leurs chiffres des recensements canadiens : www.statcan.ca/start_f.html et www.cic.gc.ca/francais/index.html [tous les deux consultés en novembre 2002]); 2) d'une publication du gouvernement canadien (trouvée uniquement en anglais) : Canada, Minister of Supply and Services, Immigration Research Series, Profiles : Lebanon, Ottawa, Minister of Supply and Services, 1996. et 3) d'une publication du ministère des Affaires internationales, des Communautés culturelles et de l'Immigration : Québec, Ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration. Profil des communautés culturelles du Québec, Québec, ministère des Affaires internationales, des Communautés culturelles et de l'Immigration et Les Publications du Québec, 1991, p. 35-48.

55 Les données du recensement ont par contre le défaut de ne pas nous instruire sur les nombreux Libanais détenant la citoyenneté canadienne mais vivant entre le Canada et le Liban et qui, par conséquent, ne sont pas toujours présents lors du recensement. Enfin, pour connaître le nombre exact de Libanais possédant la citoyenneté canadienne, il faudrait ajouter tous les Libano-Canadiens qui sont retournés au Liban (ou se sont installés ailleurs). Les Libanais résidant au Liban sont nombreux à détenir plus d'une nationalité. La guerre et les nombreuses falsifications de passeports libanais (et la dépréciation qui en a découlé) ont favorisé une inflation dans la quête d'une citoyenneté reconnue sur le plan international, nécessaire à tous ceux qui doivent ou veulent voyager. A ce propos, dans une interview qu'il donnait au journal L'Orient-Le Jour (le 13 mars 1996), l'ambassadeur du Canada au Liban, M. Daniel Marchand, affirmait que «40 000 Libanos-Canadiens sont revenus à Beyrouth» depuis la fin des hostilités. L'article ne dit pas sur quoi sont basées les estimations de l'ambassadeur. D'autre part, selon les estimations du Consulat général du Liban au Québec (Montréal), près de 250 000 Libanais résident à Montréal. Près de 45 000 d'entre eux sont rentrés au Liban entre 1993 et 1998, juste après l'obtention de la citoyenneté, mais 25 000 d'entre ceux-là sont repartis vivre définitivement au Canada en raison de la difficile situation économique libanaise. Ces dernières estimations sont tirées d'un article de Rania Massoud paru dans L'Orient-Le Jour du lundi 28 octobre 2002.

56 Il est important de noter que Statistique Canada établit ses propres définitions géographiques (dans un jargon pas toujours très compréhensible où aucune limite géographique n'est explicitée). Chose certaine, les régions métropolitaines de recensement n'épousent pas les limites municipales. Elles sont plutôt constituées autour de villes de plus de 100 000 habitants mais en incluant aussi banlieue et communautés rurales proches, sélectionnées selon une analyse des déplacements. A titre d'exemple, en 1996, la RMR de Montréal était composée de 111 municipalités répondant à ces critères d'unité.

57 Ces données sont tirées de la thèse de Josiane Le Gall. Le Gall y cite un document intitulé «Source collection statistique et indicateur, no 6.». Nous n'avons jamais réussi à mettre la main sur ce document que nous présumons émaner de Statistique Canada. CF. Op. cit., Josiane LE GALL. La Participation des femmes au processus de migration transnationale familiale… p. 115.

58 Ces données nous ont encouragés d'ailleurs, à nous restreindre à l'île de Montréal dans la recherche d'informateurs.

59 Ici aussi les données sont tirées de la thèse de Josiane Le Gall qui cite de façon incomplète un document intitulé : «Collection statistique et indicateur, no 12, Localisation des populations immigrées et ethnoculturelles dans la région métropolitaine de recensement de Montréal». Nous n'avons pas réussi à mettre la main sur ce document. Op. cit., Josiane LE GALL. La Participation des femmes au processus de migration transnationale familiale… p. 116.

60 Le boulevard de l'Acadie traverse les arrondissements de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension (dans le quartier de Parc-Extension mais à son extrémité Ouest qui borde le nouvel arrondissement de Mont-Royal) et de Ahuntsic-Cartierville (dans le secteur de Cartierville mais la limite avec le nouvel arrondissement de Saint-Laurent n'est jamais très loin à l'Ouest — ce sont l'autoroute 15 et la ligne de trains de banlieue Montréal-Deux-Montagnes qui séparent les deux territoires).

61 Ces données sont tirées de : Brian ABOUD et al. Profils des communautés culturelles du Québec, ministère des Affaires internationales, de l'Immigration et des Communautés culturelles, Ste-Foy, Direction des communications, Les Publications du Québec, Ville de Montréal et Edition Mise à jour, 1995, p. 381. Dans ce document, les auteurs affirment que les données sont tirées du recensement canadien de 1991, de compilations spéciales du MAIICC (ministère des Affaires internationales, de l'Immigration et des Communautés culturelles [ aujourd'hui deux ministères sont issus de cet ancien ministère : le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration et le ministère des Relations internationales ]) et de données de la Ville de Montréal. Quoi qu'il en soit, il est clair que ces données ignorent la spécificité religieuse de la société libanaise. Aussi, ces découpages canadiens sont très imprécis lorsqu'il s'agit des Libanais. Par exemple, la rubrique catholique aurait dû se subdiviser en sept pour permettre une meilleure cartographie des rites catholiques présents au Liban; la catégorie orthodoxe en six et la catégorique islamique en quatre ou cinq… (Nous préciserons les différentes confessions libanaises un peu plus loin dans ce chapitre.)

62 On peut penser que certains druzes ne se reconnaissant pas dans la catégorie «musulman» ont choisi cette catégorie.

63 Josiane Le Gall citant Profil des immigrants du Liban, Citoyenneté et Immigration Canada, 1996 : Op.cit., Josiane LE GALL. La Participation des femmes au processus de migration transnationale familiale…p. 111.

64 Il s'agit ici du revenu moyen des particuliers de 15 ans et plus.

65 Cela dit, on peut penser que les caractéristiques de l'échantillon de Fortin contribuent à noircir le tableau — quartiers ou ville moins nantis (Côtes-des-Neiges, Cartierville et Ville Saint-Laurent); familles avec enfant en bas âge et récemment immigrées; étude faite en période économique difficile… Sylvie FORTIN. Les Libanais d'immigration récente à Montréal : insertion ou exclusion, mémoire de maîtrise en anthropologie, Montréal, Université de Montréal, 1995, p. 100.

66 Pour 1986, nous faisons référence aux données compilées, à partir du recensement de 1986, par le professeur Baha Abu-Laban. Abu-Laban est un des premiers chercheurs canadiens à s'être intéressé à l'immigration arabe au pays. Il dirige le Prairie Centre of Excellence for Research on Immigration and Integration (Edmonton). Op. cit., Baha ABU-LABAN. La Présence arabe au Canada…p. 121-132.

67 C'est du moins l'hypothèse qu'a soulevée la chercheuse lors d'une conversation avec nous.

68 Op. cit., Brian ABOUD. Community Associations and their Relations with the State.; Op. cit., Baha ABU-LABAN. La Présence arabe au Canada, Ottawa… p. 121-132.; Nancy W. JABBRA. «Community Politics and Ethnicity Among Lebanese in Nova Scotia», Canadian Review of Sociology and Anthropology, vol. 21, no 4, 1984, p. 449-465.; Nancy W. JABBRA. «Politics and Acceptance : the Lebanese in Canada's Maritime Provinces», Canadian Ethnic Studies, vol. 29, no1, 1997, p. 99-118.

69 Diane MOSER. Hometown and Family Ties: The Marriage Registers of the Lebanese Syrian Orthodoxe Churches of Montreal, 1905-1950, mémoire de maîtrise (histoire), Montréal, Université McGill, 1990, 125 p.

70 Op. cit., Brian ABOUD. Community Associations and their Relations with the State...

71 L'auteure affirme par exemple qu'Israël est un pays arabe ! Elle considère dans sa recherche uniquement deux religions, la catholique romaine ou l'islamique. Les catholiques romains (rite latin) du monde arabe sont extrêmement rares (les catholiques du monde arabe se retrouvent majoritairement dans les Eglises uniates et dans l'Eglise maronite qui ne sont pas de rite latin). Qui plus est, l'auteure oublie ainsi tous les chrétiens des différentes confessions orthodoxes (la majorité des chrétiens arabes !). Elle ne tient pas compte des différentes branches de l'islam (sunnite, chiite, druze, alaouite, etc.). Cf. : Op. cit., Chantal GOYETTE. L'établissement résidentiel des nouveaux immigrants arabes : un processus de regroupement ethnique…

72 Op. cit., Paul EID. Ethnic and Religious Identity Retention Among Second-Generation Arab Youth in Montreal... Eid a divisé son groupe selon les grands regroupements religieux : chrétien ou musulman. Ainsi, il ne tient pas compte des sous-groupes confessionnels (chiite, druze, grec orthodoxe, maronite, sunnite…).

73 Op. cit., Baha ABU-LABAN. La Présence arabe au Canada… p. 135-168.

74 L'église St. George est sise au 555-575, rue Jean-Talon Est. C'est une très belle église d'inspiration byzantine et catholique romaine. La décoration intérieure est l'œuvre d'Emmanuel Briffa. Décorateur prolifique, Briffa a notamment travaillé à la décoration du Théâtre Rialto de Montréal en plus d'être l'auteur des murales qui ornent les salles de la bibliothèque du Parlement fédéral d'Ottawa. Lorsqu'elle se nommait encore St. Nicholas Syrian Orthodox Church of Montreal, l'église était aménagée dans une ancienne usine abandonnée située au 270, rue Vitré Est.

75 La chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours est sise au 400, rue Saint-Paul Est dans l'actuel Vieux-Montréal. Fondée par Marguerite Bourgeoys, elle est une des plus vieilles églises de Montréal : le bâtiment actuel date de 1771. Il a été reconstruit sur le site de la première chapelle de pierres (érigée en 1675) qui a brûlé en 1754.

76 L'éparchie est l'équivalent du diocèse dans les Eglises orientales. La résidence de l'archevêque grec catholique du Canada est sise dans une demeure bourgeoise du 34, avenue Maplewood à Outremont.

77 Le centre est situé au 10 025, boulevard de l'Acadie (au coin de la rue du Liban).

78 Toutes ces confessions ne regroupent pas que des fidèles d'origine libanaise. Les fidèles d'origine libanaise y sont, parfois même, minoritaires.

79 D'après une communication donnée par Julie Gagnon (INRS-Urbanisation) lors du 4e Colloque pour étudiants et jeunes diplômés du Centre d'études ethniques des universités montréalaises (Ceetum) tenu le 21 février 2002.

80 L'association jongle actuellement avec l'idée de changer, encore une fois, de nom pour laisser tomber le terme syrien.

 

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CONCLUSION

Il importe de garder présent à l'esprit qu'au Liban, la société est divisée en plusieurs communautés confessionnelles qui sont considérées par l'Etat comme des groupes auxquels chaque citoyen se doit d'être relié. Cette organisation du pouvoir politique en fonction de l'affiliation confessionnelle est un phénomène qui prend sa source au milieu du XIXe siècle et qui ne cesse de se complexifier en dépit des risques qu'il fait peser sur la stabilité de l'Etat. Cette organisation politique a aussi son pendant juridique qui fait en sorte que chaque communauté confessionnelle possède ses propres lois en matière de statut personnel et de lois civiles. Ce système, couplé à une histoire spécifique pour chacune des communautés confessionnelles, est venu renforcer la part du religieux dans la définition de l'identité libanaise.

A Montréal, la communauté libanaise est issue d'un phénomène séculaire — les migrations libanaises à destination de l'étranger — et, par conséquent, ses assises historiques sont anciennes (fin du XIXe siècle) même si elle demeure très active et en développement puisque la majeure partie de ses membres est d'installation plutôt récente — du fait d'une recrudescence de l'immigration libanaise au cours des dernières décennies.

Sur le plan scientifique, nous nous souviendrons que, depuis peu, les Libanais de Montréal ont suscité des recherches qui nous permettent d'entrevoir que c'est une communauté diversifiée et plutôt éclatée. D'abord constituée de paysans chrétiens puis d'immigrants plutôt instruits, la communauté libanaise est devenue une communauté aisée, avant de connaître, depuis peu, un accroissement de situations précaires en son sein. Cette plus grande précarité est peut-être liée à un autre phénomène récent : une diversification du profil de ses membres — on y rencontre aujourd'hui des Libanais de toutes confessions, originaires de toutes les régions libanaises et issus de toutes les classes sociales.

Si cette revue de la littérature nous a permis de dresser un portrait statistique et socio-économique assez juste de la communauté libanaise de Montréal, de connaître les différents flux migratoires libanais et d'avoir un aperçu sur les motifs qui ont contribué à les alimenter, en revanche, nous ne possédons que des données incomplètes et peu fiables sur la structuration de l'identité des Libanais de Montréal. A propos de la structuration de l'identité et de l'importance que joue l'affiliation confessionnelle, nous ne possédons aucune donnée fiable. Toutefois, nous avons quelques indices importants. Ainsi, nous savons que les Libanais de Montréal sont majoritairement chrétiens et que, parmi les chrétiens, la majorité est catholique. En outre, nous savons que Montréal compte plusieurs institutions religieuses desservant les différentes confessions présentes au Liban — certaines de ces institutions sont séculaires, d'autres, plus nombreuses, sont toutes récentes et sont encore en période de structuration. Nous savons aussi que les premiers Syro-Libanais de Montréal avaient une propension à l'endogamie ethnico-confessionnelle et qu'ils connaissaient une forme de regroupement spatial dans certains quartiers de Montréal (du moins si on se fie à la recherche de Moser faite sur les Syro-Libanais grecs orthodoxes de Montréal). Toutefois, les observations de Moser s'appliquent à la période comprise entre 1905 et 1950 et il y a tout lieu de croire que cette cohésion ethnico-confessionnelle n'est pas aussi marquée aujourd'hui. Les recherches de Eid sont un autre indice, plus récent, de l'importance que peut prendre l'affiliation religieuse. Cependant, la recherche de Eid s'intéresse à l'ensemble du groupe arabe et ne tient pas compte des sous-groupes confessionnels. Il est donc difficile d'en tirer des conclusions précises sur l'identité confessionnelle des Libanais de Montréal. Enfin, la recherche de Aboud semble nous indiquer qu'il existe beaucoup d'ambivalence dans la structuration de l'identité des Arabes de Montréal. Encore ici, ces observations nous renseignent sur le groupe arabe dans son ensemble — alors il est difficile de les extrapoler aux seuls Libanais — et l'ambivalence évoquée se rapporte plus aux identités ethniques et nationales qu'à l'affiliation confessionnelle à proprement parler.

 

>>> CHAPITRE II : MÉTHODOLOGIE, PROFIL DES INFORMATEURS ET BRÈVE ANALYSE DES ITINÉRAIRES

Karim Lebnan

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