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Université de Montréal Département d'histoire Faculté des arts et des sciences Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l'obtention du grade de Maître ès arts (M.A.). |
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Karim Lebnan is born in Quebec to a Lebanese father and a French Canadian mother, Karim Lebnan attended classes for one year at the Institute for Scene Art and Audio-visual Studies (IESAV) at the Saint-Joseph University in Beirut before studying Movie making at the University of Montreal (B.A.) After a few years of working in movies, he took back studying to obtain a Master degree at the History department at the University of Montreal. His research on the Lebanese community in Montreal is partly inspired by Quebec studies on ethnic identity (in particular the works of ethnologists Deirdre Meintel and Ignaki Olazabal) and on the other hand, by the told story. Father of two kids, Karim Lebnan lives presently in Montreal. contact Karim Lebnan est né au Québec de père libanais et de mère québécoise, Karim Lebnan a étudié une année à l'Institut des Études scéniques et Audiovisuelles (IESAV) de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth avant de poursuivre ses études en cinéma à l'Université de Montréal (B.A.). Après quelques années de travail en cinéma, il reprend les études pour compléter une maîtrise au Département d'histoire de l'Université de Montréal. Sa recherche sur les Libanais de Montréal s'inspire, d'une part, de la démarche des nouvelles études québécoises sur l'identité ethnique — notamment les travaux des ethnologues Deirdre Meintel et Ignaki Olazabal — et, d'autre part, de l'histoire orale. Père de deux enfants, Karim Lebnan vit actuellement à Montréal. contact |
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| CHAPITRE II : METHODOLOGIE, PROFIL DES INFORMATEURS ET BRÈVE ANALYSE DES ITINERAIRES | ||||||||||||||||||
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Avant d'entreprendre l'analyse des entrevues, nous avons jugé bon de présenter la méthodologie utilisée dans cette enquête d'histoire orale. Pour ce faire, nous décrivons, d'abord, le cheminement qui nous a amené à choisir cette approche. Il nous paraissait également nécessaire d'expliquer un peu «la cuisine» autour de cette méthodologie. C'est pourquoi, après avoir dit quelques mots sur l'utilisation des sources orales en histoire, nous explicitons trois aspects centraux de notre démarche : le recrutement des informateurs, la construction du canevas d'entretien et le déroulement des entretiens. Nous dressons ensuite un portrait des itinéraires parcourus par nos interviewés. Le choix de cette présentation découle de la grande diversité rencontrée dans les parcours de ces personnes. Il nous a semblé difficile de réduire ces itinéraires touffus et singuliers à quelques remarques généralisantes. Ce constat nous a amené à réfléchir sur la meilleure manière de rendre compte des vies qui nous ont été livrées lors de notre enquête. Comment faire passer par l'écrit, les regards, les intonations de la voix, les moments d'émotions, les agacements, les emportements, les rires gênés ou détendus ? Comment traduire les allers et les retours de toute une vie, les piétinements, les rêves et les déceptions ? Le moyen choisi, bien imparfait, consiste à présenter un bref portrait de chacune des personnes interrogées. Ce portrait est aussi motivé par un souci de clarté lors de la lecture : puisque les prénoms des personnes interviewées (prénoms d'emprunt évidemment) reviendront souvent, nous nous sommes rendu compte que la lecture est plus dégagée lorsqu'on a une idée du profil de chacun. Dans ce chapitre, nous établissons enfin un portrait de groupe en lien avec un ensemble de caractéristiques qui permettent de rendre compte d'aspects fondamentaux du profil et des itinéraires des personnes rencontrées, parmi lesquelles : le lieu de naissance; l'expérience de la guerre; l'origine ethnique et sociale; la scolarisation, l'expérience professionnelle et l'appartenance sociale; les langues parlées et les parcours migratoires. |
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| METHODOLOGIE | ||||||||||||||||||
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«Examiner» l'identité d'une personne n'est pas une chose aisée. Trouver comment et à quoi une personne s'identifie n'est pas simple. D'autant plus que nous avions la conviction qu'en nous intéressant à l'identité des Libanais de Montréal, nous allions découvrir une identité complexe. Cette conviction n'était pas qu'intuitive, elle s'appuyait aussi sur la lecture de plusieurs recherches récentes sur l'ethnicité — recherches menées par des ethnologues québécois et qui sont venues requestionner notre façon d'aborder les problématiques identitaires dans la mesure où elles tendent à démontrer que les identités ne sont pas figées mais se remodèlent constamment, se renégocient continuellement en fonction de plusieurs paramètres[81].
Une démarche d'histoire orale s'inspirant de l'approche ethnologique Puisque nous prévoyions découvrir une identité complexe, nous avions besoin d'une approche très fine pour pouvoir circonscrire notre objet de recherche. La méthode d'investigation choisie se devait de permettre à la personne interviewée d'exprimer le plus clairement et le plus librement possible sa pensée. En conséquence l'approche qualitative nous a semblé, très rapidement, être la méthodologie la plus appropriée. En effet, il nous fallait une approche nuancée afin de bien comprendre les mécanismes d'identification. C'est pourquoi nous avons choisi de faire une enquête de terrain de type qualitatif à partir d'entretiens semi-directifs. Les mécanismes d'identification étant des phénomènes assez intimes, notre démarche devait nous permettre d'entrer dans le monde des informateurs d'une façon relativement intime. Seuls des entretiens nous semblaient permettre de sonder avec autant d'acuité les «représentations mentales» des immigrants libanais de Montréal. Evidemment, en nous intéressant à un objet aussi évanescent, nous nous sommes un peu éloignés de l'utilisation habituelle que les historiens font des sources orales (utilisation plutôt axée sur une recherche factuelle). Aussi, avant d'expliquer à proprement parler notre approche, il nous paraît important de justifier pourquoi nous avons sciemment négligé d'exploiter d'autres sources qualitatives plus généralement utilisées en histoire. Nous n'avons pas cru nécessaire d'éplucher les archives et la correspondance des religieux des temples liés aux confessions des immigrants libanais de Montréal, pour plusieurs raisons. D'abord, soulignons que ces sources sont extrêmement éparpillées — lorsqu'elles existent, ce qui n'est pas le cas pour la plupart des lieux de cultes musulmans (en raison de leur nouveauté). Elles sont souvent mal tenues et surtout elles ne portent guère sur la question de l'identification confessionnelle. De même, nous n'avons pas retenu les journaux de langue arabe, édités à partir de Montréal, comme une source valable : leur extrême diversité, leur prétention panarabiste, leur affiliation idéologique bien connue et leur focalisation excessive sur les questions de politique moyen-orientale les discréditaient comme sources valables pour notre sujet d'étude. C'est d'ailleurs dans ce même esprit que nous n'avons pas choisi les membres des clergés chrétiens et musulmans comme informateurs potentiels lorsqu'il a fallu sonder l'identité confessionnelle. Nous étions trop conscients du danger, en ce faisant, de construire un objet complètement coupé de la réalité de la majeure partie des immigrants libanais de Montréal. Notons aussi que les sources écrites ont également été écartées en raison de notre connaissance fort limitée de la langue arabe littéraire. En écartant ces sources classiques, il nous a fallu adapter quelque peu notre approche méthodologique. Ainsi, il nous a semblé judicieux de nous inspirer des réflexions de nombreux anthropologues sur la source orale. A ce propos, il est intéressant de souligner que nous avons, en quelque sorte, refait le mouvement que la discipline historique a accompli bien avant nous lorsqu'elle s'est réapproprié les sources orales. En effet, si les sources orales font aujourd'hui partie des sources acceptables de la discipline historique, c'est parce que l'histoire s'est permis de faire cet emprunt à d'autres disciplines (où la source orale avait déjà réussi à se tailler une place). A cet égard, de nombreux auteurs pensent que l'utilisation par les sociologues de l'école de Chicago des témoignages oraux, dès les années vingt, est déterminante dans l'élaboration du cadre conceptuel et méthodologique de ce que deviendra l'histoire orale[82]. Par ailleurs, si, d'une certaine manière, l'histoire orale est fille de la sociologie, elle doit aussi beaucoup à l'anthropologie. Au demeurant, les historiens (et théoriciens de l'histoire orale) Paul Thompson, Gaston Pineau et Jean-Louis Le Grand rappellent que l'utilisation des sources orales par de nombreux anthropologues, dans l'entre-deux-guerres, a été une source d'inspiration très féconde pour ce qui allait devenir l'histoire orale[83]. Cela dit, ni en sociologie, ni en anthropologie, ni en histoire, l'utilisation des sources orales ne s'est imposé facilement. Plusieurs facteurs (dont l'engouement pour l'utilisation de la statistique en sciences sociales et l'approche quantitative qu'elle induit) ont retardé l'inroduction, de façon significative, de l'utilisation des sources orales. Les sources orales ont dû attendre le début des années 1960-1970 pour connaître un succès significatif auprès des chercheurs. Plusieurs auteurs s'entendent pour affirmer que le mouvement de contestations des années 1960-1970 n'est pas étranger à la réhabilitation de l'individu et de son témoignage en sciences sociales et en histoire[84]. En histoire à proprement parler, même si quelques historiens utilisent des sources orales dès les années 1940[85], c'est plus tard, avec le développement de l'histoire sociale — en particulier l'histoire ouvrière et des femmes — et de l'histoire des mentalités qu'une impulsion décisive est donnée à l'utilisation des sources orales. En effet, ces nouvelles approches historiques ne peuvent faire l'économie de la cueillette des témoignages oraux si elles veulent, d'une part, comprendre les façons de penser de jadis et, d'autre part, saisir les conditions de vie des gens marginalisés (car les sources écrites sont peu nombreuses et peu révélatrices sur ces objets). Puisque les immigrants font souvent partie de ces gens marginalisés, l'histoire de l'immigration a, elle aussi, eu recours aux sources orales. Cela dit, l'élan donné par l'histoire sociale et des mentalités à l'histoire orale a eu également pour effet d'amener quelques dérives. A titre d'exemple, le militantisme, parfois naïf, de certains praticiens de l'histoire orale a quelquefois fait croire en une toute puissance de la parole des «sans noms». Mais l'histoire orale a montré une extraordinaire capacité à s'ajuster et à se renouveler au fil des réflexions et des découvertes méthodologiques et conceptuelles. Qui plus est, ces dérives ont, en quelque sorte, permis d'élargir les objectifs de l'histoire orale. D'abord intéressée principalement à la recherche de faits et d'événements occultés par l'histoire traditionnelle, l'histoire orale a découvert, au fil de la pratique, des potentialités énormes, notamment l'accès à un réseau de significations étendu — c'est d'ailleurs dans cette deuxième façon d'aborder l'histoire orale que nous nous situons. Si aujourd'hui l'histoire orale fait partie du paysage historien, c'est parce que ses défenseurs ont su débouter les critiques de ses détracteurs. La première question soulevée par ses opposants, est celle de la mémoire humaine : est-elle suffisamment fiable et fidèle pour être exploitée à des fins historiques ? Ici, aussi bien les recherches sur les facultés mémorielles que les observations des praticiens de l'histoire orale s'accordent pour affirmer que la mémoire est plutôt fiable et ce, même chez les vieux (à condition qu'ils soient en bonne santé)[86]. La fiabilité étant avérée, la question de la fidélité se pose. Ici encore, les recherches sur la fidélité ont ouvert un champ d'application inouï à l'histoire orale ayant démontré que la mémoire, contrairement à ce que nous avons souvent tendance à croire, n'est pas un tiroir où les souvenirs sont stockés puis ressortis tel quel lorsque c'est nécessaire mais plutôt un outil en constante restructuration. Par conséquent, si la fidélité des faits — au sens strict — est parfois douteuse, c'est souvent en raison d'une restructuration des événements du passé qui peut s'avérer fort éclairante[87]. C'est pourquoi, si les faits peuvent parfois être déformés, tronqués, voire oubliés, ces déformations ou blancs sont souvent révélateurs à de nombreux égards. Cette découverte quasi-révolutionnaire de l'accès non seulement aux faits mais aussi aux significations — conscientes ou inconscientes — par l'analyse des témoignages oraux a amené l'histoire orale à affiner sa grille d'analyse en ayant recours aux instruments conceptuels de nombreuses disciplines : linguistique, psychanalyse, anthropologie, sociologie… Notre démarche s'inscrit tout à fait dans cette optique. Comme le fait remarquer l'historien britannique Paul Thompson, il n'y a pas de raison pour que les sources orales ne subissent pas le même examen critique que les autres sources utilisées en histoire. D'ailleurs, il ajoute qu'il est plus facile de faire la critique des sources orales, notamment parce qu'il est possible d'interroger et de contre-interroger la source sur les aspects moins crédibles ou apparemment mythiques du récit[88]. Certains historiens plus positivistes ont pu faire valoir que les sources orales sont éminemment subjectives donc peu fréquentables. Encore ici, les théoriciens de l'histoire orale ont su démontrer que les sources orales ne sont pas plus subjectives que les autres sources. Ainsi, les sources écrites le sont tout autant car elles proviennent, à l'origine, soit d'un témoignage oral, soit, elles sont carrément l'expression du point de vue d'un individu soumis aux pressions sociales de son époque (correspondances privées, d'affaires, diplomatiques, autobiographies, etc.). De surcroît, si aujourd'hui à peu près tout le monde reconnaît la partialité de la presse, il est étonnant que l'on ne fasse pas preuve d'autant de sens critique lorsqu'il s'agit des écrits de jadis. Un autre travers qui peut aussi se dégager des entretiens et qui a été abondamment traité par les théoriciens de l'histoire orale, est relatif au rapport interviewer / interviewé. En effet, plusieurs praticiens font remarquer que, en dernière analyse, c'est l'historien qui organise, structure et signe son nom sur l'ouvrage qui découlera des entrevues. Aussi, peut-on parler de rapport de force interviewer / interviewé[89]. Karen Olson et Linda Shopes ont récemment contesté cette vision des choses. Ces historiennes américaines avancent que l'interview prend souvent un caractère triangulaire où les interviewés utilisent, en quelque sorte, l'interviewer pour laisser leur trace, affirmer leur vision — d'autant plus que les interviewés sont souvent des personnes à peu près privées d'accès aux sphères du pouvoir[90]. En outre, l'histoire orale a la possibilité de réconcilier des sphères trop longtemps vues comme séparées : société, économie, système de valeurs et famille. L'histoire orale peut ainsi aider à comprendre comment les vies individuelles — de par les valeurs et les choix de chacun — peuvent être porteuses du changement (social, économique…)[91]. A cet égard, Thompson rappelle que des changementsfondamentaux comme la hausse de la productivité et la baisse du nombre moyen d'enfants par couple (en Occident au siècle dernier) n'ont pas pu être élucidés par les grandes théories de la structure parce que ces théories ne tiennent pas compte des individus et de leur libre arbitre (hormis s'ils font la révolution !)[92] Thompson pense d'ailleurs que «les configurations changeantes de millions de décisions conscientes prises au niveau individuel ont peut-être autant, voire plus de poids sur le changement social que les actes des politiciens.»[93] Or, l'histoire orale est une voie d'accès valable à ces décisions individuelles. Les sources orales possèdent une autre singularité : par l'effort de rétrospection que le témoignage oral exige, les faits et les significations sont triés puis mis en perspective par l'interviewé. L'historien, pour peu qu'il soit honnête, ne saurait ignorer cet agencement qui, dans bien des cas, risque de bouleverser sa propre interprétation[94]. Dès lors, l'objet de recherche contribue doublement à faire l'histoire. Enfin, en mettant l'être humain — quel que soit son sexe, sa classe sociale ou son origine — au cœur de son approche, l'histoire orale a permis (et permet toujours) une réelle démocratisation de l'histoire. C'est peut-être là une de ses plus belles réalisations et ce qui rend cette approche, à l'instar de ses sources, inestimable. Pour notre part, il est clair que les potentialités de l'histoire orale nous paraissaient extrêmement porteuses pour notre recherche, en particulier par cette capacité qu'elle offre d'obtenir un point de vue de l'intérieur. Il nous est vite apparu que c'était la seule approche méthodologique possible pour comprendre comment notre objet d'étude (l'appartenance confessionnelle) est vécu de l'intérieur et pour sonder la subjectivité d'un petit groupe d'immigrants libanais de Montréal. Mais ce serait mentir que de ne pas avouer que notre choix s'est aussi arrêté sur l'histoire orale pour des raisons affectives. La perspective de rencontrer des gens nous paraissait plus stimulante qu'une approche quantitative qui, en plus de réduire à leur plus stricte expression les rapports humains, nous semblait trop rigide pour saisir les nuances que nous cherchions à faire émerger. Après discussion avec nos directeurs de recherche et en nous inspirant de mémoires et thèses qui ont utilisé une approche analogue à la nôtre — travaux en histoire, en sociologie et, surtout, en anthropologie —, nous avons jugé que le nombre d'une dizaine d'informateurs suffirait à notre enquête. Bien évidemment, une aussi petite cohorte ne peut pas avoir des prétentions de représentativité. Les informateurs retenus se devaient d'être des immigrants libanais vivant sur l'île de Montréal. Notre objectif était de recruter des informateurs de toutes les grandes confessions religieuses présentes au Liban — cet objectif était quelque peu utopique étant donné le nombre de confessions présentes au Liban ! —, de tous les horizons sociaux, de plusieurs périodes d'installation et en respectant la parité homme / femme. Pour rejoindre ces ambitions, nous étions prêt à gonfler notre cohorte jusqu'à une quinzaine d'informateurs.
La recherche des informateurs Pour constituer notre cohorte, nous avons eu recours, essentiellement, à la méthode «boule de neige». Aussi, nous avons dû parler de notre recherche à toutes nos connaissances (famille, amis et quelques camarades de classe) pour qu'elles nous mettent en contact avec des immigrants libanais vivant à Montréal. Ces personnes ainsi référées se sont parfois directement soumises à l'entretien ou nous ont, à leur tour, mis en contact avec des immigrés libanais de leur entourage. C'est grâce à cette méthode que nous avons recruté la majorité de nos informateurs. Deux informateurs proviennent de notre propre réseau social : un parent lointain et un ami assez proche. Pour recruter des informateurs, nous avons aussi fait passer une annonce dans un journal arabophone de Montréal et fait circuler cette même annonce auprès de tous les membres de la liste d'envoi Internet de deux associations non-confessionnelles de Libanais de Montréal (Lebanus et l'Association des étudiants libanais de l'Université de Montréal [AELUM]). Cette méthode nous a permis de recruter une seule personne qui avait lu l'annonce dans le journal ! Nous avons évité à tout prix les associations à caractère religieux, confessionnel et politique, persuadé qu'en recrutant des informateurs engagés dans ce type d'associations, nous arriverions à des conclusions complètement déconnectées de la réalité de la majorité des Libanais de Montréal. La grande difficulté à recruter des informateurs nous a contraint à revoir à la baisse le nombre de nos informateurs. Nous avons dû nous limiter à onze informateurs. Ce manque d'informateurs s'est surtout fait sentir du côté des informateurs musulmans : nous avons été en mesure de recruter seulement trois informateurs musulmans dont aucune femme[95]. Evidemment, les événements tragiques du 11 septembre 2001 — et les quelques dérives et amalgames qui s'ensuivirent — ne créaient guère un climat favorisant le recrutement de musulmans prêts à discuter de leur identité religieuse !
L'enquête de terrain Onze entretiens de type semi-dirigé ont été menés auprès d'immigrants libanais vivant sur l'île de Montréal. Lors de ces entretiens, deux types de questions étaient posés : 1) des questions sur l'opinion personnelle des informateurs sur nombre de sujets touchant de près ou de loin l'identité, 2) des questions visant à scruter l'expérience et les comportements des informateurs. Nous avions constamment à l'esprit le désir de vérifier si les opinions émises par les informateurs s'appuyaient sur des comportements précis. Autrement dit, nous partions avec un préjugé défavorable envers le discours; nous sommes persuadé que le comportement indique plus les valeurs d'une personne que son discours. Cela étant dit, pour conduire les entretiens, nous avons dû construire un canevas[96].
Le canevas d'entretien Notre canevas d'entretien a regroupé les questions sous deux grandes rubriques. Une partie comprenant des questions permettant peu de développement et une section comprenant des questions ouvertes. La première question ouverte, qui débutait tous les entretiens, était : «racontez-moi votre vie ?». D'autres questions ouvertes étaient aussi posées sur une foule de sujets afin de connaître la perception que l'informateur avait du Liban et du Canada, sa perception de la communauté libanaise de Montréal, sa conception de la religion et de la pratique religieuse. Bien entendu, en parallèle, des questions plus dirigées cherchaient à faire un portrait aussi complet que possible de l'informateur en s'intéressant à son profil socioéconomique, à son parcours migratoire, à son occupation, à son état civil, à ses lieux de résidence montréalais et libanais, à son réseau social montréalais, à son implication sociale montréalaise, etc. En outre, certaines questions, laissant moins de possibilités de développement, cherchaient à examiner les comportements de l'informateur — en particulier sa pratique religieuse, s'il s'engageait dans l'enseignement religieux de ses enfants (lorsque que l'informateur avait des enfants), ses loisirs et ses habitudes de vie. L'idée de commencer l'entretien avec une question ouverte cherchant à permettre à l'interviewé de faire un récit de vie[97] sans contrainte n'est pas très courante en histoire orale mais nous paraissait intéressante pour deux raisons principales : 1) saisir comment les personnes interviewées allaient structurer leur récit et 2) distinguer quels thèmes seraient spontanément couverts par ce récit. Ces deux raisons nous apparaissaient fondamentales dans la mesure où la structure d'un récit peut conditionner, dans une certaine mesure, le récit. Egalement, nous nous sommes dit que si la question de l'appartenance religieuse ou confessionnelle était spontanément abordée par l'informateur, cela indiquait qu'il accordait une certaine importance cette problématique. Cela dit, cette façon de faire n'a pas toujours bien fonctionné. Dans quelques cas (deux principalement), la première question a été très rapidement répondue. Néanmoins, généralement cette question très large donnait lieu à un long récit qui s'est avéré extrêmement riche lors de l'analyse.
Le déroulement des entretiens Il faut préciser que, dans la pratique, l'ordre dans lequel les questions étaient posées variait en fonction de l'ouverture manifestée par l'informateur. Ainsi, il nous fallait parfois plus de temps pour mettre l'interviewé en confiance. Dans de tels cas, nous abordions les sujets moins délicats que les appartenances ethnique et confessionnelle en premier, quitte à ne parler de la question de l'identité religieuse qu'en fin d'entretien. En réalité, lors du déroulement des entretiens, nous laissions une grande autonomie aux informateurs. Au lieu de suivre scrupuleusement l'ordre des questions de notre canevas, nous laissions généralement les informateurs aborder les sujets d'eux-mêmes. En ce sens, les questions ouvertes se voulaient des «démarreurs» de discussion. En conséquence, chaque entretien a pris une forme particulière. Nous avons, en quelque sorte, laissé l'interviewé co-diriger l'entretien. Lorsque celui-ci abordait un sujet, nous cherchions à «vider la question» avant de passer à un autre sujet. Généralement, cette façon de faire a porté fruit. Evidemment, cette approche demande plus de mémoire afin de ne pas oublier de questions malgré que l'ordre des questions soit bousculé. Cette approche requiert aussi plus d'adresse dans la mesure où il est parfois nécessaire de sortir un peu du cadre du canevas pour entretenir la voie dans laquelle un informateur s'est engagé. Inévitablement, il y a des risques de s'égarer sur des considérations non-pertinentes. Concrètement, lorsque de tels débordements ont eu lieu, ce n'était que des petits apartés qui n'ont dérangé en rien le déroulement du reste de l'entretien. En dernière analyse, nous pensons que notre façon de procéder a permis de recueillir des témoignages riches et adaptés pour notre étude. La majorité des entretiens se sont déroulés chez les informateurs. Cela nous a aussi permis d'examiner discrètement le domicile de l'interviewé pour y repérer des symboles religieux — dans aucun cas nous avons découvert des symboles religieux «en vedette» dans la maison. Deux entretiens ont eu lieu à notre domicile. Un entretien s'est tenu dans un lieu tiers (ni notre domicile ni celui de l'informateur). Il nous semblait important, lors de chaque rencontre, de sympathiser un peu avec les informateurs avant de commencer l'entretien proprement dit (de démarrer l'enregistreuse). C'est ainsi qu'avant l'interview, nous prenions le temps de décrire brièvement notre itinéraire personnel en évitant toutefois de révéler notre confession — à moins que la personne nous pose des questions là-dessus : c'est arrivé à une seule reprise —, et d'expliquer brièvement ce qui nous avait amené à nous intéresser à l'immigration libanaise à Montréal. Nous voulions ainsi chercher à mettre la personne interviewée en confiance. De plus, lors de la première prise de contact avec la personne à interviewer, nous l'informions que l'entretien serait enregistré mais que nous préserverions l'anonymat de l'interviewé (d'où l'usage de prénom d'emprunt et le gommage de certains renseignements). Les entretiens ont généralement duré une heure et demie (le plus court a duré 45 minutes et le plus long un peu plus de trois heures). Tous les entretiens ont été conduits de septembre 2001 à mars 2002. Chaque entretien a été enregistré sur bande magnétique et le tout a été ensuite transcrit afin de constituer notre corpus d'enquête. La transcription des entretiens s'est faite au fur et à mesure des entretiens, ce qui a permis une première réflexion sur leur contenu. L'analyse s'est donc faite en deux temps. Dans un premier temps, nous avons relu chacun des entretiens séparément pour trouver l'unité de l'entretien, sa dynamique et sa logique. Dans un deuxième temps, une autre analyse, globale cette fois, a été faite lorsque tous les entretiens ont été transcrits. Pour faciliter cette analyse globale, nous avons dessiné un tableau gigantesque sur lequel nous avons indiqué la position de chacun sur les principaux thèmes en plus d'y consigner toute l'information pertinente concernant les informateurs (état civil, date d'installation, âge, confession, profession, itinéraire migratoire, profil socioéconomique, etc.). Cette technique a permis de faire ressortir — par la mise en parallèle de tous les entretiens sur un seul plan — les aspects communs et divergents dans les itinéraires des personnes interviewées. Par ailleurs, pour éviter les manquements de notre propre mémoire, après chaque interview, nous avons consigné dans un journal nos premières impressions. Nous cherchions également par cette technique à améliorer constamment notre canevas d'entretien. Par exemple, lorsqu'une question tombait à plat dans un entretien, nous la reformulions pour le prochain entretien. En outre, ces notes ont permis d'enrichir l'analyse d'aspects non enregistrables (attitude de l'informateur, lieux physiques de l'entrevue, langage non verbal, etc.). |
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| LE PROFIL DES INFORMATEURS | ||||||||||||||||||
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Une mise en garde préalable : les paradoxes Avant d'aller plus loin, il convient de faire une mise en garde au sujet du travail de terrain. La première chose qui saute aux yeux en se frottant au terrain c'est la présence de paradoxes incroyables dans les récits de vie[98]. En effet, tout au long des interviews, plusieurs informateurs sont passés d'un discours à un autre avec une étonnante facilité. Le passage d'un type de discours à un autre était particulièrement présent lorsqu'il s'agissait de questions politico-religieuses : certains apportaient tantôt des arguments que nous pourrions qualifier de confessionnalistes puis s'engageaient dans un discours universaliste pour, tout d'un coup, affirmer sans ambages que le problème du Liban consistait dans la trop grande place que l'on accorde à la religion… Evidemment, ces paradoxes ne se limitent pas aux questions politico-religieuses mais se déploient dans tous les thèmes que nous avons abordés dans nos entrevues. La présence de ces paradoxes nous a confirmé dans notre méfiance face au discours et nous a conforté dans notre désir de toujours confirmer les opinions des informateurs par un comportement en découlant.
Les prénoms : une première donnée utile Pour présenter les onze personnes interviewées, nous avons privilégié un classement selon leur année d'installation au Québec. Autrement, tout au long de ce mémoire, lorsque nous aurons à présenter plusieurs informateurs, nous procéderons par ordre alphabétique à partir des onze prénoms d'emprunt que nous leur avons donnés. Car, pour préserver l'anonymat des informateurs, nous avons dû attribuer à chacun un prénom d'emprunt. De fait, comme les prénoms sont susceptibles de révéler certains renseignements sur la personne — c'est particulièrement vrai au Liban où le prénom peut indiquer la confession et dévoile souvent un certain penchant culturel —, nous nous sommes astreints à trouver un prénom d'emprunt significatif pour chacun. Ces prénoms ont été choisis en fonction du vrai prénom des interviewés. Ainsi, lorsque l'interviewé avait un prénom français nous lui avons attribué un prénom d'emprunt français — et, par conséquent, un prénom chrétien en raison de la pratique chrétienne séculaire voulant que le prénom d'un baptisé ne soit pas étranger à la foi chrétienne[99]. Lorsqu'il s'agissait d'un prénom arabe, nous avons attribué un prénom d'emprunt arabe mais en portant une attention particulière afin de maintenir la connotation du prénom d'origine. Nous avons donc divisé les prénoms arabes en plusieurs catégories. La première catégorie se rapporte à ce que nous pourrions appeler les prénoms neutres ou peu connotés religieusement tels Habib, Karim, Nabil. La deuxième catégorie des prénoms arabes est constituée par des prénoms ayant une certaine connotation religieuse mais qui n'indiquent pas pour autant la foi de la personne qui les porte puisque ce sont des prénoms de personnages religieux communs aux trois religions monothéistes tels Ibrahim (Abraham) et Yaqoub (Jacob). La troisième catégorie comprend des prénoms associés à un grand ensemble religieux tels Mohammed et Ahmed (qui sont des prénoms communs à tous les musulmans) ou Boulos (Paul) et Boutros (Pierre) (qui sont des prénoms communs à tous les chrétiens). Enfin, d'autres prénoms arabes sont plutôt liés à une confession particulière. Maroun et Charbel, par exemple, sont fortement associés à la confession maronite tandis que le prénom Ali est beaucoup plus donné par les chiites que par les sunnites. Les prénoms attribués aux personnes que nous avons interrogées sont les suivants : Akram (arabe neutre), Albert, Assad (arabe neutre), Habib (arabe neutre), Houeida (arabe neutre), Bachir (arabe neutre), Jamil (arabe neutre), Marie, Nabil (arabe neutre), Nicolas et Roula (arabe neutre). Il ressort que ce sont les prénoms neutres qui dominent largement dans les prénoms arabes, aussi bien chez les chrétiens que chez les musulmans. Aucun prénom arabe n'est fortement connoté religieusement. Ceci témoigne déjà de l'existence d'un certain penchant pour la neutralité religieuse au sein de notre cohorte. Cette caractéristique représente-t-elle une tendance lourde dans la société libanaise ? Nous serions tentés d'émettre l'hypothèse qu'en raison de la grande diversité religieuse libanaise, nombre de parents optent pour des prénoms moins connotés religieusement. Mais, pour la vérifier, il nous faudrait faire une étude comparative avec les citoyens des pays avoisinants (Syriens, Jordaniens, Palestiniens des Territoires occupés et d'Israël [Arabes israéliens]…), ce qui nous éloignerait de notre objet de recherche. Cela dit, il faut néanmoins préciser que dans l'ensemble des prénoms arabes, les prénoms peu ou pas connotés religieusement sont très nombreux. Souvent, les prénoms arabes reprennent une qualité (brillant, généreux, compatissant, sage, beau, etc.). Par ailleurs, il est à noter que cette absence de prénoms à caractère religieux se vérifie aussi pour les autres membres de notre cohorte. Cela nous conduit à constater que dans l'ensemble aucune personne ne porte un prénom clairement associé à une confession religieuse particulière — même si les prénoms français sont évidemment plus associés au christianisme (pris dans son ensemble). Un autre constat ressort de l'observation des prénoms portés par les personnes que nous avons interrogées : ce sont les prénoms arabes qui dominent. A ce sujet, notons qu'au Liban les prénoms arabes sont souvent associés à un certain nationalisme libanais ou arabe (surtout lorsque ce sont des prénoms moins associés à une religion ou à une confession). Ainsi, seulement trois personnes ont un prénom français. Ces derniers sont portés par trois chrétiens de différentes affiliations catholiques. A ce sujet, rappelons que, traditionnellement, les Libanais des différents rites catholiques sont davantage francophiles que les non-catholiques puisque les institutions catholiques romaines au Liban ont été historiquement dirigées par des religieux français[100] et que les Eglises maronite et uniate entretiennent des liens de coopération plus marqués avec la France[101].
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| UNE BRÈVE ANALYSE DES ITINERAIRES | ||||||||||||||||||
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DES PARCOURS UNIQUES : UN APERÇU DE CHACUN
Akram Akram est un officier de la marine marchande qui travaille aujourd'hui dans une société liée au transport maritime. Se situant au début de la quarantaine, il est marié à une Québécoise de souche italienne. Il a des enfants d'âge scolaire. Il s'est établi à Montréal au début de la guerre du Liban alors qu'il était en pleine adolescence. Après avoir longtemps habité un quartier montréalais à forte présence libanaise, il a emménagé dans une maison du West Island (c'est-à-dire dans la partie ouest de l'île de Montréal). Il est de confession syrienne orthodoxe (jacobite). Akram tient un discours passablement anticlérical tout en étant croyant. Il est très cynique au sujet de la politique (libanaise ou canadienne). Il est antimilitariste. Il tient aussi un discours nationaliste québécois — supporte l'affirmation du français au Québec — et nationaliste libanais — qui évoque la beauté du Liban et ses possibilités humaines avec beaucoup d'émotion.
Bachir Bachir est ingénieur dans une firme de technologie de pointe. Il est dans la trentaine. Il s'est établi au Québec avec ses parents à la fin des années soixante-dix alors qu'il était encore adolescent. Il est marié à une Canadienne française et n'a pas d'enfant. Il habite un quartier de classe moyenne qui connaît une certaine concentration libanaise. Il est de confession sunnite. Il tient un discours très structuré sur l'immigration libanaise. Il est séculariste — pour lui la religion est une affaire de vie privée — et religieux — étant croyant et assez attaché aux prescriptions musulmanes. Il tient un discours nationaliste libanais et québécois. Il s'est engagé dans la communauté libanaise de Montréal aussi bien auprès d'organismes religieux que laïques, mais il a abandonné son engagement en raison du manque de sérieux de ces organismes. Il pense que cette désorganisation des associations libanaises est liée à la présence d'immigrants plus âgés qui n'arrivent pas à sortir des schèmes de pensée libanais et que, par conséquent, les actions de ces différentes associations cadrent mal avec la structure canadienne. Il aimerait prendre sa retraite au Liban.
Nicolas Nicolas travaille dans le domaine de l'informatique où il occupe un poste de responsabilité. Il est dans la cinquantaine et s'est établi à Montréal à la fin des années soixante-dix. Il est divorcé. Ses enfants sont d'âge universitaire. Il habite un quartier de classe moyenne où la présence libanaise est forte. Il est de confession grecque catholique. Nicolas est un européanophile convaincu — il est fier de ses origines (italo-libanaise) et de sa culture européennes. Il tient un discours de classe qui s'amalgame parfois à un discours religieux — il a tendance à hiérarchiser les personnes, parfois les groupes, selon leur origine sociale.
Assad Assad est consultant dans le domaine des affaires. Il est dans la trentaine et s'est installé au Québec à la fin des années quatre-vingt. Il est célibataire et n'a pas d'enfant. Il habite le centre-ville de Montréal. Il est de confession chiite. Assad est un mordu de politique. Il s'est engagé dans une association laïque libanaise, il supporte la cause palestinienne à l'occasion et a aussi été actif dans un parti provincial québécois. Il est plutôt à droite du spectre politique, surtout sur le plan économique. Assad pense que le pire ennemi de la société québécoise et nord-américaine est l'actuelle mode pour la «political correctness» qui empêche tous les débats d'émerger — notamment au sujet de l'immigration et de la place de la religion musulmane en Occident, deux sujets rendus tabous par la pensée politiquement correcte selon lui. En outre, il s'oppose à la discrimination positive dans l'embauche mise de l'avant par les gouvernements canadien et québécois.
Albert Albert est un architecte dans le début de la cinquantaine. Il est marié à une Moyen-Orientale et il est le père d'une petite fille. Il s'est installé à Montréal à la fin des années quatre-vingt. Il habite un quartier bourgeois de Montréal. Auparavant, il a habité pendant quelques années dans un secteur de Montréal où la présence libanaise est forte. Il fréquente beaucoup de Moyen-Orientaux mais pas exclusivement. Il est de confession maronite. Le discours d'Albert est particulièrement riche en paradoxes.
Houeida Houeida travaille dans le domaine de la vente. Elle est dans le début de la quarantaine. Elle s'est établie à Montréal à la fin des années quatre-vingt. Elle est la seule personne de notre cohorte à avoir obtenu la citoyenneté canadienne en revendiquant le statut de réfugié. Ses premières années à Montréal ont été plutôt difficiles (statut financier précaire, maladie, problème pour obtenir la citoyenneté, etc.). Elle est aujourd'hui mariée à un Québécois de souches italienne et canadienne-française. Elle a un garçon d'âge scolaire. Elle habite un quartier de classe moyenne à forte présence libanaise. Elle est de confession maronite. Elle suit assidûment toutes les publications en langue arabe offertes à Montréal — elle aime visiblement la politique — mais, en même temps, elle cherche à se démarquer de la communauté libanaise de Montréal parce qu'elle trouve que trop de personnes de cette communauté sont individualistes, snobs et pas assez engagées politiquement. Elle est plutôt nostalgique du Liban.
Roula Roula était au chômage lorsque nous l'avons interviewée. Elle a une formation universitaire en traduction. Elle est dans la vingtaine. Sa famille s'est établie à Montréal à la fin des années quatre-vingt-dix alors qu'elle n'était pas encore majeure. Aujourd'hui sa famille est rentrée au Liban et elle habite seule dans un appartement du centre-ville. Elle est célibataire. Elle n'a pas d'enfant. Elle est de confession grecque catholique. Son réseau est presque uniquement constitué de Libanais. Roula semble un peu désemparée à Montréal. On dirait qu'elle a perdu ses repères : elle rejette plusieurs aspects de la vie nord-américaine qu'elle juge trop individualiste mais se refuse à retourner au Liban avant d'avoir réalisé quelque chose de solide à Montréal. Elle semble très préoccupée par le sort de la communauté libanaise de Montréal. Elle est très politisée et tient un discours nationaliste arabe et libanais.
Habib Habib est chauffeur de taxi, il est dans la quarantaine. Etabli à Montréal au début des années quatre-vingt-dix, il s'est marié à une Libanaise et a des enfants d'âge scolaire. Depuis son établissement à Montréal, il habite un quartier à forte présence libanaise. Il est de confession maronite et engagé dans l'Eglise maronite. Habib est très lié à la communauté libanaise de Montréal et fréquente surtout des Libanais. Il tient un discours nationaliste libanais anti-sectaire. Il est politisé mais semble dégoûté par la tournure qu'a prise la vie politique libanaise. Quelques années après son installation à Montréal, il a fondé une association laïque libanaise.
Jamil Jamil est un ingénieur dans la trentaine. Il s'est établi à Montréal dans les années quatre-vingt-dix. Il est célibataire mais vit actuellement une relation amoureuse avec une femme d'origine canadienne-française. Ils n'ont pas d'enfant. Il habite un quartier de classe moyenne qui connaît une certaine présence libanaise. Il est de confession chiite. Le réseau de Jamil est presque entièrement composé de Libanais. Il suit la politique libanaise et s'est engagé auprès d'organismes libanais de Montréal. Il est opposé aux politiques de discrimination positive mises en place par les gouvernements canadien et québécois. Selon lui, ce type de politiques est une autre forme de racisme. Jamil tient un discours nationaliste libanais — il est attristé, cependant, que la nation libanaise soit une nation «perturbée» par de trop nombreux clivages.
Nabil Nabil travaille dans le domaine de l'hôtellerie. Il est dans la quarantaine. Il s'est établi à Montréal à la fin des années quatre-vingt-dix. Il est aujourd'hui célibataire mais vivait, à l'époque de l'entrevue, une relation amoureuse avec une femme de souches canadienne-anglaise et canadienne-française. Il n'a pas d'enfant. Il habite un quartier ouvrier où la présence libanaise est très faible. Il est de confession maronite. A Montréal, le réseau de Nabil est assez restreint. Il fréquente peu de Libanais et rejette les associations libanaises. Nabil tient un discours nationaliste libanais et républicain. Il est hostile à tous les regroupements — pour lui, chaque personne est unique et doit être considérée pour sa personne propre et non pour son affiliation religieuse ou ethnique. Il semble déçu de sa vie à Montréal et ne semble pas encore résolu à y vivre pour de bon. C'est un amoureux de la nature libanaise — son évocation de ses expéditions en haute montagne est chargée de nostalgie.
Marie Marie travaille et étudie dans le domaine artistique. Elle est dans le début de la trentaine. Elle s'est établie à Montréal à la fin des années quatre-vingt-dix. Elle habite le centre-ville. Elle est célibataire mais vit une relation amoureuse avec un homme d'origine libanaise. Elle n'a pas d'enfant. Aujourd'hui, elle est juridiquement de confession assyrienne orthodoxe (nestorienne) mais elle a été élevée dans la foi maronite. Marie cherche à se tailler une place dans le monde artistique montréalais. Elle tient un discours très favorable à la diversité ethnique et religieuse montréalaise et ne veut pas limiter son réseau de connaissances à des Libanais. Néanmoins, elle n'est pas en rupture de ban avec son pays d'origine parce que, malgré son rejet de la société libanaise qu'elle juge trop «superficielle», elle garde vivants ses liens familiaux et amicaux libanais. Elle n'est pas très politisée (elle ne suit activement ni la politique libanaise, ni la politique canadienne).
PORTRAIT DE GROUPE : QUELQUES CARACTERISTIQUES SIGNIFICATIVES Maintenant que nous avons rapidement brossé le parcours de chaque informateur, examinons le portrait qui se dégage du groupe en passant en revue quelques traits significatifs, qu'ils soient communs ou divergents, retrouvés chez les membres de notre cohorte. Ici encore, notre démarche se veut une démonstration de la grande diversité des parcours rencontrés.
Les lieux de naissance Dans notre cohorte, neuf informateurs sur onze sont nés au Liban mais aucun n'est né précisément au même endroit. Lorsque le lieu de naissance est le Grand Beyrouth, il ne s'agit pas du même quartier — Beyrouth et sa banlieue ayant un tissu urbain plutôt dense, les quartiers (et villes de banlieue) sont nombreux et pas toujours très étendus. Cela dit, tous ont passé une partie de leur vie dans la capitale (ou sa proche banlieue) même si de nombreux Beyrouthins ont gardé des liens significatifs avec la montagne (Albert, Assad, Habib et Nabil), l'arrière-pays (Houeida et Roula) ou le Sud (Jamil). Deux personnes interviewées — Albert et Nicolas — sont nées en Egypte. Les liens tissés avec le Liban périphérique l'ont été, dans tous les cas, avec le village, le bourg ou la ville de naissance et / ou d'origine du père[102]. Nabil a, par surcroît, gardé contact avec le village d'origine de sa mère. Ces liens avec un village, bourg ou ville du Liban périphérique ont souvent été très utiles lorsque la vie à Beyrouth devenait par trop insupportable. Il importe de se rappeler que c'est Beyrouth qui a été la plus touchée par les quinze années de guerre (1975-1990) et qu'en dehors de celle-ci, une paix relative existait à divers moments.
L'expérience de la guerre Tous les interviewés ont connu la guerre. Si certains ont failli être kidnappés, d'autres se sont battus avant de fuir l'engagement paramilitaire par crainte et doute ou par dégoût quant à la tournure des événements[103]. Sans entrer dans les détails, il est clair que tous ont souffert de la guerre. D'autant plus que si les deux Libanais d'Egypte (Albert et Nicolas) étaient jeunes adultes lors du déclenchement des hostilités, les autres étaient enfants ou adolescents. Si certains se refusent à évoquer les souffrances vécues pendant ces années sombres, il est incontestable que la vie de chacun a été marquée par ces événements : que ce soit le deuil de proches, l'hébétude de voir s'effondrer un immeuble à quelques mètres de soi (Bachir), ou encore les nombreux séjours à l'étranger qu'ont connus Marie (Egypte, Angleterre et France) et Jamil (Gabon et Cameroun) pour trouver refuge en périodes trop chaudes. Au demeurant, tous disent que la guerre a été la principale cause de leur émigration. Il en va de même pour ceux qui sont partis après la fin du conflit armé — Habib en 1991; Jamil en 1995; Roula en 1996; Nabil et Marie en 1998 — car, soulignent-ils, même quand les canons se sont tus[104], les conséquences de la guerre ont continué à se faire sentir. Ainsi, plusieurs informateurs signalent les répercussions, toujours actuelles, de celle-ci. Il y a d'abord les répercussions politiques du long conflit. A cet égard, Habib, Houeida, Jamil et Nabil soulignent la perte de souveraineté libanaise et la tutelle syrienne sur le Liban alors que Habib et Roula notent une réduction de l'influence politique des chrétiens. Il y a aussi les conséquences socioéconomiques de la guerre. Albert, Houeida, Marie et Nabil insistent sur l'individualisme à tout crin qui sévit au Liban, considéré comme un pernicieux résultat de la guerre. Houeida, Marie et Roula pensent que le conflit a amené une baisse généralisée du niveau moral. Qui plus est, l'ensemble des interviewés croit que l'actuelle désorganisation du pays découle de ces longues années de guerre. Enfin, pour Albert, Habib, Houeida, Jamil, Nabil, Nicolas et Roula la défaillance de l'économie libanaise est l'une des pires séquelles de la guerre civile.
Les origines ethniques et sociales Si l'on se donne la peine de fouiller un peu les origines des personnes interviewées, on se rend compte, là aussi, d'une certaine singularité d'un cas à l'autre. Ainsi, Nicolas est de mère italienne, Albert de grand-mère grecque, Akram et Bachir sont d'origine syrienne — Marie aussi, par sa mère — alors que la famille paternelle d'Assad est d'origine turque. Au Liban, le brassage des populations n'a pas attendu l'actuelle mondialisation ! Sur le plan socioéconomique, même si la classification des personnes dans des petits tiroirs, selon leur origine sociale, heurte parfois notre sensibilité et insinue trop souvent un certain déterminisme auquel nous ne souscrivons pas, il est certain que tous les informateurs ne sont pas nés dans des familles de fortune identique. Si les récits de Marie et de Jamil laissent voir une certaine aisance matérielle, il est clair que dans le cas d'Akram, Bachir, Houeida et Roula les ressources financières semblaient plus limitées. A ce propos, il semble que l'ascenseur canadien de la mobilité sociale ascendante ait fonctionné pour plusieurs interviewés — certainement pour Akram et Bachir, peut-être aussi, dans une moindre mesure, pour Albert.
Scolarisation, travail et classe sociale d'appartenance Sur le plan de la scolarisation, on retrouve une certaine forme d'ascension sociale d'une génération à l'autre : bien que tous les informateurs aient actuellement un niveau de scolarité plutôt enviable, il n'en était pas de même pour les parents de tous les interviewés. En outre, si Marie et Nicolas affirment avoir vécu dans un milieu familial plutôt libéral — voire occidentalisé — Akram, Albert, Bachir, Habib, Houeida et Roula ont vécu dans des familles que l'on pourrait qualifier de traditionalistes. Ainsi, tous les interviewés ont une bonne formation, neuf sur onze possédant une formation universitaire[105] : Nabil est diplômé d'un institut d'hôtellerie du Proche-Orient; Nicolas a fait une licence en lettres françaises dans une université libanaise avant de s'intéresser à l'informatique; Albert possède une maîtrise en architecture d'une université libanaise; Akram est diplômé d'une école de marine nord-américaine; Marie a une licence de l'Université St-Joseph dans un domaine artistique et poursuit actuellement une formation supérieure à Montréal toujours dans le domaine des arts; Roula a une maîtrise d'une université libanaise en traduction; Assad a fait son baccalauréat et sa maîtrise dans le domaine économique dans deux universités francophones du Québec; Houeida a fait trois années d'études universitaires en littérature arabe au Liban; Habib a une formation technique en mécanique automobile; Bachir a un diplôme d'ingénieur d'une université québécoise et Jamil a une licence en sciences pures d'une université libanaise et un diplôme québécois d'ingénieur. Hormis Nicolas qui est dans le domaine de la gestion et Houeida qui travaille comme vendeuse, tous ont une occupation directement reliée à leur domaine d'étude. Lorsqu'on scrute les études primaires et secondaires des informateurs, la diversité des parcours s'accroît encore. Cela dit, plusieurs personnes ont fréquenté l'école privée, surtout lorsqu'il s'agit d'écoles libanaises ou égyptiennes, souvent chez des religieux chrétiens — européens ou proche-orientaux. Ce phénomène se retrouve aussi bien chez les chrétiens que chez les musulmans. Nous reviendrons là-dessus lorsque nous nous intéresserons à la formation religieuse des personnes interviewées dans le chapitre suivant. Dix personnes interviewées sur onze travaillent. Toutes semblent appartenir à la classe moyenne. C'est du moins ce qui se dégage de leur occupation et de leur lieu de résidence, aucune question n'ayant porté spécifiquement sur leurs revenus. Fait à noter, les questions pécuniaires ont tout de même fait régulièrement surface lors des entrevues. Il en ressort que, mis à part Marie et Roula qui semblent avoir un statut financier un peu plus précaire, l'ensemble de la cohorte semble vivre dans une certaine aisance.
Langues d'étude, langues d'usage Quand on s'intéresse à la langue d'étude des personnes interviewées, on découvre, là aussi, une certaine diversité. Beaucoup ont utilisé le français comme principale langue d'étude, d'autres l'arabe, certains ont étudié en anglais ou sont passés d'une langue à l'autre plusieurs fois. Quoi qu'il en soit, tous les entretiens se sont déroulés en français. A ce propos, Jamil, Roula et Marie ont une excellente maîtrise de la langue française, Nicolas, Albert, Akram, Assad, Habib et Bachir maîtrisent bien le français, alors que Nabil et Houeida ont parfois eu de la difficulté à exprimer leur pensée avec toutes les nuances qu'ils auraient souhaitées. Hormis Marie et Nicolas dont le français est la première langue apprise, tous sont de langue maternelle arabe[106]. Tous ont étudié le français à l'école — comme langue première ou seconde. Nabil est plus à l'aise en anglais en raison de ses nombreux et longs séjours à l'étranger (Hongkong, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, Koweït, Oman) où l'essentiel de son travail s'accomplissait dans cette langue. Tous possèdent au minimum la maîtrise des langues arabe, française et anglaise. Pour Akram, Albert et Nicolas il faut y ajouter la connaissance de l'italien; du castillan pour Akram et Assad, et, encore au stade de débutant, pour Roula[107].
Itinéraire migratoire Six personnes interviewées sur onze ont vécu, à un moment ou un autre, dans un pays tiers (autre que le Liban ou le Canada). Nous avons déjà entrevu que Jamil, Marie et Nabil ont eu à vivre à l'étranger pendant de longues périodes : Jamil, au Cameroun et au Gabon pour ses études primaires et une partie de son secondaire; Marie, en Egypte à deux reprises alors qu'elle était enfant, à Paris, Londres et Bruxelles plus âgée; Nabil, en Arabie Saoudite, à Hongkong, aux Emirats arabes unis, au Koweït et à Oman. Mais d'autres personnes soumises à l'entretien ont aussi vécu en dehors du Liban. Albert et Nicolas sont nés et ont passé toute leur enfance en Egypte (en tant que résidents étrangers) avant de s'installer, avec son père pour le premier, avec sa famille pour le second, dans la capitale libanaise. Par la suite, Albert a fui les premières années du conflit libanais pour aller travailler à Malte. Il a vécu six ans dans ce petit état insulaire avant d'être muté à Paris et, finalement, de retourner au Liban d'où il a émigré pour le Canada quelques années plus tard. Nicolas, quant à lui, a séjourné en Italie — il possède la citoyenneté italienne grâce à sa mère — où il a fait des études avant de rentrer au Liban où sa profession l'a amené à passer des séjours de plusieurs mois en Europe et au Maghreb. Par sa profession Assad a, lui aussi, été amené à vivre à l'étranger. Dans son cas, il s'agit du Mexique, du Chili et des Emirats arabes unis. Ces expériences, il va sans dire, ont apporté une sensibilité particulière aux personnes concernées. Par exemple, le penchant européanophile — le plus souvent c'est de la francophilie — découvert chez plusieurs personnes interrogées est plus fort chez les personnes ayant séjourné en Europe ou ayant étudié dans des écoles européennes. A ce propos, Jamil a fréquenté des écoles européennes en Afrique, Marie en France et en Belgique, Nicolas en Italie et Akram au Liban (où il a étudié dans une école relevant de la Mission laïque française). En outre, l'Europe revient souvent comme modèle à l'aune duquel on juge le Canada, le Québec, Montréal et / ou le Liban — que ce soit au sujet du système d'enseignement (Jamil et Marie), de l'accès aux services sociaux (Albert), des mœurs (Roula), de la mentalité (Marie, Nicolas et Roula), de l'imposition (Albert et Houeida), de la possibilité d'avancement social (Akram), voire de l'organisation du transport en commun ! (Marie)
Quelques traits communs Les personnes que nous avons interviewées ont en commun d'être libanaises, d'avoir vécu la guerre civile libanaise, d'avoir passé quelques années de leur vie à Beyrouth, d'avoir choisi[108] d'émigrer pour le Canada — en fait, plus souvent qu'autrement le Québec — et de vivre actuellement sur l'île de Montréal. Ces personnes partagent aussi d'autres traits communs. Toutes paraissent avoir beaucoup de ressources (elles sont toutes polyglottes, elles ont une formation académique solide et une expérience riche). Qui plus est, ces individus se sont, somme toute, plutôt bien débrouillés au Québec. Ils ont tous eu un parcours professionnel intéressant, ils travaillent presque tous et vivent dans une certaine aisance matérielle. D'ailleurs, ils font tous partie de la classe moyenne. Ce sont des gens qui ont plusieurs références culturelles — acquises par l'éducation, les voyages et l'émigration… Ces quelques traits communs ne doivent pas faire oublier la diversité qui existe à l'intérieur de notre cohorte. Les origines ethniques et sociales des uns et des autres sont différentes. De même, ils sont originaires de différentes régions du Liban ou sont carrément nés en dehors du Liban. Certains sont issus de familles traditionalistes, d'autres de familles plus occidentalisées, certains de familles bourgeoises, d'autres ont des origines plus modestes. Leurs conceptions politiques sont aussi différentes même si le nationalisme libanais — sous différentes formes — émaille le discours d'à peu près tout le monde. |
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| CONCLUSION | ||||||||||||||||||
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Fort riche, le portrait des personnes d'origine libanaise que nous avons tracé dans ce chapitre n'est évidemment pas représentatif de la communauté libanaise de Montréal. Nous l'avons rappelé à certains endroits en apportant des précisions sur le profil général de ce groupe. Ayant opté pour une analyse qualitative — parce que c'était la seule méthode à même de nous permettre une analyse en profondeur d'un phénomène subtil et difficile à cerner —, nous sommes bien conscient de l'impossibilité de fournir une description précise de toute cette communauté. Comment expliquer que nous nous soyons retrouvés avec une aussi forte proportion de gens instruits et provenant de milieux relativement favorisés ? Il ressort de nos démarches que les gens prêts à se livrer pendant plusieurs heures en entrevue sont peu nombreux et semblent se recruter davantage chez les personnes ayant fait des études et étant à l'aise avec la langue française. Par exemple, les Libanais de Montréal uniquement arabophones ou bilingues arabe-anglais sont cruellement absents de notre cohorte. Autre bémol, nous manquons de femmes et n'avons aucune musulmane. Enfin, il est clair que plusieurs Libanais de Montréal vivent dans des conditions matérielles beaucoup plus précaires que celles que nous avons découvertes parmi les membres de notre cohorte. Notre parti pris est donc celui de la diversité, un angle qui nous semble aussi valable pour rendre compte des réalités et des expériences de vie des Libanais établis à Montréal. Or, même en dépit de ce parti pris, on se rend compte que la présentation des individus suppose une certaine mise à plat des renseignements qui leur sont liées et conduit à simplifier et à réduire cette diversité que nous prisons. L'analyse, au chapitre suivant, des grands thèmes discutés lors des entretiens permettra de redonner du relief à chaque parcours. |
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>>> CHAPITRE III : ANALYSE DES ENTRETIENS Karim Lebnan |
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