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Université de Montréal Département d'histoire Faculté des arts et des sciences Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l'obtention du grade de Maître ès arts (M.A.). |
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Karim Lebnan is born in Quebec to a Lebanese father and a French Canadian mother, Karim Lebnan attended classes for one year at the Institute for Scene Art and Audio-visual Studies (IESAV) at the Saint-Joseph University in Beirut before studying Movie making at the University of Montreal (B.A.) After a few years of working in movies, he took back studying to obtain a Master degree at the History department at the University of Montreal. His research on the Lebanese community in Montreal is partly inspired by Quebec studies on ethnic identity (in particular the works of ethnologists Deirdre Meintel and Ignaki Olazabal) and on the other hand, by the told story. Father of two kids, Karim Lebnan lives presently in Montreal. contact Karim Lebnan est né au Québec de père libanais et de mère québécoise, Karim Lebnan a étudié une année à l'Institut des Études scéniques et Audiovisuelles (IESAV) de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth avant de poursuivre ses études en cinéma à l'Université de Montréal (B.A.). Après quelques années de travail en cinéma, il reprend les études pour compléter une maîtrise au Département d'histoire de l'Université de Montréal. Sa recherche sur les Libanais de Montréal s'inspire, d'une part, de la démarche des nouvelles études québécoises sur l'identité ethnique — notamment les travaux des ethnologues Deirdre Meintel et Ignaki Olazabal — et, d'autre part, de l'histoire orale. Père de deux enfants, Karim Lebnan vit actuellement à Montréal. contact |
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| L’EXPERIENCE RELIGIEUSE RACONTEE (suite) | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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(suite de la page précédente) L'aspect social de la pratique religieuse En nous intéressant à la pratique religieuse, nous nous sommes rendu compte que celle-ci ne répondait pas uniquement à des impératifs religieux (spirituels). Il a vite été manifeste que la pratique rituelle couvrait aussi un aspect social. Plusieurs informateurs cherchaient aussi à socialiser soit en fréquentant un lieu de culte, soit en soulignant une célébration religieuse à la maison. Cette recherche de socialisation a été manifestement invoquée par Nicolas lors de notre entretien avec lui. En effet, Nicolas a clairement affirmé que lui et sa famille se sont mis à fréquenter un lieu de culte grec catholique pour faciliter l'adaptation de sa femme (libanaise grecque orthodoxe). Nicolas témoigne que sa femme souffrait d'isolement et que c'est dans le but de briser ce sentiment de solitude que sa famille s'est mise à suivre les messes et activités initiées par une paroisse grecque catholique de Montréal. Cela dit, nous ne sommes pas les premiers chercheurs à découvrir que la pratique religieuse — en particulier en contexte migratoire — recouvre aussi un besoin de socialisation. A titre d'exemple, les récentes recherches de l'historien Roberto Perin semblent confirmer l'importance que prend l'aspect social de la pratique religieuse chez les immigrants[120]. La recherche de socialisation dans la pratique religieuse est aussi présente dans d'autres entrevues — nous pensons ici à Assad, Bachir, Habib et Jamil. Au reste, nous n'avons pas été surpris de constater que Habib, tout comme Nicolas, fréquentent des lieux de culte attirant des fidèles issus de l'immigration. Ainsi, en fréquentant ces lieux de culte, ces deux informateurs peuvent (pouvait dans le cas de Nicolas) tisser des liens avec d'autres Libanais ou d'autres Moyen-Orientaux. Lorsque la pratique religieuse recouvre le respect du jeûne de ramadan, il est clair que cette pratique a aussi un aspect social : nos trois informateurs musulmans qui jeûnent (Assad, Bachir et Jamil) nous ont souligné que la rupture du jeûne se faisait souvent avec des copains ou de la famille. Qui plus est, on peut croire que si tous les musulmans de notre cohorte accordent une place importante à l'aspect social de la religion, c'est en raison du fait qu'ils vivent dans une société majoritairement chrétienne. En conséquence, lorsque les informateurs musulmans reconstituent les rites et les fêtes associées au ramadan, ils recréent un peu l'ambiance libanaise. D'ailleurs, dans sa recherche sur les chiites libanaises de Montréal, Josiane Le Gall en arrivait aux mêmes conclusions à propos de la fréquentation des lieux de culte musulman : «La fréquentation d'une mosquée traduit parfois un désir ou un besoin de sociabilité autant qu'une observance religieuse. Au reste, il est clair qu'une forte imbrication existe entre la pratique et le respect des rites religieux et ce qui est perçu comme la tradition libanaise.»[121]
Les mariages et les unions de fait Tout comme nous avons pensé que la pratique religieuse pouvait être un indice important pour repérer les liens que les informateurs entretenaient avec leur confession religieuse, nous avons aussi cru qu'un informateur qui accepte de partager sa vie avec une personne d'une autre confession démontrait par là une certaine ouverture aux autres confessions. Bien entendu, nous nous sommes également questionné sur le type d'union contractée afin de savoir s'il s'agissait d'une union religieuse et, lorsque c'était le cas, dans quel rite le mariage avait-il été célébré ? En outre, bien que le canevas sur lequel se basaient les entretiens n'insiste pas particulièrement sur le profil des parents (père et mère) des informateurs, il s'est trouvé que ce sujet a été abordé par dix informateurs sur onze (pour Habib nous n'avons pas cette information). Commençons donc ainsi dans notre examen des mariages et des unions de fait — en partant du principe que le mariage interconfessionnel démontre une certaine disposition au pluralisme religieux.
Les mariages des parents des informateurs Trois informateurs sur dix sont issus de mariages interconfessionnels. Dans les trois cas, il s'agit de mariage à l'intérieur de la foi chrétienne — souvent avec une confession relativement proche de la sienne. Le premier cas recensé est un mariage intercatholique. Il s'agit de Nicolas : son père est grec catholique et sa mère est catholique de rite romain (la mère étant d'origine italienne). Dans le deuxième cas, il s'agit d'Akram dont le père est de confession syrienne orthodoxe alors que la mère est de confession grecque orthodoxe. Ici, malgré les apparences (et la terminologie trompeuse) il ne s'agit pas d'un mariage interorthodoxe car, comme nous l'avons vu au chapitre premier, les orthodoxes des rites syrien et byzantin ne partagent pas la même foi. Enfin, dans le troisième cas découvert, nous sommes en présence d'un autre mariage intercatholique : le père de Roula, grec catholique, ayant épousé une maronite. Par conséquent, nous pouvons déduire de là que les mariages interconfessionnels ne sont pas une chose totalement nouvelle pour les Libanais. Ceci contredit une vision simpliste qui voudrait que ce soit en raison de l'émigration que les Libanais se seraient mis à envisager la possibilité de pouvoir marier quelqu'un d'une confession religieuse différente de la sienne. Au surplus, comme nous l'avons déjà souligné auparavant, dès la génération des parents des interviewés, le mariage interethnique existe aussi (le cas des parents de Nicolas : Libanais d'Egypte mariant une Italienne d'Egypte). Ceci peut amener un questionnement (que nous retrouverons aussi dans les unions que les informateurs ont eux-mêmes contractées) : est-ce que l'union est avant tout exo-confessionnelle ou avant tout exo-ethnique ? Car, dans la mesure où plusieurs communautés confessionnelles libanaises sont circonscrites au Proche-Orient — en particulier pour les chrétiens —, le résultat d'un mariage interethnique est souvent un mariage interconfessionnel… Mais voilà une question qu'il serait, à la limite, ridicule de chercher à résoudre ! Nous tomberions dans le «syndrome de l'œuf ou la poule» ! De même, nous ne voudrions pas laisser sous-entendre par là que les personnes s'efforcent de marier une personne issue d'une autre confession, d'un autre groupe ethnique — ce n'est pas la conception que nous nous faisons des relations amoureuses ! Cependant, pour nous, la question était plutôt de savoir si l'éventualité de marier une personne provenant d'un autre groupe religieux que le sien, d'une autre confession que la sienne peut être considérée comme acceptable / envisageable pour des gens ayant vécu dans un système politico-juridique marqué par la différenciation entre les communautés confessionnelles ? Il semble que cela soit clairement imaginable pour les personnes interviewées, comme nous allons le voir. Mais ce l'était déjà aussi — du moins pour certains et avec une moins grande occurrence — comme nous venons de le voir, pour quelques parents des informateurs. De fait, lorsque l'on observe les unions (mariages et unions de fait) des informateurs, on se rend compte que l'occurrence des unions interconfessionnelles augmente. Examinons d'abord le cas des personnes mariées — en préjugeant du fait que le mariage est un engagement plus manifeste et qu'il nécessite un cautionnement plus clair de la part de la famille de l'informateur.
Le mariage chez les personnes interviewées Sur les six mariages contractés par les membres de notre cohorte, un seul n'est pas interconfessionnel. Il s'agit du mariage de Habib (mariage entre deux maronites). Voyons les cinq autres cas plus en détail. D'abord, on trouve deux mariages intercatholiques : 1) Albert (maronite) marié à une immigrante égypto-syro-libanaise grecque catholique (de mère égyptienne de rite copte catholique et de père libano-syrien d'Egypte de rite grec catholique); 2) Houeida (maronite) mariée à un catholique romain (de père canadien immigré d'Italie, de rite catholique romain et de mère canadienne-française, de rite catholique romain). Ensuite, on rencontre deux mariages interchrétiens unissant des personnes de foi catholique et orthodoxe : 1) Nicolas (grec catholique) qui s'est marié à une libanaise grecque orthodoxe (le mariage a eu lieu au Liban); 2) Akram (syrien orthodoxe) qui a épousé une catholique romaine (immigrante italienne arrivée adolescente au Canada). Enfin, nous sommes en présence d'un mariage plus difficile à classer : il s'agit de l'union, dans la foi musulmane sunnite, de Bachir et de sa femme, originalement catholique romaine (de souche canadienne-française) mais convertie à l'islam sunnite. Aussi, sur le plan théologique, il est abusif de mettre ce mariage dans la catégorie des mariages interconfessionnels. D'autant plus, qu'en islam, une femme non musulmane n'a pas à se convertir pour pouvoir se marier devant un cheikh. Toutefois, dans le cadre d'une recherche sur l'identité, il est plus juste de considérer cette union comme un mariage mixte. Quoi qu'il en soit, ces cinq cas démontrent de façon suffisante qu'il est tout à fait envisageable de se marier avec une personne d'une autre confession que la sienne.
La prégnance du mariage religieux L'observation des six mariages contractés nous enseigne aussi que ce sont tous des mariages religieux. De là, nous pouvons conclure à une certaine importance accordée au fait religieux, à tout le moins sur le plan symbolique. En effet, à partir du moment où un mariage est envisagé, il semble que la norme à laquelle il faille se soumettre soit le mariage religieux. En outre, il est à noter que les mariages contractés par les ascendants des informateurs (pour lesquels nous avons ces renseignements [dix cas]) n'étaient eux aussi que des unions religieuses. Qui plus est, dans un cas, un quiproquo a permis de révéler que l'option du mariage civil n'était pas du tout envisageable. En effet, lors de l'entretien avec Houeida, celle-ci en est venue à soulever la question du mariage interreligieux, nous l'avons alors questionnée afin de savoir si elle était favorable à l'idée de permettre le mariage civil au Liban. Car, on sait qu'à l'heure actuelle, il n'est pas possible de se marier civilement au Liban. En réalité, cette question faisait référence à une polémique ayant eu lieu à l'hiver 1998. La controverse avait été lancée lorsque le Président libanais de l'époque, Elias Hraoui, avait fait la proposition de permettre facultativement le mariage civil au Liban (un tel projet avait déjà été à l'ordre du jour dans les années soixante-dix avant d'être abandonné pour cause de guerre). La proposition présidentielle, après avoir soulevé une très vive polémique, a été finalement retirée face à la pression des religieux de plusieurs confessions. Aussi, aujourd'hui encore, s'ils veulent se marier civilement, les Libanais doivent le faire à l'extérieur du Liban (souvent à Chypre ou en Turquie). Les mariages ainsi conclus sont reconnus par les autorités libanaises mais soumis à la loi du lieu de célébration ! Voici donc un passage de cet échange :
Encore ici, on retrouve les paradoxes dont nous parlions au deuxième chapitre : la personne interviewée défend l'idée du mariage civil mais est insultée à l'idée que l'on ait pu croire qu'elle aurait fait une telle chose ! Pour d'autres informateurs, la justification du mariage religieux tient au fait que celui-ci a, selon eux, plus de poids social, en particulier auprès de la famille. L'aspect décorum a aussi été soulevé. Enfin, d'autres soutiennent que c'est par conviction religieuse qu'ils ont tenu à se marier religieusement.
C'est l'homme qui détermine le rite de la célébration religieuse A l'examen des six mariages religieux contractés, nous avons aussi tiré un second constat (même s'il n'est pas directement lié à notre problématique) : tous les mariages religieux ont été célébrés dans le rite du mari. Ici encore, la structure patriarcale moyen-orientale ne semble pas trop ébranlée[122]. A cela, nous pourrions ajouter que tous nos informateurs issus de mariages interconfessionnels ont adopté la confession du père.
Les unions de fait chez les personnes interviewées Si l'on s'intéresse, cette fois, aux personnes interviewées non mariées, on rencontre, là aussi, une majorité d'unions interconfessionnelles. Encore ici, allons-y au cas par cas : Nabil (maronite) qui a évoqué trois fréquentations significatives lors de l'entretien, n'a connu aucune relation avec une maronite. Il a vécu en union libre avec une musulmane chiite, une Hongkongaise athée (élevée dans la tradition bouddhiste) et une Canadienne qu'il suppose catholique romaine. Déjà ici, nous pouvons présumer que l'incertitude quant à la confession du conjoint marque un certain désintérêt pour la question religieuse. Nabil n'est pas le seul à avoir fait montre de cette attitude. Marie, qui connaît une relation stable avec un homme, ignore, elle aussi, la confession de son conjoint (un immigrant libanais) même si elle sait qu'il est chrétien. Enfin, la troisième personne à avoir témoigné d'une union de fait, Jamil (chiite), vit avec une catholique romaine (de souche canadienne-française). Manifestement, il semble qu'il soit clairement concevable pour une vaste majorité d'informateurs de vivre une relation amoureuse malgré le fait que la personne aimée ne partage pas la même confession ou la même religion que soi. Cela étant dit, pour se faire une meilleure idée du phénomène des unions religieuses et non-religieuses exo- et endo confessionnelles, nous nous sommes dit qu'un tableau serait d'une grande utilité :
Tableau V
Toutefois, si les unions interconfessionnelles — religieusement officialisées ou pas — sont nombreuses, les cas d'unions entre chrétien et musulman sont assez rares — trois cas — et surviennent dans deux cas sur trois entre un musulman d'origine libanaise (un chiite et un sunnite) et des chrétiennes d'origine canadienne-française (catholiques de rite romain). Un seul cas d'union interlibanais chrétien / musulman a été recensée par nous. Il s'agit du cas de Nabil qui a eu une relation amoureuse avec une libanaise chiite lors de son séjour à Hongkong. Qui plus est, Nabil nous a confié que cette relation était rendue difficile en raison d'une certaine opposition des familles et ce, malgré le fait que cette relation prenait forme à Hongkong donc, plutôt loin des familles respectives.
Une forme d'ethnocentrisme religieux ou confessionnel Ce phénomène ne nous a pas beaucoup surpris dans la mesure où, dans l'ensemble, le discours des chrétiens et des musulmans, peut-être de façon plus prononcée chez les chrétiens, faisait, la plupart du temps, une totale abstraction de la réalité de l'autre grande famille religieuse (les chrétiens ignorant la réalité musulmane et les musulmans ignorant la réalité chrétienne). Cette tendance était exacerbée lorsqu'il s'agissait de questions libanaises : chacun avait alors propension à considérer la réalité de son groupe religieux (chrétien ou musulman) ou confessionnel (surtout pour les maronites) comme reflétant la réalité libanaise. Le cas le plus comique a d'ailleurs été révélé par un lapsus de Houeida :
Albert a commis, lui aussi, un lapsus semblable : il a dit «les Libanais» alors qu'il voulait dire «les chrétiens [d'Egypte]». Il est à noter que dans sa recherche sur les Libanaises chiites de Montréal, Josiane Le Gall arrivait à une conclusion qui se rapproche de la nôtre. En effet, elle s'était rendu compte que lorsqu'il s'agit de définir la famille libanaise, les chiites libanaises de Montréal «ont tendance à fusionner le modèle de la famille libanaise en général et la conception de leur propre famille.»[123] D'après nous, cette tendance à considérer la réalité de son groupe religieux ou confessionnel comme étant la réalité libanaise dans son ensemble, est facilitée par une certaine méconnaissance des autres confessions libanaises — surtout lorsque ces confessions n'appartiennent pas au même grand groupe religieux. Au reste, si plusieurs personnes interrogées affirment fréquenter des Libanais d'une autre confession que la leur, lorsque l'on y regarde de près, il s'agit rarement de relations chrétien / musulman et, lorsque c'est le cas, ce n'est que très rarement des relations intimes. Qui plus est, nous avons constaté une certaine ignorance des différences religieuses et ce, aussi bien à l'intérieur de la même grande famille religieuse qu'en dehors de sa famille religieuse. En fait, quitte à faire un clin d'œil à une expression utilisée pour définir les relations entre les francophones et les anglophones de Montréal, nous pourrions parler de deux solitudes lorsqu'il s'agit des Libanais chrétiens et des Libanais musulmans de Montréal — du moins si l'on se fie à notre cohorte. Malgré cela, lorsqu'ils sont questionnés précisément sur leur perception de l'autre grande famille religieuse, les informateurs sont généralement bienveillants — en fait, notre canevas s'intéressait à la perception des autres communautés confessionnelles mais personne n'a émis d'opinion sur une communauté confessionnelle en particulier (chiite, grec catholique, maronite sunnite…); tous les informateurs ont réécrit les questions pour donner leur avis sur l'autre grande famille religieuse. En outre, tous les informateurs se sont faits les avocats d'un rapprochement islamo-chrétien libanais pour permettre une véritable cohésion nationale au Liban et / ou pour permettre à la communauté libanaise de Montréal d'être plus influente et prospère. Cela n'empêche pas quelques-uns de tenir, parallèlement, un langage hostile envers l'autre grande famille religieuse.
L'hostilité envers l'autre grande famille religieuse En effet, l'indifférence face à la réalité de l'autre grand groupe religieux se transforme parfois en animosité. Pour être plus précis, dans deux cas — Albert et Houeida — une hostilité s'est manifestée envers les musulmans (en général). Dans le cas d'Albert, on peut lier cette hostilité au fait que l'interviewé a vécu en Egypte pendant une période plutôt trouble pour les non-Egyptiens vivant au pays (majoritairement des non-musulmans). Voici les passages de l'entretien où Albert a fait preuve d'inimitié envers les musulmans (ce passage se situe en fin d'entrevue et Albert répondait avec moins d'attention et commençait à faire montre d'une certaine impatience) :
Dans le cas de Houeida l'hostilité n'est pas clairement exprimée mais tient plutôt du non-dit. L'extrait est assez parlant :
Etrangement, ces deux informateurs hostiles aux musulmans ont été parmi les plus exposés à la réalité musulmane puisque les deux ont vécu dans des territoires mixtes (musulmano-chrétiens) : Albert au Caire puis dans un quartier relativement mixte de Beyrouth (avant la guerre) et Houeida dans un bourg libanais connu pour sa mixité religieuse et confessionnelle. Ces deux informateurs sont tous les deux maronites. Houeida est très politisée et semble une supporter du Parti national libéral libanais alors qu'Albert n'a pas fait preuve de beaucoup d'intérêt pour la politique en général.
Le discours sur la religion : Comme le laissent entrevoir plusieurs citations d'entretiens que nous avons utilisées jusqu'ici, les questions se rattachant à la religion ont ouvert bien des pistes et permis au discours sur la religion de s'exprimer. Trois positions sur la religion sont ressorties des entrevues. La première est celle que nous avons appelée le discours séculariste[124]. En effet, que ce soit de façon implicite ou explicite, personne, parmi les interviewés, ne remet en cause la séparation entre l'Etat et la religion (les religions) au Canada. En outre, Assad trouve même que cette séparation n'est pas assez prononcée et qu'il persiste trop de zones grises. Lorsqu'il s'agit du Liban, plusieurs affirment qu'il faudrait déconfessionnaliser le système libanais. Par exemple, Nabil est un chaud partisan d'une totale laïcisation du pays :
Pareillement, Assad, Bachir et Habib se sont prononcés pour une laïcisation du système libanais. Le discours d'Akram, Houeida, Jamil et Marie allait aussi dans ce sens mais de façon moins franche. Cela représente donc une nette majorité des personnes interrogées (8 sur 11). Le discours en faveur de la séparation entre l'Etat et les religions a pris, dans deux cas — Akram et Nabil —, des allures de positions anticléricales. Le premier cas est celui d'Akram qui s'oppose manifestement à toute intervention des différents clergés dans les affaires politiques. D'ailleurs, Akram pense que les religieux ne devraient pas avoir, non plus, autant de place en éducation :
Cette opposition d'Akram à l'enseignement par des religieux semble être une tradition familiale. En effet, cet informateur nous a déclaré que son père (syrien orthodoxe) n'était pas du tout religieux et qu'il a toujours insisté pour que ses enfants soient inscrits dans des écoles laïques. Au Liban, ce n'est qu'en raison de problèmes liés au conflit libanais que Akram a dû passer deux mois dans une école confessionnelle. Nabil aussi, mais avec moins d'insistance, s'est prononcé contre l'influence des religieux dans les affaires de l'Etat. C'est d'ailleurs en raison d'une trop grande ingérence des religieux dans les affaires publiques que le Liban peine, selon lui, à se moderniser. Lorsque les informateurs se sont mis à parler de la religion, un troisième discours a aussi fréquemment fait son apparition. Il s'agit de ce que nous avons appelé, peut-être de façon quelque peu impropre, le discours œcuménique. Car, si à l'origine l'œcuménisme s'est défini comme un mouvement, une école de pensée cherchant à réunir les différentes Eglises chrétiennes — réformées, catholiques et orthodoxes —, il tend depuis peu à couvrir ce que nous appelions jadis le dialogue interreligieux. En effet, depuis les Rencontres d'Assise en octobre 1986, où à l'initiative du pape Jean-Paul II plus de cent cinquante responsables religieux ont accepté de prier côte à côte pour la paix, l'œcuménisme tend aussi à recouvrir les actions cherchant à réduire les différends entre les divers courants religieux. Aussi, lorsque nous parlons d'œcuménisme nous recouvrons ses deux sens — nous préciserons toutefois s'il s'agit du sens strict ou étendu selon le cas. Lorsqu'on analyse les propos tenus par les informateurs, on se rend compte qu'Albert, Marie, Nicolas et, dans une moindre mesure, Roula, prônent un œcuménisme au sens strict. En effet, tous semblent penser que toutes les Eglises se valent — d'ailleurs, les quatre ne tiennent pas à fréquenter une église affiliée à leur confession que ce soit pour la messe dominicale ou les grands événements religieux. Roula est probablement la plus engagée dans la voie œcuménique au sens strict :
En plus d'être la personne de notre cohorte qui semble la plus convaincue du bien-fondé d'un rapprochement œcuménique au sens strict, Roula est aussi en faveur d'un rapprochement œcuménique au sens large. Chez les musulmans de notre cohorte, une certaine forme d'œcuménisme — au sens strict et limité aux confessions musulmanes — avait aussi court. En effet, lorsqu'il était question de problématique religieuse, personne n'a axé son discours sur les différences entre les diverses branches de l'islam. Dans biens des cas, cette ouverture à l'œcuménisme peut s'expliquer par une éducation chrétienne teintée d'ouverture à l'œcuménisme. Par exemple, la mère d'Akram, de rite grec orthodoxe et plus religieuse que son père, n'amenait pas moins ses enfants à l'église catholique romaine parce qu'elle était plus proche de leur appartement beyrouthin. Dans le cas d'Albert, nous pourrions presque parler d'éducation institutionnellement œcuménique dans la mesure où en Egypte, l'école catholique romaine qu'il fréquentait obligeait les élèves et les étudiants à suivre la messe latine le lundi et le mardi, la messe grecque catholique le mercredi et la messe copte orthodoxe le jeudi. Cela dit, peut-être que l'utilisation du terme «œcuménisme» est un peu abusive pour décrire ce phénomène dans la mesure où il est difficile de savoir si nos informateurs — à l'exception de Roula — sont réellement convaincus qu'il faille éliminer les différences entre les confessions et / ou les religions. Souvent, il s'agit davantage d'une vision empreinte de relativisme quant à la supériorité d'une religion ou d'une confession par rapport à une autre, que d'une véritable conviction en faveur de l'œcuménisme. Aussi, il est peut-être plus juste de parler de souplesse dans le discours et le comportement religieux que d'œcuménisme.
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| LA PREGNANCE DE L’IDENTITE NATIONALE LIBANAISE | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Cette recherche ne saurait être complète sans tenter de comprendre pourquoi l'identité nationale libanaise s'impose si fortement auprès de nos informateurs. En effet, tout au long de cette recherche, il est apparu clairement que c'est l'identité libanaise qui semble être l'élément structurant le plus fort chez nos informateurs. Cependant, il n'est pas aisé d'expliquer pourquoi nos informateurs semblent privilégier l'identité nationale libanaise aux autres identités (religieuse, confessionnelle, [pan-] arabe, mythique [phénicienne]…). Sans pouvoir donner une raison première et définitive, il nous est néanmoins possible d'avancer quelques pistes de réponses. La première observation — il est important de noter que nous n'exposons pas nos réflexions dans un quelconque ordre hiérarchique — est liée à notre démarche méthodologique. En présentant notre recherche comme une enquête portant sur l'identité des immigrants libanais de Montréal, nous avons imposé un cadre aux informateurs dans lequel ils pouvaient (ils devaient) s'exprimer. Autrement dit, en acceptant de nous rencontrer, les informateurs savaient pertinemment qu'ils allaient s'adresser à nous en tant qu'immigrant libanais d'où la prégnance de l'identité nationale dans leur discours. On peut également tenter d'expliquer cette importance accordée à l'identité nationale d'origine par des facteurs liés à l'immigration. Comme nous l'avons déjà soulevé, la société québécoise n'étant pas très au faîte des différences confessionnelles entre les Libanais, il est possible de penser que nos informateurs ont tendance à se soumettre à ces nouvelles divisions (québécoises) qui sont davantage liées à l'origine nationale qu'à l'affiliation religieuse ou confessionnelle. D'ailleurs des recherches récentes, faites sur d'autres communautés ethno-culturelles montréalaises, tendent à démontrer que les classifications proposées par la société d'accueil sont souvent acceptées et reprises par les immigrants et /ou leurs descendants[125]. Le profil socio-économique de notre cohorte peut sans doute lui aussi expliquer la place occupée par l'identité nationale chez nos informateurs. Comme nous l'avons évoqué au deuxième chapitre, notre cohorte est favorisée aux plans social et économique. En effet, malgré que tous nos informateurs ne soient pas issus de classes économiquement favorisées, la majeure partie de notre cohorte vit actuellement dans une certaine aisance matérielle. Par conséquent, on peut soulever l'hypothèse que l'organisation de l'identité autour de l'affiliation nationale est liée davantage à l'appartenance de classe de nos informateurs — classe moyenne ou bourgeoise. En d'autres termes, la prégnance de l'appartenance nationale chez nos informateurs serait déterminée par leur appartenance de classe. Bien entendu, cette hypothèse pose comme prémisse que les idéologies trouvant écho chez les personnes appartenant aux classes moyennes et bourgeoises font la promotion d'un certain libéralisme teinté de nationalisme plutôt méfiant à l'égard de l'affiliations religieuse et confessionnelle. Si cette prémisse semble tomber sous le sens en Occident, il est plus difficile d'en dire autant lorsqu'il s'agit de la société libanaise, aussi nous avançons cette hypothèse avec beaucoup de réserve. D'autant plus que nous ne connaissons aucune recherche faite au Liban cherchant à comprendre les liens existant entre les appartenances de classe et la structuration de l'identité confessionnelle et religieuse. Cela étant dit, si nous décentrons cette réflexion de l'appartenance de classe pour nous intéresser davantage à l'appartenance à une certaine élite intellectuelle — puisque tous nos informateurs ont une formation post-secondaire, le plus souvent universitaire —, nous pouvons aussi présumer que cette appartenance valorise un certain décentrement par rapport à l'appareil confessionnel. Encore une fois, nous posons comme prémisse qu'au Liban comme à Montréal, les institutions religieuses s'imposent davantage aux classes moins éduquées de la société. Cette hypothèse est raffermie par le fait que les informateurs les moins scolarisés de notre cohorte avaient tendance à nous rapporter un comportement plus traditionaliste et à accorder une plus grande importance à leur affiliation confessionnelle. Au surplus, la faible capacité d'encadrement de l'appareil religieux confessionnel à Montréal — en particulier lorsqu'il s'agit de communautés confessionnelles moins anciennes (confessions musulmanes et issues de l'islam, confessions chrétiennes récemment implantées à Montréal[126]) — joue en faveur d'une déconfessionnalisation de l'identité. La vigueur de l'identification à l'identité libanaise par rapport aux autres appartenances s'explique peut-être aussi par le parcours migratoire de nos informateurs. Toujours polyglottes, ayant beaucoup voyagé, on peut aisément penser que nos informateurs ont intégré les schèmes non-confessionnalistes de raisonnement — schèmes davantage en vogue en Occident et qui se refusent à accorder une importance capitale à l'appartenance confessionnelle. Autrement dit, en voyageant, en émigrant, en vivant ailleurs, nos informateurs se sont probablement mis à privilégier une analyse du fait social en rapport avec les identités ethniques et nationales et on peut croire qu'ils ont ainsi délaissé peu à peu l'analyse confessionnaliste qui sert souvent de grille d'analyse au Liban. Cependant, loin de nous l'idée de laisser entendre que cette façon de comprendre les dynamiques sociales soit absente du paysage libanais. Qui plus est, cet argument est soutenu par le fait que nos informateurs ont souvent une formation européanisante. Comme nous l'avons soulevé précédemment, cette formation a permis de faire émerger une certaine européanophilie qui s'exprime, notamment, par de nombreuses références à l'idéologie républicaine. Par ailleurs, nous pouvons expliquer l'importance accordée par nos informateurs à l'identité libanaise par la puissance des idéologies nationalistes et patriotiques au Liban. En effet, toutes les formations politiques libanaises mettent de l'avant une forme ou une autre de nationalisme ou de patriotisme libanais. L'actuelle tutelle syrienne et l'occupation israélienne d'une partie du Liban ont, il va sans dire, favorisé l'entretien d'un discours nationaliste libanais - qui se module différemment, bien évidemment, selon les partis. Une dernière piste de réflexion peut être évoquée pour chercher à expliquer la force que connaît l'identité nationale libanaise auprès de nos informateurs. L'identité libanaise est juridiquement la plus incontestable. En effet, nos informateurs ont émigré au Canada en tant que citoyen libanais et cette citoyenneté a une existence juridique reconnue sur la scène internationale. On ne peut pas en dire autant de l'identité confessionnelle et religieuse. En outre, les autres identités qui pourraient s'affirmer face à l'identité nationale libanaise n'ont pas une aussi grande reconnaissance juridique. Ainsi, l'identité arabe qui fédère six informateurs sur onze n'a pas de définition juridique claire. Qui plus est, même lorsque les informateurs reconnaissent cette identité comme étant la leur, ils font souvent valoir qu'elle est beaucoup plus connotée négativement que l'identité libanaise. D'ailleurs la connotation négative — en Occident mais aussi au Liban — de cette appartenance est évoquée par certains informateurs pour s'en dissocier. D'autres informateurs refusent de se considérer arabe en raison d'un trop grand amalgame entre l'identité musulmane et arabe. Bien évidemment, ce dernier argument est uniquement évoqué par des informateurs chrétiens. Par ailleurs, l'identité phénicienne — au Liban historiquement associée à une certaine idéologie libaniste cherchant à se dissocier de l'identité arabe — arrive encore moins à faire consensus auprès de nos informateurs. Seulement quatre informateurs sur onze se reconnaissent dans cette lointaine identité d'origine ou identité mythique. Contrairement à ce que nous aurions pu escompter, les identités phénicienne et arabe ne sont pas perçues par tous les informateurs comme antinomiques. En effet, trois informateurs se disent à la fois arabes et (descendant de) phéniciens. Contrairement aussi à ce que nous croyions trouver, l'identité arabe est revendiquée autant par des informateurs chrétiens que par des informateurs musulmans et l'identité phénicienne ne plaît pas qu'à des informateurs chrétiens. |
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| CONCLUSION DU CHAPITRE III | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Ce chapitre nous aura permis de nous rendre compte de l'extrême diversité de l'expérience religieuse vécue par les Libanais de notre cohorte. Si chacun a structuré son histoire de vie d'une façon propre, chacun vit aussi son affiliation confessionnelle d'une façon originale. Il n'en demeure pas moins que le marqueur identitaire religieux est encore présent chez nombre de nos informateurs — presque tous nos interviewés sont croyants et la majorité des informateurs maintient une forme de pratique religieuse et accorde de l'importance aux grandes traditions religieuses (mariage, baptême, célébration des moments forts des calendriers religieux). Cette pratique n'est pas toujours liée à une croyance religieuse fortement enracinée, parfois la pratique rituelle est plus motivée par sa fonction sociale : plusieurs informateurs cherchent, dans la pratique religieuse, à socialiser avec d'autres Proche-Orientaux ou à recréer l'ambiance libanaise. Par ailleurs, tous nos informateurs ont eu un cursus scolaire marqué, à un moment ou un autre, par une éducation religieuse chrétienne. Malgré cela, il persiste beaucoup de confusion sur les différences entre les confessions religieuses, que ce soit à l'intérieur de sa grande famille religieuse ou en dehors. Il ressort de notre analyse que le marqueur identitaire religieux large (chrétien / musulman) est beaucoup plus spontanément sollicité que le marqueur confessionnel (chiite, maronite, sunnite, syrien orthodoxe…). Au reste, la plupart du temps, nos informateurs se définissent d'abord comme Libanais même si leur définition de la réalité libanaise colle, la plupart du temps, à leur réalité religieuse et fait abstraction de la réalité de l'autre grand groupe religieux. Toutefois, le marqueur confessionnel opère encore lorsqu'il est question de la politique libanaise. Dans le contexte montréalais, il semble perdre de son acuité. De prime abord, nous pourrions croire que la perte d'influence du schéma d'analyse confessionnel est due à l'environnement montréalais mais ce serait peut-être un raccourci dans la mesure où il est aussi apparu explicitement que le pluralisme religieux était au cœur de la vie de presque tous nos informateurs dans leur parcours prémigratoire — parfois même au cœur de la vie des parents de nos informateurs. Aussi, nous pouvons croire que l'environnement montréalais contribue à déconfessionnaliser l'identité des Libanais de Montréal mais que, déjà au Liban, nombre d'informateurs avaient vécu dans un environnement faisant la promotion du pluralisme confessionnel. Néanmoins, dans notre cohorte, cette inclination au pluralisme dépassait rarement la barrière invisible qui semble toujours se dresser entre les grandes familles religieuses (chrétiens / musulmans). Mais la mise en parallèle des unions observées chez nos informateurs nous donne à penser qu'en contexte montréalais, cette barrière tend à s'estomper un peu. Enfin, une chose est certaine : notre recherche diverge assez largement, sur un point précis, de la recherche de Josiane Le Gall sur les chiites libanaises de Montréal. En effet, si la recherche de Le Gall dépeignait des Libanaises religieuses et très liées à leur communauté confessionnelle pour tous les aspects de la vie (pensée politique, mode de vie, éducation, fréquentation amoureuse, etc.), il n'en va pas de même du portrait général qui se dégage de notre enquête. En réalité, personne parmi les membres de notre cohorte n'a une vie clairement orientée en fonction de sa communauté confessionnelle. En d'autres termes, si la communauté chiite que Le Gall a observée apparaît tricotée serrée, il n'est pas possible d'en arriver aux mêmes conclusions pour les autres communautés confessionnelles libanaises présentes à Montréal à partir de notre recherche. Cela ne signifie pas qu'il n'existe pas, dans chacune des communautés confessionnelles, un noyau dur de personnes très liées à leur communauté confessionnelle et qui structure leur vie dans le cadre de leur appartenance à celle-ci. Néanmoins, pour notre part — peut-être en raison du zèle que nous avons mis à éviter de passer par les institutions communautaires et confessionnelles pour recruter des personnes à interviewer —, nous ne sommes pas tombés sur les gens formant ce noyau dur dans notre cohorte. Cela dit, il est tout à fait possible de croire que cette divergence s'explique aussi — voire davantage — par des facteurs externes au recrutement des informateurs. En réalité, on peut aussi expliquer, du moins en partie, ces divergences en raison des particularités propres à la communauté chiite : l'immigration chiite est beaucoup plus récente à Montréal que l'immigration libanaise des autres confessions religieuses et, par conséquent, nous assistons actuellement à la fondation, l'organisation et la consolidation d'institutions chiites libanaises à Montréal. Au surplus, le particularisme chiite peut se comprendre au regard de l'histoire propre des chiites libanais : la communauté chiite du Liban vit depuis quelques décennies, sur le plan politique, une forte mobilisation à caractère confessionnel[127], ce qui peut favoriser l'identification confessionnelle de ses membres. Enfin, on peut penser qu'en raison de l'origine paysanne d'un grand nombre de chiites libanais, la centralité de la communauté confessionnelle y est plus marquée : l'importance attachée au respect des traditions — religieuses notamment — y étant plus grande. |
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>>> CONCLUSION GÉNÉRALE & BIBLIOGRAPHIE Karim Lebnan |
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